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Chronique | Les mosquées ottomanes : lieux de culte, monuments symboles d'Istanbul (13-01-2012)

Othman Mikou est étudiant en 3e année à l'ENSA Paris Val-de-Seine. Son projet Magenta consiste en un périple au travers de 19 pays en 10 mois afin d'études d'architectures symboliques, vernaculaires ou contemporaines. Après la Finlande, la Turquie est l'une des étapes de son voyage. Episode 2 : les mosquées d'Istanbul.

Vie étudiante | Cultes | Istanbul

Istanbul - Imposants édifices, reconnaissables par leurs innombrables dômes et leurs minarets effilés, les mosquées ottomanes font le paysage d'Istanbul et bien d'autres villes turques. Leur architecture et leurs prestigieux ornements intérieurs racontent le contexte de leur construction et de lieux de cultes, de quelle manière elles sont devenues des monuments vivants symboles de la ville.

La mosquée ottomane : témoin du pouvoir politico-religieux de l'empire

L'édification des mosquées a toujours représenté en parallèle un rapprochement à dieu et une marque de présence sociale pour le fondateur qu'il l'affuble de son nom. Cette caractéristique, encore d'actualité, a été utilisée par de nombreuses dynasties musulmanes, notamment celles de l'empire ottoman (1299-1922), comme un moyen d'asseoir le pouvoir politico-religieux du chef de l'état.

Les sultans ottomans ont légitimé leurs statuts de commandeurs des croyants par l'intégration dans la quasi-totalité des mosquées d'un mausolée à leur honneur ou à celui d'un proche de la cour. L'architecture de l'édifice fut occasionnellement symbolique de leur règne comme c'est le cas dans la mosquée Süleymaniye de Soliman (1494-1566), où les quatre minarets et les dix balcons indiquent que celui-ci est le quatrième sultan ottoman d'Istanbul et le dixième de la dynastie.

Sur le plan politique, les mosquées ottomanes revêtaient durant leur construction un important aspect social car elles s'inscrivaient dans des plans d'aménagement urbain intégrant des centres d'apprentissage (médersas, universités), des centres de santé et d'hygiène (hammam, hospices, hôpitaux, etc.) et parfois des galeries dédiées au commerce. Le choix de leur emplacement et la taille du complexe dédié était donc un vecteur politique de la gestion de la ville par la cour.

02(@OthmanMikou).jpgUne architecture issue d'un modèle : Sainte-Sophie

D'où vient cette architecture, reproduite à l'infini dans tous les quartiers des villes turques ? A la conquête de Constantinople en 1453, les ottomans découvrent la basilique Sainte-Sophie, édifice byzantin presque millénaire et décident de la transformer en une mosquée comme signe de conquête.

Sainte-Sophie - ou Haya Sophia comme aiment à l'appeler les Turcs - est caractérisée par un plan basilical de grandes dimensions 72mx77m, symétrique par rapport à l'axe longitudinal et surmonté par un système de coupoles pyramidal. A l'intérieur, le plan est défini par quatre piliers centraux qui définissent une nef centrale de 31m de large et deux nefs latérales de largeur égale à sa moitié. Quatre arcs en plein cintres se dressent entres les piliers et supportent sur l'axe de la nef une coupole centrale sur pendentifs et deux demi coupoles de part et d'autre de celle-ci. Les nefs latérales, galeries à portiques au rez-de-chaussée et à l'étage sont, elles, surmontées de petites coupoles.

Haya Sophia offre à Sinan (1489-1588), architecte impérial de grande renommée à l'époque, un modèle d'édifice pour les commandes de mosquées. Reprenant ses principes constructifs et spatiaux, il détermine un plan de mosquée dit plan ottoman où il varie et incorpore de nouveaux espaces pour les besoins du culte musulman.

03(@A.N)_B.jpgA l'extérieur, il intègre au plan de la salle de prière (haram) une cour extérieure avec une fontaine à ablutions. Dans le haram, il élargit les nefs latérales et remplace l'étage supérieur par des mezzanines ouvertes afin de centrer l'espace et dissocier son plan de celui d'Haya Sophia conçu comme un plan basilical. Il introduit un système d'ouvertures hiérarchisées tout en conservant le vitrail byzantin comme ornement. Aux fenêtres rectangulaires disposées au rez-de-chaussée et parfois à l'étage, se superposent des vitraux à tympans brisés puis, au niveau des tambours des coupoles, des vitraux cintrés.

Enfin, il crée en toiture un système de répartition de coupoles arborescent et pyramidal, la coupole centrale donnant naissance suivant un tracé en croix grecque à des demi coupoles, des couplettes puis des demi couplettes.

Après la mort de Sinan, les architectes ottomans poursuivront une architecture ottomane qui variera peu jusqu'à nos jours, si ce n'est dans la nature des décors ou des matériaux utilisés. Cependant, dans l'ensemble de ces édifices, s'opère une perpétuelle recherche d'équilibre visuel et spatial entres les éléments, notamment par le biais d'une utilisation hiérarchique de modules constructifs.

04(@OthmanMikou)_S.jpgLes mosquées ottomanes, vitrines de l'art islamique

L'héritage d'Haya Sophia des mosquées ottomanes n'empêche pas la production au sein des mosquées d'une décoration intérieure représentative de l'art islamique. L'architecture intérieure est marquée par la recherche ornementale basée sur l'utilisation hiérarchique d'arabesques et d'inscriptions coraniques sous forme de calligraphies.

Ornement formé de motifs géométriques ou végétaux répétés à l'infini, l'arabesque est l'art le plus significatif dans les pays musulman car il répond à un besoin de représenter l'univers, la nature, la perfection divine sans recourir à la représentation des figures saintes, interdites dans l'islam.

Suivant les mosquées et leurs richesses ornementales, d'aucuns découvrent trois types d'ornements en arabesque. Sur la surface murale sont disposés les uns sur les autres des carreaux de céramique peints de motifs floraux. Viennent ensuite des arabesques de formes abstraites peintes sur les surfaces hémisphériques des coupoles et demi coupoles. Enfin, des motifs de formes géométriques sculptés sur des éléments en marbre ou en bois ornent les portes, les garde-corps des mezzanines ou autres objets de la mosquée.

Autour de ces décors répétés à l'infini, sont disposées des inscriptions coraniques sous forme de calligraphie. Art de l'écriture, la calligraphie arabe représente, parallèlement à la création artistique, un attachement aux écrits religieux manifesté par une perpétuelle recherche stylistique d'écriture.

05(@OthmanMikou).jpgDans les mosquées, huit médaillons de taille similaire représentent le nom d'Allah, du prophète Muhammad, des quatre premiers califes (Abu Bakr, Omar, Othmân et Ali) et les deux petits-fils du prophète, Hassan et Hussein. Par ordre de succession, de droite à gauche et du mur du mihrab vers le mur de narthex sont disposés les noms d'Allah et de Muhammad sur le mihrab, des quatre califes sur les pendentifs ou sur les piliers et ceux des petits-fils sur le mur opposé du narthex.

Dans l'ensemble des mosquées, autour de ces médaillons, se trouvent des inscriptions coraniques de dimensions variables et disposées autour des cintres des coupoles comme au dessus des portiques ou des ouvertures.

Ces représentations hiérarchisées confèrent à l'ensemble des mosquées ottomanes un intérieur de même structure ornementale et témoignent de la richesse de la production artisanale de cette dynastie.

06(@OthmanMikou)_B.jpgEdifices élevés au rang de monuments vivants

Témoins de l'histoire, de l'art islamique et de l'artisanat ottoman, les mosquées constituent aujourd'hui un patrimoine architectural vaste et uniforme. L'ensemble de ces paramètres ont déterminé une prise de conscience de la part des pouvoirs municipaux sur leur potentiel patrimonial et a engendré ces dernières années d'importants travaux de réhabilitation et leur mise en valeur dans l'espace public.

Ouverte aux non-croyants - principe très rare pour une mosquée - et éclairée la nuit, les mosquées sont l'origine de l'émergence de pôles attractifs dans la ville. Les commerces et restaurants permanents et ambulants disposés à proximité connaissent une forte activité du fait de l'afflux considérable de touristes.

Cette attractivité ne vient pas sans entrainer auprès des fidèles un changement de perception de ces lieux de culte. D'édifices strictement religieux, ils prennent conscience, par l'afflux des étrangers et par le fort intérêt qu'ils y portent, que ces monuments vivants sont aussi les blasons de leurs identités architecturale et artistique.

Cet enthousiasme a cependant ses limites : toutes les mosquées construites à ce jour respectent scrupuleusement ce style, limitant peut-être à jamais la création architecturale pour l'édification de ces lieux de cultes.

Othman Mikou

Partenaires officiels du projet Magenta : STROC industrie (entreprise de BTP au Maroc,  www.stroc.com) ; Banque Populaire Fès Maroc (www.gbp.ma) ; Christine Garand, photographe professionnel Paris (chris.garand[at]orange.fr) ; Le courrier de l'architecte

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