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Cahier Spécial - En direct de Batimat - Lundi 7 novembre

Portrait | FREAKS freearchitects : «nous inventons nos règles du jeu» (07-11-2011)

Invités à Batimat pour illustrer le thème de la surélévation, les trois associés de FREAKS freearchitects (Guillaume Aubry, Cyril Gauthier et Yves Pasquet) ne se disent pas spécialistes de la question. Un projet d’architecture, une scénographie, une plaquette de communication, tout leur est «prétexte à une nouvelle prise de position».

Batimat | France | FREAKS freearchitects

«C’est notre premier projet qui nous a lancé dans les surélévations». Conçue en 2007 alors qu’ils étaient étudiants à l’ENSA Paris La Villette, précédant la création de la SARL FREAKS freearchitects, la surélévation à Saint-Ouen (94m²) fut réalisée en auto-construction par son propriétaire.

Chargés du seul permis de construire, «nous ne pouvions nous embarquer dans des détails compliqués», soulignent les jeunes architectes. Le bâtiment est en préfabriqué bois avec une structure métallique en 'talons aiguilles', soit quatre poteaux, dont seuls deux visibles, lesquels impliquaient des reprises de fondations.

«Les gens s’imaginent qu’une surélévation monte toute seule mais les contraintes techniques demandent beaucoup de travail».

En 2009, l’obtention des AJAP attise l’intérêt des médias, grand public comme spécialisés. «Suite à un encart dans le magazine Elle, nous avons été bombardés de coups de fil pour extensions similaires». Parmi les projets du même acabit en cours : la 'boîte de Boulogne' à Boulogne-Billancourt - une réhabilitation-surélévation de 50m² - et une autre surélévation à Saint-Ouen (60m²).

«A Boulogne, ce sont les murs qui porteront la surélévation. De même qu’à Saint-Ouen, où le problème supplémentaire sera de construire en site occupé», précisent-ils.

02(@FREAKS)_S.jpgA chaque projet, FREAKS freearchitects prend de la bouteille. «Auparavant, nous y allions la fleur au fusil. Aujourd’hui, nous savons qu’il arrive que le PC ne soit pas déposé». De préciser : «sur les toits, on n’est pas au fond d’un jardin ; le poids de la structure, le problème des fondations ne sont pas anodins et les coûts engagés peuvent mettre à mal un projet».

Par ailleurs, en phase esquisse, «nous assurons la faisabilité, les aspects techniques, le diagramme programmatique avant de rentrer dans l’image». Issus de la génération 3D, les trois associés connaissent d’autres modes de conception.

Quel que soit le projet, de n’embarquer «que quand le contact est bon». Plus que de défis structurels, «l’architecture est la conclusion d’une rencontre, d’une histoire», disent-ils. Guillaume Aubry, Cyril Gauthier et Yves Pasquet préfèrent raconter ces histoires que de peaufiner des perspectives.

Tout exercice de com’ représente ainsi l’occasion d’une nouvelle réflexion plutôt que de s’atteler à un exercice de promotion. «Nous n’avons aucune envie de nous limiter à de belles photos d’architecture. Communiquer un projet est surtout l’occasion de concevoir un autre projet».

«L’architecture n’a pas lieu uniquement dans les bâtiments ; nous voulons tester de nouveaux horizons». En fait, projets d’architectures, installations scénographiques et performances artistiques composent le CV de FREAKS freearchitects. Le tout arrosé de second degré. «Ce n’est pas une stratégie», assurent-ils. Plutôt une nature. Les architectes «détournent ce qui existe» comme voie d’expression.

En témoigne entre autres le projet 'Road 66', un manifeste 'anti-pro-empreinte écologique'. «Nous partons du postulat que planter un arbre tous les 94km est censé compenser la pollution émise et faisons la route 66 à l’envers, de la côte ouest à Chicago, en déplantant 42 arbres pour la totalité du trajet». L’idée fera l’objet d’un film documentaire.

03(@FREAKS)_B.jpgAutre détournement : invités par la fondation Architectes de l’urgence pour la vente de croquis aux enchères, FREAKS freearchitects, qui se dit de la 'génération informatique' - «nous dessinons très peu» - a choisi de détourner les coups de crayons de 'starchitectes' puisés sur Internet en les redessinant sur AutoCAD et en y injectant leur griffe.

D’où l’apparition de King Kong dans tel croquis de Le Corbusier ou l’enseigne d’un McDonald's dans tel crobard de Gehry. Des dessins imprimés sur des nappes en papier. «C’est une façon de renverser l’image romantique de l’architecte concevant un projet sur un coin de table au restaurant», s’amusent les associés.

«Ce n’est pas grave», disent Guillaume Aubry, Cyril Gauthier et Yves Pasquet à propos de leur métier. N’y lire ni inconscience ni manque de rigueur. «L’architecture est notre métier et non un hobby mais nous n’avons pas de plan de carrière précis, nous sommes dans l’immédiateté». En raison de leur âge (29, 32 et 34 ans) ? Sans doute, mais aussi, estiment-ils, de l’année de création de la SARL FREAKS. «Elle est née en 2010, au moment de la crise ; nous savons prendre du recul».

Bref, Guillaume Aubry, Cyril Gauthier et Yves Pasquet ne sont pas des anxieux. Malgré les AJAP, «nous n’avons monté, depuis 2010, qu’une vingtaine de candidatures parce que nous ne sommes pas dans les canons d’agences d’architecture, nous inventons nos propres règles du jeu», disent-ils.

Pour l’instant, ils répondent aux commandes. Dont de nombreuses cartes blanches. «On nous appelle souvent pour secouer les choses».

Emmanuelle Borne

04(@GastonBergeret)_S.jpg

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