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Archives | La Tour Montparnasse, lumière(s) sur un gratte-ciel (20-09-2017)

Alors que La Défense, dans les années 60, développait un schéma ordonné aux volumes prédéfinis et contraints, reliquat d'un modèle français de la tour, Maine-Montparnasse présentait les caractéristiques d'un gratte-ciel américain. Et pour cause, l'oncle Sam n'était pas loin. Vaste copropriété, la tour, progressivement, s'affirme et assume désormais sa présence. Un monument. (Article publié le 2 novembre 2011)

Montparnasse | Tours et gratte-ciel | 75015

La tour Montparnasse, un gratte-ciel ? Vraisemblablement. Américain ? Assurément. Si Beaudoin, Cassan, de Marien et Saubot, ses architectes, ont conçu une tour, Epstein, cabinet new-yorkais, l'a transformée en 'skyscraper'. «Plus élancé !», réclamait Collins Tuttle, originaire de Chicago et promoteur de l'ensemble immobilier.

En 1965, l’arrivée d'une entreprise nord-américaine chamboulait, encore, un projet lancé depuis plusieurs années. Des esquisses circulaient alors. Un immeuble de grande hauteur (IGH) était planifié au sortir de la nouvelle gare, laquelle était prévue plus en retrait, au sud, que sa localisation originale.

Le foncier libéré offrait ainsi l'opportunité d'une opération de rénovation urbaine. En guise de signal, un imposant parallélépipède de béton dont la silhouette n'était pas étrangère au dessein retenu dix ans plus tôt, en 1949, pour la siège de l'ONU à New York.

Edgar Pisani, directeur général adjoint de la Société d’Economie Mixte pour l’Aménagement de Maine-Montparnasse (SEMAMM), reconnaissait la parenté avec un édifice qu'il jugeait alors «exemplaire». L’esprit moderniste était insufflé. Tour et barres, question de mode.

02(@JPHH)_B.jpgOutre la volonté de créer un accent moderne au coeur de Paris, Edgar Pisani entendait user de la tour comme un moyen de financer en partie la restructuration du quartier et la modernisation de la gare par la vente, notamment, des droits à construire.

Le projet devait être alors financé par Air France afin que la compagnie y installe ses bureaux et y loge son personnel. La compagnie aérienne, en se désengageant, laissa l’opération immobilière dans de sombres difficultés.

A son secours, Jean-Claude Aron, l’influent homme d'affaire et promoteur, surnommé «Monsieur High Rise» par le Times, réunit trente-et-une compagnies d'assurance et de mutuelles pour la construction de la tour auxquelles il associa le promoteur américain Collins Tuttle & co.

03(@JPHH)_B.jpg «Les Américains sauvent la tour Montparnasse», titre alors la presse. Mais l'engagement financier va de pair avec la révision des plans originaux. Collins Tuttle & co exigeait un édifice plus haut. En dix ans, la tour grandit, passant de 50 à plus de 200 mètres. Si, ouvertement, la raison était esthétique, officieusement la rentabilité de l'opération impliquait une surface de bureaux plus importante.

L'Etat, en dehors du projet, demeurait circonspect. La Commission des Sites, Perspectives, Paysages du Département de la Seine vota contre en 1967. La position biaise et la couleur foncée étaient notamment critiquées. En outre, la tour était une insulte sinon une menace : la 'bruxellisation' guettait Paris.

06(@JPHH)_B.jpgLes architectes de la Commission, parmi eux Albert Laprade, défendaient la sombre entité verticale.

André Malraux, alors à la tête, entre autres, du Conseil Général des Bâtiments de France, s'exprima en faveur du projet, exigeant toutefois que la tour n'obstrue pas la perspective de la rue de Rennes.

Finalement acceptée, la tour s'inscrit alors dans un schéma de perspective historique tant André Malraux y voyait la réalisation d'un «monument urbain». Le gratte-ciel américain intégrait, de fait, un ordonnancement 'à la française'.

La tour, malgré tout, fait encore débat. «Une grosse merde», selon Yves Contassot, élu vert, conseiller de Paris. Sa présence dérange. Mais que serait Paris sans elle ? D'aucuns ne l'imaginent pas.

«C'est un grand menhir noir dans la nuit», souligne Régis Clouzet, fondateur de l'Agence Lumière, auteur du nouvel éclairage de l'édifice. Et d'ajouter que «nous ne concurrencerons pas la demoiselle de fer». Les architectes des Bâtiments de France s'interrogent encore. Pourquoi une tour à Paris ? Pourquoi l'illuminer ?

«L'illumination reste sobre. Nous ne sommes pas à Las Vegas», dit-il. Cinq scenarii pour une «façade communicante» ont été proposés. Un par saison, l'autre festif. Tous magnifient la verticalité de l'édifice par un travail de mise en lumière des arêtes. Une première phase avant, peut-être, l'éclairage complet de la tour.

05(@AgenceLumiere)_B.jpg «Les copropriétaires investissent beaucoup dans le désamiantage. Cette illumination a pour but de montrer que Montparnasse est en renouvellement», souligne Régis Clouzet. Le concepteur lumière précise avoir imaginé un dispositif prenant en compte une possible réfection des façades, lesquelles pourraient être constituées d'une deuxième peau.

«Il n'est pas question d'usure visuelle», poursuit-il. Un travail sur les rythmes, la couleur et l'intensité caractérise la proposition où chaque passage d'heure sera l'occasion d'une animation et d'une pulsation au sommet. «De 20h00 à minuit la tour aura changé d'apparence», promet le concepteur.

Votés «à l'unanimité moins une voix» en décembre 2010, les travaux ont débuté en août 2011. «L'accès aux angles, souvent occupés par des bureaux de direction, est compliqué. De plus, nous travaillons la nuit», explique Régis Clouzet. S'il fut un temps question d'une inauguration en juin 2011 puis lors de la nuit blanche, une nouvelle date vient d'être décidée. Rendez-vous le 21 mars 2012.

Bref, autant d'initiatives pour changer l'image de la tour Montparnasse et assumer dans le paysage parisien sa forte présence. «Un challenge», reconnaît Philippe Castans, secrétaire adjoint du Conseil National de l'Ordre des Architectes, à l'époque du déménagement de l'institution au 48e étage de la tour.

Alors que les locaux de la rue Borromée dans le XVe arrondissement ne satisfaisaient plus à son fonctionnement, l'Ordre s'était mis en quête d'une nouvelle adresse. «Une entreprise se séparait de deux étages de la Tour Montparnasse. Ce n'était pas ce que nous recherchions à l'époque mais nous sommes allés jeter un oeil. L'ascenseur franchi, nous étions dans la maquette de Paris», dit-il.

04(@JPHH)_B.jpg«Il y a un côté ludique pour des architectes de voir ainsi Paris. Cela nous a touché ; l'idée était née», indique Philippe Castans. De l'idée à la réalité, un vote et une majorité.

Charlie Hebdo de s'étonner, «c'est comme si l'ordre des médecins s'installait à la morgue».

A l'Ordre, parmi les détracteurs, plus que la tour, l'amiante et les ascenseurs sont ciblés. Des travaux furent entrepris. Il ne reste donc plus qu'aux claustrophobes de prendre leur mal en patience les quelques secondes passées dans l'ascension.

Quid de l'image du CNOA et de l'image de la tour ? «Nous relevons le défi d'en faire quelque chose de bien. Nous assumons une image progressiste. Tous ceux qui viennent retrouvent devant le panorama leur âme d'enfant. Ils sont conquis», assure Philippe Castans.

La vue vaut son pesant d'or. Si les prix du m² à l'achat équivalent à ceux du quartier, les charges sont quant à elles «considérables». Pour les financer, le CNOA loue une partie de son plateau. «Rédhibitoires», elles l'ont été pour une importante agence d'architectes imaginant pouvoir s'y installer mais pour laquelle les «250.000 euros/an» ont été plus que dissuasifs.

Un choix donc. De son côté, Philippe Castans serait «très surpris que nombre de copropriétaires revendent pour s'installer dans un hôtel particulier».

La verticalité s'expérimente, se vit et s'abandonne difficilement et ce, malgré les dysfonctionnements du quartier sur dalle.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

sam007 | architecte | paris | 07-06-2012 à 12:22:00

La tour rode dans mon champ de vision, dans mon quartier je la vois depuis de nombreuses rues que je fréquente ou traverse et le constraste la nuit est fort avec notre cher vieux Paris , c'est ça qui est beau , étonnant! maintenant il faudrait lui soigner les pieds à cette pauvre tour tant décriée ...

Philippe2032 | 06-11-2011 à 00:14:00

Article passionnant, traité de façon intelligente et illustré par des photos magnifiques.

Isa | 02-11-2011 à 20:26:00

Paris et la hauteur c'est une histoire ancienne qui dure. Montparnasse est et restera l'un des symboles parisiens malgré les mauvais esprits qui la hantent.

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