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Visite | Résidence Lucie et Raymond Aubrac : Gemaile Rechak mène sa résistance (05-10-2011)

Première opération neuve en 15 ans pour le bailleur AB Habitat, première réalisation de la ZAC des Bords de Seine, les 32 logements sociaux composant la résidence Lucie et Raymond Aubrac viennent d’être livrés à Bezons (Val d'Oise) dans le cadre d’un programme ANRU. Ayant pour enjeu la densification, l’architecte Gemaile Rechak s’est avant tout attaché à créer un cadre de vie.

Logement collectif | Val-d'Oise | Gemaile Rechak

«C’est le b.a.-ba». S’enorgueillir d’offrir une double exposition à des logements sociaux n’est pas suffisant pour Gemaile Rechak. «Tous les logements sont dotés d’un séjour et d’une cuisine au sud-est, sud-ouest, les chambres étant orientées nord-est, nord-ouest», précise-t-il au Courrier de l’Architecte lors d’une visite de la résidence Lucie et Raymond Aubrac.

Soucieux des espaces à vivre, l’architecte l’est autant de créer «un cadre de vie». Concevoir trente-deux logements pour 2.600m² SHON appelait à la compacité. Pour autant, Gemaile Rechak tenait à offrir à chaque logement, outre une double orientation, un balcon ou un jardin.

Pour y parvenir, «construire le vide» fut aussi essentiel qu’ériger le plein. Précisément, espaces paysagers et espaces bâtis furent d’influence réciproque pour mener une approche bioclimatique tout en opérant «une densification mesurée du programme».

«J’esquissais, j’esquissais mais je ne parvenais pas à caser mes trente-deux logements tout en maintenant ces principes directeurs». Pour offrir à chaque unité son espace paysager, l’architecte avait a priori imaginé, au sein de trois bâtiments, cinq cages d’escaliers desservant chacune deux logements par palier, à l’exception de l’une des circulations verticales, attribuée à un seul appartement. C’est en supprimant l’une des cages et en greffant une passerelle sur une autre, astuce permettant de desservir trois logements, qu’il parvint à résoudre le casse-tête. L’occasion de suspendre un jardin.

En fait, «j’avais trouvé mon 31e logement. Restait le 32e». Via une autre astuce, un duplex inversé, il parvint à composer le cadre de vie qu’il espérait.

Si l’ensemble est certifié TPHE 2005, «je m’intéresse bien davantage à la qualité d’un site plutôt qu’à la performance technique», souligne Gemaile Rechak. Ce qui signifie qu’ici, la composition permet notamment la gestion de l’éclairement naturel et de la ventilation.

02(@PY.Brunaud)_B.jpg«Ce projet est affaire de continuités», poursuit-il. Avant tout, de continuités urbaine et temporelle.

«Je voulais préserver le tracé existant, composé de trois parcelles en lanières parallèles à la Seine, comme c’est souvent le cas à Bezons». Gemaile Rechak était également averti des enjeux urbains, dont le futur passage du tramway à l’entrée du site. Ainsi, suivant l’ancien tracé, une rue intérieure parcourt la résidence de part en part, depuis la rue de Pontoise jusqu’à la rue Robert Branchard. «Ce passage traversant permettra aux habitants des bâtiments en fond de parcelle d’accéder au futur T2 sans faire le tour de l’ilot». Ou comment conjuguer passé et avenir via l’interstice urbain.

Avec ses deux porches constitués par les volumes bâtis à chaque extrémité du terrain, cette rue domestique dote la résidence d’une intériorité propre ; de fait, d’une urbanité. Exprimant leurs doléances au représentant d’AB Habitat venu se joindre à la visite, les habitants sont regroupés au sein de l’îlot comme d’autres le feraient sur la place du village.

03(@GemaileRechak)_S.jpgAux «continuités urbaines» les «continuités d’usage». Le chemin diffuse les flux en direction des cages d’escalier. De cages d’escalier en espaces privés, d’appartements en jardins, terrasses ou balcons, la qualification diversifiée des vides a permis de créer des transitions, de l’espace public à l’espace semi-public, de l’espace semi-privé aux espaces privés.

Afin de marquer les jeux d’échelles et d’usages, Gemaile Rechak a varié l’habillage des trois volumes composant l’ensemble Lucie et Raymond Aubrac.

Côté rue de Pontoise, un boulevard bruyant, l’architecte a offert un écho au tissu existant. Suivant l’alignement, des volets en acier laqué gris cachent des balcons servant de tampon sonore. La façade pourrait être anonyme. Seul l’oeil exercé y voit la touche d’un architecte.

Côté rue Branchard, à l’inverse, «la façade se démarque de son environnement car, autour, la ville est en train de muer et nous ne savons pas ce qu’elle sera demain». Plaques fundermax aux tons chocolat vivifient l’ensemble. Un habillage qui se retourne en coeur d’îlot le long de la rue intérieure.

Une habitante accueille les visiteurs au sein de son appartement. Effectivement, les balcons ajoutent à la qualité de logements lumineux.

04(@PY.Brunaud)_S.jpgDe noter plutôt le soin apporté aux détails. Gemaile Rechak ne néglige aucune échelle : sur les façades chocolatées, ces joints larges pour souligner la verticalité ; sur les balcons, ces lames servant de brise-soleil dont la finesse empêche d’occulter la vue ; ou encore ce vaste hall d’accès, côté rue Branchard, un espace atypique dans le cadre d’une opération ANRU.

«Ce type d’espace ne fait effectivement pas partie des politiques ANRU mais en proposant un compromis, un espace entre dedans et dehors grâce à des brise-vue, nous avons pu le mettre en oeuvre», précise Gemaile Rechak.

Un bémol ? En attendant qu’ils foisonnent, les espaces paysagers ne sont pour l’heure que promesse.

A son échelle et celles qu’il conjugue dans ses projets, Gemaile Rechak mène ainsi une douce résistance contre les règlementations et les programmes qui font parfois l’économie du vivre-ensemble.

«Comme nous n’avions pas construit depuis quinze ans, l’architecte fut notre guide», souligne le représentant d’AB Habitat.

Comme source d’inspiration pour les projets à venir, il y a pire.

Emmanuelle Borne

05(@PY.Brunaud)_B.jpgFiche technique :

Maître d’ouvrage : AB Habitat
Architecte : Gemaile Rechak
BET Fluides : ETB Antonelli
Economiste : Loizillon Ingénierie
BET Structure: CEBAT Paris
Montant de l’opération : 4,2M€ hors fondations spéciales et dépollution
Superficie SHON : 2.550m²
Programme : 32 logements Certification H&E profil A THPE
Entreprise générale : Cari

Réactions

noumidia | architecte | algerie | 23-01-2013 à 13:23:00

Félicitations, pour le concept et la conception

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