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Cahier Spécial - En direct de Batimat - Mercredi 9 novembre

Compte-rendu | Le grain et la compacité, vers une écoville... chinoise ? (09-11-2011)

Le CSTB organisait ce mercredi une conférence sur le thème 'Ecovilles chinoises et bâtiments durables du futur - Projet de coopération franco-chinoise'. «Le Corbusier est le prototype de l’urbanisme chinois contemporain. Il n’y a que des photocopies de la ville radieuse», lance Serge Salat, architecte, directeur du Laboratoire des Morphologies Urbaines au CSTB. En face, AREP et ses projets.

Batimat | France

«Il ne sert à rien de faire des bâtiments durables sans se préoccuper des formes urbaines. La juxtaposition de constructions performantes ne fait pas la ville écologique», argumente Bruno Mesureur, directeur Marketing et Action Internationale au CSTB.

Pour maintenir sa croissance à deux chiffres et pour répondre à l’exode rural massif, la Chine fait de la construction l’un des fers de lance de son économie. Le douzième plan quinquennal (2011-2015) lancé par le gouvernement chinois propose la construction de villes nouvelles exemplaires.

02(@BMesureur).jpgPour AREP, l’ambition gouvernementale est encore lointaine. «Produire une ville durable n’est pas simple. Il s’agit d’un travail très progressif comportant nombre d’aléas», assure Nicolas Buchoud, architecte de l’agence parisienne.

«Ce sont des territoires physiques mais aussi des territoires de méthodologie, d’apprentissages et non d’application de la norme», dit-il. Projets à l’appui.

«Nous ne sommes pas dans un débat de performance énergétique à l’horizon 2020 ou 2030. Nous sommes seulement à jour. Ce qui distingue nos projets est avant tout l’attention que nous portons aux gabarits au regard de l’espace public, de son ouverture et de son organisation», poursuit-il.

Les images défilent à l’écran. La Bourse de Tianjin, un complexe immobilier de faible hauteur présentant en façade une résille pour limiter l’impact du soleil. A Hangzhou, l’agence développe un projet urbain proposant la couverture de lignes de chemin de fer. «Nous avons conçu des espaces publics renouvelés. Les circulations piétonnes sont à l’échelle du site et marquent la différence», explique l’architecte.

Vu d’Occident, la proposition parait commune. «Ce sont les adaptations d’un grand bureau français au marché chinois. Il y a, en Chine, plus de consommateurs que d’habitants», indique Serge Salat, auteur d’une imposante recherche aujourd’hui publiée sous le titre Les villes et les formes sur l’urbanisme durable.

03(@SergeSalat)_S.jpg«Les Chinois ont une détestation des ruelles», ajoute-t-il comparant la situation des villes chinoises à celle de Téhéran ou d’Istanbul où la destruction des quartiers dont les voies ont une largeur inférieure à 6-7 mètres est systématisée, imposant de fait l’anéantissement des quartiers anciens.

A titre de comparaison, 80% de la voirie parisienne est inférieure à 12 mètres, 60% à 8 mètres. «La hiérarchisation des voies contribuent à la diffusion des flux. L’un des problèmes de Pékin est la juxtaposition des ruelles des hutongs et d’une voirie gigantesque», explique-t-il.

«La vulgate corbuséenne» est d’actualité. «La mixité reste un vain mot. La Chine continue à faire des quartiers d’affaires et des quartiers de gare selon un modèle moderniste, fonctionnaliste», dit-il.

De plus, «la ville régulière fait encore débat en Chine où la volonté de géométrisation est forte alors que la ville organique contient en elle toute l’irrégularité nécessaire. La continuité historique se joue dans le parcellaire», relève le chercheur.

Et de poursuivre que «la ville est une forme physique faite de pleins et de vides, faite aussi de grands blocs et d’unités modulaires plus petites ; la granulométrie de la ville. Or, nous avons changé de grain», dit-il.

05(@TristanChapuisAREP)_S.jpgLes échelles changent, densité et compacité sont de mise. «Faire des bâtiments compacts peut être une solution dans les pays du nord mais la compacité pose tout de même problème quant à la ventilation et à l’illumination», argue-t-il.

«La complexité est plus riche que la boîte. Connectivité, complexité et fractalité ont un impact sur les transports et l’énergie. Les systèmes naturels se complexifient. La ville, au contraire, se simplifie et cherche la disparition de l’irrégularité».

«Notre désir n’est pas de se déplacer. La morphologie urbaine amène l’accessibilité. Voirie et domaine public s’appauvrissent dans la ville américaine. Boston perd le tiers de ses croisements au profit du gigantisme. En Chine, la densité d’intersection s’effondre. A Tokyo, il y en a une tous les 50 mètres. Depuis Edo, la fragmentation du parcellaire s’est opérée à cause des règles d’héritage. La voirie toujours plus complexe s’y est développée», constate Serge Salat.

Vive est la critique du modernisme prévalant en Chine. L’un de ses archétypes, la tour, est pointé du doigt. «Elle est une impasse, un engorgeur ; aucun système de transport ne peut supporter ces pics. De plus, elle ne peut pas se complexifier. Elle est un objet», explique-t-il.

Pour parfaire la démonstration, Serge Salat juxtapose deux images, deux morceaux de villes. D’un côté Turin, de l’autre la ville radieuse. Sur 56 hectares, 40km de façades dont 18 avec arcades. De l’autre, 0m de façade sur rue.

04(@SergeSalat)_S.jpgLe chercheur démontre avec vigueur l’importance de la trame originelle. «La ville 3D est sans doute la moins durable. Rome est une ville du XIXe siècle et Paris a été pour 50% de son bâti construite au XXe siècle», remarque-t-il.

«L’activité favorite des chinois est de raser. Ces terrains vides sont la mémoire effacée de la ville», dit-il. Rotterdam, 1944, le parallèle est lancé. Bombardée, anéantie, la ville reconstruite selon les principes modernes de l’après-guerre est «devenue socialement différente. La morphologie urbaine est une morphologie sociale», signe Serge Salat.

Le plan plus que la forme donc.

Jean-Philippe Hugron

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