Stéphane Malka planche depuis une dizaine d’années sur le thème de l’architecture en tant que source de vitalité urbaine. Objectif : investir les délaissés urbains ou les espaces publics par une «architecture alternative». Une vingtaine de ces projets sera diffusée avant la fin de l’année dans l’ouvrage 'Le Petit Paris'. Micro-architecture en guise de combat rapproché.
Le Courrier de l’Architecte : En quoi consiste votre guérilla architecturale et quand êtes-vous parti à l’assaut ?
Stéphane Malka : Je viens du monde du graffiti. Les espaces délaissés sous les ponts ou sur les toits, les murs pignons furent longtemps mon terrain de jeu. En 3e année d’architecture (1999), je fus lauréat d’un concours organisé par la Ville de Paris ('Paris en 80 quartiers') dont l’enjeu était de concevoir des projets entre échelles urbaine et architecturale pour faire évoluer la ville. J’avais proposé une trame de jardins suspendus au-dessus de la ville pour retrouver des espaces publics en hauteur.
La 'guérilla architecturale' s’articule autour de différentes problématiques. Alors qu’à New-York existent des droits au ciel, en France la réglementation urbaine interdit de construire dans des endroits qui représentent pourtant, à l’échelle de la ville, une superficie non négligeable. Au fur et à mesure du temps, j’en suis venu à imaginer des projets densifiant ces porosités urbaines.
Par ailleurs, il s’agit de concevoir une architecture liée à des besoins existants, une architecture pouvant être mise en oeuvre par une main d’oeuvre non spécialisée. De fait, une architecture écologique. A l’instar du 'ready-made' en art, il s’agit aussi de faire appel à des matériaux existants.
L’idée est de se poser sur ou sous les bâtiments existants, jamais de les détruire. Il me paraît absurde de parler d’énergie positive, thème à la mode, sans prendre en compte la destruction dans le bilan énergétique d’un chantier. Notre guérilla est également une guérilla contre les labels.
Guérilla ou micro architecture, cette échelle d’intervention implique spontanéité et rapidité d’exécution, lesquelles font écho à l’effervescence de la ville.
Proposer des projets manifestes est une démarche hors-champ. Je n’ai jamais eu de stratégie à cet égard. Ces projets sont nés de manière intuitive. Pendant un temps, ils ne furent que pensés puis l’actualité m’a incité à leur donner corps. Cela m’a permis de trouver leur dénominateur commun, c’est-à-dire l’appropriation de l’espace public via une architecture alternative, instinctive.
En somme, vous évacuez l’architecte de l’architecture...
Je ne porte effectivement pas d’intérêt au geste de l’architecte. Certes, une forme peut apparaître a posteriori ; elle naît d’une stratégie mais n’est en aucun cas un préalable. Je ne m’oppose en aucune façon à une architecture de 'caractère' mais j’essaie de trouver à l’architecture quelque chose d’universel. Je ne cherche pas à être seul concepteur des projets, j’imagine des projets se développant au fur et à mesure de leur appropriation.
Quels sont les projets conçus dans ce cadre ?
Mon premier projet construit fut un restaurant sur la terrasse des Galeries Lafayette, en 2002. 'Haut nid' fut le premier opus de la série. Le projet est constitué de panneaux de bois cintrés, montés sur site en trois jours. J’ai également conçu et réalisé la boutique 'Black Block' au sein du Palais de Tokyo, métaphore de la station service, composée de placards frigorifiques et de présentoirs mobiles, recyclés d’une station service de la banlieue de Stockholm. En 2006, le projet prospectif 'Bio-box' repose sur le principe d’utiliser l’échafaudage comme extension végétalisée, constituant des poches vertes à l’échelle urbaine.
'Ames vives', des urnes funéraires rivées à même les murs en pierre de Paris, un projet conçu en 2007, est une réflexion sur le décloisonnement des cimetières dans les villes. En 2009, j’ai mis le projet 'Auto-Défense' en images. Il forme en quelque sorte le pendant du projet 'Buro-actif'. L’un et l’autre reposent sur une inversion de sens : injecter du logement à La Défense et des bureaux à Belleville.
En 2009, j’imagine galerie Bunker, qui repose sur l’idée d’injecter de la culture dans les quartiers où il n’y en a pas. Composée de blocs intégrés sous la station de métro Barbès, l’idée est que ces blocs en béton alvéolaire, préfabriqués, soient disponibles à l’achat à différents prix. 'Ame-lot' est une étude conçue cette année pour un client privé. Ce projet répond à la problématique du foncier parisien. Il s’agit de l’extension d’un mur-pignon, recouvert d’une façade composée d’un assemblage de palettes de bois qui se rétractent et changent ainsi la géométrie du bâtiment.
Concevez-vous les projets dans le cadre de concours et de commandes de la même manière que les projets prospectifs ou utopiques ?
Dans la mesure où ce qui m’intéresse est la démarche et la stratégie plus que la forme, oui, j’aborde tout projet avec les mêmes problématiques en tête. Ainsi, nous sommes en train de réaliser les bureaux de l’agence de publicité Ogilvy. A l’instar des projets de recherche, j’essaie de réutiliser des matériaux existants. Nous avons travaillé sur des bacs standardisés et démontables. Le résultat est très sobre et sera animé par le mobilier. J’ai notamment travaillé sur des sols mutants composés de cubes de 30X30 centimètres sur 15 mètres de long pour 3 mètres de large et des dizaines de hauteurs différentes. Ils sont placés au bord d’un atrium de verre formant un paysage qui offre une vue plongeante sur la ville.
Propos recueillis par Emmanuelle Borne
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W | Architecte | Paris | 08-11-2011 à 10:12:00
Travail remarquable que celui de Stéphane Malka!
On a envie d'en voir plus notamment un projet d'investissement de la sous face du métro aérien parisien que j'ai vu un jour je ne sais plus à quelle occasion.
Les illustrations présentes dans l'article réduisent un peu son travail à celui d'un plasticien. Pourtant, même s'il a l'intelligence de ‘ne pas porter d'intérêt au geste d'architecte’, il est un architecte, un vrai (démarche personnelle et radicale mais envisageable).
Loin des couleurs fluos si chères à certains (et certaines) qui donnent l'illusion de la nouveauté et qui ne seront bientôt rien de plus que le orange et marron des années 70, nous sommes ici au coeur d’une véritable pensée.
Une nouvelle façon de concevoir la ville qui se développe. Cet architecte réussit à envisager la régénérescence de la ville sans grand discours théoriques et donc dogmatiques mais de manière sensible et poétique.
Vivement que l'on goute à ses projets à grande échelle quand ils seront nichés à chaque carrefour de notre quotidien et qu'ils nous surprendront de la manière la plus agréable... Enfin du frais, merci à lui.
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