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Compte-rendu | Wang Shu, le philosophe et l'artisan (01-02-2012)

Mardi 31 janvier : pour la première fois, la leçon inaugurale de l’Ecole de Chaillot est prononcée par un architecte étranger. Wang Shu, lauréat de la première édition des Global Awards en 2007, architecte du fameux musée Ningbo et figure de l’avant-garde architecturale chinoise, a notamment présenté l’influence de l’art pictural chinois sur sa démarche. Une vraie leçon.

Cité de l'Architecture et du Patrimoine | France | Wang Shu

Dix heures, l’amphithéâtre de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine est comble, pour l’essentiel occupé par des étudiants de l’Ecole de Chaillot, munis de casques de traduction, venus écouter celui qui, sans verser dans une démarche iconique ou quelque autre symbolisme, ainsi qu’il le soulignera à l’issue de la conférence, allie, via une rigoureuse mise en oeuvre de matériaux de récupération, culture traditionnelle et démarche contemporaine.

«Contemplation». Le ton est donné. L’architecte-artisan, ayant sillonné, avec ses étudiants, la campagne à la découverte de techniques de construction traditionnelles, parle en philosophe. L’un n’exclut pas l’autre. «Mettre la main à la pâte» en appliquant «une méthode inspirée de l’art pictural chinois (...), truchement par lequel on accède à la nature», telle est la démarche de Wang Shu.

Ecouter Wang Shu, pour s’extraire de visions manichéennes, pour passer de l’infiniment grand à l’infiniment petit en quelques mots et une image, cette estampe de onze mètres de long pour cinquante centimètres de haut. «Que ce soit le grand ou le détail, aucun des deux aspects n’est sacrifié».

02(@JPHH).jpgAyant tracé une ligne rouge distinguant partie haute et partie basse d’une autre estampe, verticale celle-là, l’architecte enrichit son propos. En haut, une représentation «métaphysique» de la nature ; en bas, les détails fourmillent pour une transposition de la réalité. Bref, le même tableau juxtapose «réalité et philosophie». Wang Shu, en quelques mots et trois, quatre images, montre comment «dépasser la distinction entre passé et monde contemporain».

«Quand vous menez un débat philosophique, ne pas oublier d’être également artisan», répète-t-il. A Hangzhou, sa ville natale, «où, en trente ans, 90% des structures traditionnelles ont été détruites», lui a jeté son dévolu sur la ruine.

«Ce que j’aime le plus est de donner des cours dans les chantiers de démolition». De leçon en aparté, l’architecte se remémore cinq années «d’oisiveté» durant lesquelles il s’était retiré à la campagne, ne pouvant plus «tolérer cette situation», c’est-à-dire le développement effréné de villes dépouillées de leurs racines et de leurs techniques traditionnelles.

03(@JPHH)_B.jpg«Il y a cent ans, le rythme de vie chinois était plus lent que le rythme de vie occidental ; en cent ans, nous sommes devenus les plus rapides. Nous ne prenons plus le temps de réfléchir». 

Partisan du 'slow-build', Wang Shu, toujours, nuance : «la lenteur et la rapidité sont des notions toutes relatives ; la vitesse est aussi un élément de la culture traditionnelle ; il est possible de donner du temps à la réflexion puis d’agir rapidement».

Suite à sa retraite, Wang Shu a donc sillonné et constaté que «la technicité est partout». 

De ne cesser de s’étonner, dit-il, d’un savoir-faire qui, «à partir de matériaux naturels, donc soumis à des variations naturelles, parvient à quelque chose de droit».

«Il existe de très bons ouvriers mais personne ne sollicite leur savoir-faire», assure-t-il. «Construisez comme vous le feriez dans votre village» était son mot d’ordre sur le chantier du campus des Beaux-arts de Hangzhou.

«Ne pas uniquement créer des projet» mais également «contribuer à une prise de conscience» de ce savoir-faire, tel est l’enjeu de la démarche «expérimentale» de l’Amateur Architecture Studio, créé avec sa femme Lu Wenyu en 1998.

04(@JPHH)_B.jpg«D’aucuns me considèrent comme un idéaliste». 'Five scattered houses', le musée Ningbo, le campus des Beaux-arts de Hangzhou, le pavillon Tengtou-Ningbo à l’Exposition universelle de Shanghai sont, alors, autant d’utopies réalisées où, puisant dans l’art pictural, Wang Shu met en oeuvre «des éléments infiniment précis» dans un corps contemporain, en lien avec le paysage, grâce à des artisans anonymes.

Allier théorie et pratique, l’infiniment grand et l’infiniment précis, le grand paysage et le détail, Wang Shu sait y faire. Mais comment ? Telle est la question d’un auditeur. «L’échelle intermédiaire est la plus cruciale car elle lie ensemble et détail, philosophie et artisanat», souligne l’architecte, en avançant la piste des mathématiques au titre de l’échelle médiatrice.

«Ce sujet nécessiterait une autre conférence», sourit-il.

Emmanuelle Borne

05(@JPHH)_B.jpg

En imagesWang Shu construit sur des champs de tuiles

Réactions

Brigitte | conservation architecturale du patrimoine | belgique | 27-08-2014 à 12:10:00

Une symphonie harmonieuse dans le temps et l'espace que l'oeuvre
de Wang-Shu REVE ET REALITE FONDUS MERCI .

yty | 28-02-2012 à 10:45:00

D'autres images du maître désormais lauréat du prix Pritzker 2012 : http://www.ytraynard.fr/2012/02/wang-shu-laureat-du-prix-pritzker-2012/

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