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Visite | Mixité fonctionnelle, l'expérience de [BP] Architectures (15-02-2012)

Mixité. Le thème est à la mode. Sociale, culturelle, fonctionnelle... Bref, un mélange. [BP] Architectures (Jean Bocabeille et Ignacio Prego) en fait son affaire. Le programme de l’ilot M9C (2011) dans le XIIIe arrondissement de Paris exigeait d’empiler théâtre, école polyvalente, logements sociaux et d’offrir 50 places de parking ainsi qu’un ascenseur urbain. Le tout, en site improbable, bien entendu.  

French Touch | Logement collectif | Education | Culture | 75013 | [BP] Architectures

Rue des Grands Moulins, rien n’y parait. «Nous sommes pourtant à la fin de la dalle», indique Ignacio Prego, architecte associé de [BP] architectures. «Notre projet traite la déclivité, ce que les dalles des Olympiades et de Beaugrenelle n’ont pas appliqué. L’urbaniste de la ZAC, Bruno Fortier, a mis en place un dispositif pour créer du pittoresque», précise-t-il.

Fenêtres végétales, escaliers, rues en pente participent du paysage urbain. «Ce ne sont pas des sols abstraits. Il s’agit ici de créer une richesse», prévient l’architecte. En marge de la ZAC Rive Gauche, épandage de formes et de matériaux, Ignacio Prego et Jean Bocabeille, en respectant la thématique de l’ilot ouvert, ont souhaité travailler «l’idée de visibilité de l’îlot parisien».

Au premier abord, l’ensemble, embrassé au loin depuis l’avenue de France, parait fermé. Ce n’est qu’une fois sur le pont de la rue des Grands Moulins que sa complexité devient apparente.

La superposition de l’école, du théâtre et des logements est alors tangible. Les journalistes de s’interroger. «La stratification était inévitable», répond l’architecte. Répartir les éléments programmatiques sur l’ensemble de la parcelle se révélait impensable. «Il y avait une évidence. Toutes les équipes avait fait le même constat au moment du concours, Francis Soler, K Architectures ou Gaëtan Le Penhuel», précise-t-il.

02(@Sergio Grazia)_S.jpg Malgré des «réticences» à faire cohabiter logements et école, l’absence de foncier rend la mixité inéluctable. Sauf qu’elle demeure inadaptée aux réglementations diverses et variées et engendrent des «situations impossibles».

«Tous les règlements, ERP école et ERP théâtre, entre autres, sont prévus pour être gérés indépendamment», souligne Ignacio Prego et d’ajouter que «même au niveau foncier, il y a eu des innovations notariales». En tête, la copropriété mais aussi l’achat des volumes à bâtir au-dessus des voies de chemin de fer. Pour ce faire, une maîtrise d’ouvrage unique, la Régie Immobilière de la Ville de Paris (RIVP) qui a géré les équipements publics du projet en VEFA (vente en l’état futur d’achèvement).

Projet complexe donc pour lequel «il fallait même connaître le poids du bâtiment pour dimensionner les poutres et les ressorts». A quelques mètres en-dessous, les trains, direction le sud.

«Pour comprendre la parcelle nous avons fait des maquettes en 3D lesquelles nous ont permis de conforter notre lecture du socle», indique l’architecte.

En bas, dans «un vide de construction», [BP] architectures a encastré le théâtre. «S’il pouvait paraitre logique de placer l’équipement dans un trou, il restait à gérer la question de la lumière et de la ventilation», soulève Ignacio Prego. De fait, côté rue du Chevaleret, les ouvertures se mêlent aux aérations selon une composition «rythmée».

03(@SergioGrazia).jpgEn façade, la pierre posée en parement pour le théâtre contraste avec l’ensemble de brique et de métal. La modénature reprend les matériaux utilisés pour les ouvrages publics du quartier. A proximité, les services de la propreté et un mur de soutènement habillé du même revêtement.

En continuité, le projet se refuse à parfaire la collection de matériaux. «Nous avons opté pour des bardeaux de briques vernies pour être en relation avec les immeubles de Brenac et Gonzalez et d’Yves Lion, proches», explique Ignacio Prego.

«Nous avons travaillé des modules de brique, de pierre et d’aluminium», ajoute-t-il. Hauteur et largeur jouent de correspondance. «Nous voulions assurer autant les différences que l’unité du projet, en somme son identité», assure l’architecte.

«Formellement, le projet a peu évolué depuis le concours. C’est, plus ou moins, notre manière de concevoir. Nous avions une solution et nous craignions sa déconstruction voire son effondrement. Le projet est avant tout linéaire et, in fine, la maîtrise d’ouvrage nous a laissé mettre en place la logique nécessaire», poursuit-il

Et pour cause, il s’agissait pour Ignacio Prego et Jean Bocabeille d’un «enchevêtrement» voire d’un «ajustement permanent pour conserver les espaces nécessaires à chaque élément du programme».

Aussi, parmi les solutions proposées, des espaces et des servitudes mutualisés. Les issues de secours de l’école ne sont autres que les accès à quelques appartements. Solution architecturale autant que notariée.

04(@LucBoegly)_S.jpgRestait à régler quelques co-présences. Un théâtre mitoyen de voies ferrées, des logements au-dessus d’une école. Pour l’espace scénique, en plus de ressorts et autre isolants, une boite dans la boite assure sa désolidarisation d’un contexte contraignant. De surcroit, une rampe d’accès au parking longeant la salle de spectacles fait office d’espace tampon.

Côté cour de récréation, une morphologie en cascade tente d’amoindrir la cacophonie ambiante. Par ailleurs, les auvents créés assurent la protection de bambins qui ne sont, dit-on, pas à l’abri d’un jet de machine à laver. Une mise à distance est ainsi assurée et sans filet.

Le dispositif mis en place joue également le rôle de brise-soleil, du moins l’été. Les façades des logements aux volets pliants offre, selon l’architecte, le même confort thermique. Bref, une unité de traitement.

Pour Ignacio Prego, tant le site que la mixité étaient de l’ordre du défi. Il n’en relève pas moins le plaisir d’avoir travaillé, le temps d’un projet, entre le génie civil et l’architecture.

Jean-Philippe Hugron

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