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Portrait | Thierry Van de Wyngaert, entre ciel et sol (29-02-2012)

Inscrit à l’Ordre il y a 29 ans, Thierry Van de Wyngaert se dit «fétichiste». Travaillant exclusivement dans le cadre de marchés publics, l’architecte est resté fidèle à la démarche de ses débuts, produisant une architecture narrative autant que pragmatique. Pour garder le cap, il fonde, en 2008, l’agence TVAA en collaboration avec Véronique Feigel.

France | Thierry Van de Wyngaert

«L’accroche au sol et l’accroche au ciel». Prononcée par Thierry Van de Wyngaert, la phrase vaut précepte. Elle trouve son incarnation dans un programme spécifique, le château d’eau. De Chavagnes-les-Eaux à Bayonne en passant par «la flûte de champagne de Laval», l’architecte compte à son actif six de ces ouvrages d’art.

A priori pourtant, cette forme-là n’est qu’affaire «de capacité d’eau et d’altitude» ; bref, «de justes cotes». Mais, pour transcender la stricte fonction et «casser la masse» s’élevant jusqu’à cinquante-cinq mètres de haut, Thierry Van de Wyngaert fait appel au concepteur lumière François Migeon, avec lequel il a restructuré, en l’éclairant, la tour de Jussieu.

«Les châteaux d’eau, on ne s’en lasse pas. Il s’agit à chaque fois de conter une histoire». Il était une fois un phare s’illuminant au gré des marées. Paimpol, Bretagne nord.

Sol et ciel. Un «fondamental» architectural mais aussi, pour Thierry Van de Wyngaert, les deux pôles d’une démarche qui, somme toutes, «n’a pas bougé en 29 ans».

Au sol, «la rigueur du dessin». «Quand nous dessinons quelque chose c’est pour le réaliser». A l’origine, il y a la coupe, c’est-à-dire «partir de l’intérieur vers l’extérieur» pour élaguer l’inutile.

Loquace architecte d’une architecture «peu bavarde», Thierry Van de Wyngaert recherche néanmoins «des moments de poésie». Du sol au ciel. Citant Paul Valéry, l’architecte s’émeut de «bâtiments qui chantent».

De fait, il a le goût des mots qui sonnent. «La page blanche est un moment d’écriture poétique», dit-il. En témoigne l’épilogue d’un ouvrage consacré à l’un des châteaux d’eau* : «Il existe encore - et souvent vers le Sud - des endroits étranges où le temps s’efface. On y trouve une mer qui assiège la terre, par la rage de son écume ou le sel des embruns».

02(@Jean-MarcBesacier)_B.jpgFaut-il voir dans ces inclinations le fruit d’une filiation ? 

«Mon père écumait par écrit les bâtiments pour le compte d’architectes». 

En clair, métreur, un métier d’écriture et de rigueur.

L’architecture alors ? «Une provocation car j’étais plutôt destiné à maths sup maths spé». 

A sa surprise, l’émotion lui fit écho. Thierry Van de Wyngaert dû donc joindre le geste à la parole, c’est-à-dire s’inscrire à UP1.

Ensuite, ce fut TVDW, l’agence Thierry Van de Wyngaert architecte. «J’ai commencé seul à l’âge de 29 ans». En 1985, il est récompensé des albums, ancêtres des NAJA. «Un formidable coup de pouce». Depuis, l’architecte est l’homme d’une seule procédure, celle des marchés publics. «Notre vie, c’est Le Moniteur», sourit-il.

Le premier d’entre ces concours fut d’ailleurs à l’origine d’un projet emblématique. En 1986, l’organisme HLM L’Effort Rémois sélectionne cinq équipes pour créer cinq 'prototypes' en la matière. En collaboration avec François Noël, Thierry Van de Wyngaert conçoit 'la maison derrière le mur'. «Quatre mille francs par mètre carré et une famille», le laconique cahier des charges permet aux architectes «de tout mettre dans ce tout petit truc». Implanté «dans la pampa», 'le mur' de l’habitation fait écho aux hangars industriels présents sur le site et les ouvertures accueillent la course du soleil. Le sol et le ciel.

03(@DR)_B.jpg «Il y a environ cinq ans, une amie journaliste est retournée sur place et la locataire a notamment souligné l’importance du parcours de la lumière dans la maison durant la journée. C’est-à-dire exactement ce que nous avions imaginé ; j’étais en larmes».

Communicatif, Thierry Van de Wyngaert est aussi bon communiquant. 

Architecte-conseil de la Gironde, de la Corrèze, du Var, aujourd’hui des Pyrénées-Orientales, il fut aussi vice-président du conseil régional de l’Ordre des architectes d’Ile-de-France de 2002 à 2007 et, en novembre 2011, fut élu Président de l’Académie d’architecture.

Tous azimuts mais avant tout «fétichiste», dit-il en sortant la maquette de 'la maison derrière le mur'. D’où le maintien de TVDW lors de la création d’une nouvelle agence. «Arrive le moment où d’aucuns s’interrogent sur la suite des événements ; la vision du déclin est une possibilité mais je n’aime pas la pêche et ne peux m’empêcher de travailler 70 heures par semaine».

Alors, une associée. «Avec elle, c’est la confiance totale» et l’occasion «de réorganiser la boutique». Thierry Van de Wyngaert et Véronique Feigel Architectes Associés (TVAA) voit le jour en 2008. La crise aussi.

04(@Besacier)_S.jpgUn nouveau départ contrarié donc. Et dire «l’insolence» des années 2006-2008. Les chantiers, essentiellement des sièges administratifs, «le coeur de métier de l’agence», se multipliaient. Bref, un temps florissant marqué, entre autres, par le nouveau siège de l’Université de Strasbourg. Livré en 2010, le bâtiment est doté d’une accroche au sol transparente pour ouvrir le bâtiment sur le campus et d’une accroche au ciel «elliptique» via un cône surplombant la salle des thèses.

«De fin 2009 jusqu’à mi 2011... la bérézina». Depuis, des chantiers ont redémarré et TVAA a notamment remporté le concours du Campus Jourdan. Face à la Cité U, dans le XIVe arrondissement de Paris, le bâtiment abritera notamment les locaux de l’ENS et de la Public School of Economy. Décollé du sol, il donnera à voir, depuis l’espace public, le jardin du campus. «L’accroche, encore et toujours».

«Je suis incapable de raconter une histoire», soutient l’architecte. Et pourtant, il narre, il narre Thierry Van de Wyngaert et parle essentiellement de paysages.

De Braudel, une lecture de chevet, à «la Loire ayant fait l’unité de France», une histoire comme il les aime, en passant par les «coupes topographiques» du Var, la géographie est une passion ainsi qu’un point de jonction entre le sol et le ciel.

«Finalement, tout ce qui a changé en 29 ans est la taille des projets», dit Thierry Van de Wyngaert. Et la ligne d’horizon, joignant sol et ciel, a sans doute pris de l’épaisseur.

Emmanuelle Borne

05(@D.Gabillat)_B.jpg

* Le Phare des eaux de la terre, textes de Jean-Paul Curnier, 2009, Al Dante éditions.

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