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Actualité | Délaissés urbains et 'speed-boats' en zone inondée : les Prix Etudiants du Courrier (14-12-2011)

Le 24 novembre dernier, le premier jury* des Prix Etudiants du Courrier de l’Architecte s’est réuni. Pour le Prix de la Rédaction, parmi douze finalistes, il a distingué l’étonnant projet N.E.M.O. Une mention spéciale a été attribuée au diplôme 'Entropie, Hétérotopie, Interférences : un bâtiment-territoire'. La veille, le Prix des lecteurs du Courrier était revenu au projet 'Urbaniser les zones inondables'.

Vie étudiante | Prix Etudiants LCDLA | France

Le prix de la Rédaction

N.E.M.O. (Northern Europe Migrants Organisation), le Prix de la Rédaction, est un diplôme soutenu en mars 2011 à l’Ecole Spéciale d’Architecture par Félix de Montesquiou et Hugo Kaici. Il fait partie des 66 diplômes et projets postés sur l’édition Etudiants du Courrier de l'Architecte entre janvier et septembre 2011.

«N.E.M.O. est une entreprise d'immigration illégale basée à quelques encablures de Calais. Moyennant finance, l'entreprise propose de passer clandestinement en Angleterre. Les clients peuvent acheter en ligne leur billet d'embarquement et choisir leurs options (chambre individuelle, faux passeports, leçons d'anglais...)» : voici, en quelques mots, le 'pitch' du projet et, en substance, le parti-pris de ses auteurs.

02(@DR).jpgPrécisément, Félix de Montesquiou et Hugo Kaici ont imaginé, à l’instar de l’architecture des bunkers, un bâtiment ancré dans les falaises du Cap-Gris Nez (Pas-de-Calais) et destiné à faciliter la migration de clandestins. «N.E.M.O. s'est positionnée sur ce marché juteux en cassant les prix de ses concurrents directs, la mafia kurde», soulignent les impétrants.

Le jury a salué «la cohérence du projet, dans l’énoncé comme dans le rendu» ainsi que «les dessins maîtrisés et la base acquise».

«Le parallèle avec la mafia kurde témoigne d’esprits engagés», dit-il, notant encore que «l’effort intellectuel, outre une position politique intéressante, a permis de bien mener la réflexion sur le bunker». De fait, N.E.M.O. est issu d’un mémoire portant sur les blockhaus.

Cela écrit, le jury a relevé le contraste entre le ton cynique adopté par les auteurs et l’esthétisme des perspectives. «Il y a un décalage gênant entre le propos, dont le cynisme suggère un engagement, et la représentation. En regardant les images, on imagine le repère d’un James Bond ou d’un riche milliardaire. Autrement dit, je suis d’accord pour la démarche mais moins pour les perspectives ; on ne dessine pas une architecture de pauvres avec du béton de riches», a souligné une opinion dissidente.

La démarche de Félix de Montesquiou et Hugo Kaici «n’avait pas besoin de décor» et, de fait, le jury a émis des réserves quant à l’instrumentalisation «du côté tragique» de la condition de clandestins comme prétexte à des images léchées.

03(@DR).jpgMention spéciale 'Abvent'

Le diplôme intitulé 'Entropie, Hétérotopie, Interférences : un bâtiment-territoire', soutenu par Martin Tubiana, Aurélie Durand et Thibaut Postel à l’ESA en 2011, a bien failli passer à la trappe. La première image ne disait pas grand-chose et le texte fut qualifié de verbiage.

C’est grâce à l’assiduité du jury qu’il est finalement primé. En effet, après lecture attentive - ainsi qu’il en fut des 12 finalistes -, il apparut que le fond du projet interrogeait une problématique difficile autant que d’actualité : que faire des délaissés urbains, en Ile-de-France notamment s’agissant d’un parking désaffecté Porte de la Villette, dans le XIXe arrondissement de Paris ?

«Objet de pratiques informelles (concerts, lieu de prière, etc.) amenées à disparaître avec les aménagements prévus, ce site avait un réel potentiel en matière de reconstitution», soulignent les auteurs.

Une question bien posée est déjà un début de réponse.

Le Prix des lecteurs

04(@SylvainPasquier)_S.jpgLe diplôme 'Urbaniser les zones inondables', signé Sylvain Pasquier et soutenu à l’ENSA la Villette, est le lauréat du Prix des lecteurs du Courrier.

La règle de publication des diplômes et autres projets étudiants sur le Courrier stipule que, pendant trois mois, le projet est soumis à la critique des internautes. Il appartient à chacun de voter, les notes 1, 2 ou 9 et 10 devant être justifiées. D’où ce Prix des lecteurs.

S’il n’a pas eu la meilleure note, ce diplôme a suscité le plus de réactions, la plupart s’interrogeant avec intelligence quant à l’opportunité d’un tel projet : construire en zone inondable. Qu’il s’agisse de l’air du temps, il demeure que ce travail a su enclencher une réflexion quant à une problématique qui, surtout en centre-ville, a le mérite d’être posée.

Le jury, dont l’avis en regard de ce prix n’était que consultatif, a loué l’ingénuité du projet et, toute proportion gardée, sa faisabilité. Non sans faire montre de quelque impatience quant à des plans de logements d’évidence bâclés. Une cuisine sans lumière naturelle dans une maison vitrée partout ?

Cela écrit, le jury a pris acte du temps court des nouveaux PFE et s’est félicité du courage de jeunes diplômés de soumettre leurs diplômes et projets à la critique, dans l’ordre, de leurs pairs, des lecteurs du Courrier et enfin d’un jury professionnel indépendant.

«En France, nous parvenons difficilement à faire la synthèse entre projets bien dessinés mais vides de sens et réflexion n’aboutissant pas à une production correcte ; s’il faut la calculette dans une main, il faut Rimbaud dans l'autre», a conclu le jury. Dont acte pour les Prix 2012.

Le vainqueur du Prix 2011 de la Rédaction du Courrier de l’Architecte se verra remettre les billets d’un voyage pour deux à Rotterdam ou Copenhague tandis que chaque lauréat de cette première édition des Prix Etudiants du Courrier de l’Architecte recevra un logiciel Artlantis (logiciel de rendus photoréalistes, d'animations et de panoramas) distribué par Abvent.

Emmanuelle Borne

* Le jury était composé de : Francis Soler (architecte), Sandra Planchez (architecte associée de l’agence Cantin Planchez architectures et enseignante), Olivier Leclercq (architecte, associé de l’agence Air architecture), Xavier Soule (architecte, PDG d’Abvent) et Dominique du Jonchay (fondatrice d’IPC communication et relations presse) au titre de personnalités extérieures et de Jean-Philippe Hugron et Emmanuelle Borne (journalistes, Le Courrier de l’Architecte).

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