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Enquête | Siège du PCF : de cathédrale du Parti à l'espace Oscar Niemeyer (05-10-2011)

'Liberté j’écris ton nom' : au 5e étage du siège du PCF, une tapisserie de Fernand Léger reprend le poème de Paul Eluard. Libre, Oscar Niemeyer le fut entièrement quand il conçut le bâtiment pour lequel il eut carte blanche. Livré en 2 phases (1970 et 1980), longtemps inaccessible, le lieu est désormais ouvert au public et abrite d’autres locataires que le Parti communiste.

Bureaux | 75019 | Oscar Niemeyer

«Oscar Niemeyer nous a fait un cadeau extraordinaire». Gérard Fournier, responsable des services généraux et initiatives du Parti Communiste Français, est un thuriféraire de l’architecte - «un génie» - ayant conçu le siège du comité centrale du PCF, 20.000m², au 2, place du Colonel-Fabien dans le XIXe arrondissement de Paris.

Les murs de son bureau témoignent de l’admiration. Ici, une photo en compagnie d’«Oscar», là une fresque signée Jacques Benoît représentant les deux hommes sur l’esplanade du bâtiment. Sinon, l’oeil s’arrête sur ce croquis du bâtiment signé Oscar Niemeyer. «L’original».

Avec ses six étages de murs-rideaux signés Jean Prouvé, son esplanade ondulante ponctuée d’une coupole blanche, l’ensemble affiche sa superbe sans pour autant faire de l’ombre à la place du Colonel Fabien. Les courbes du parvis y sont sans doute pour quelque chose.

Sous une marquise ondulée, des escaliers s’enfoncent jusqu’au hall d’entrée, un espace appelant à la déambulation. Pentes douces et murs en béton courbes, puits de lumière conférant un éclairage diffus créent une promenade variée un sein d’un espace ouvert.

«Aujourd’hui encore, c’est l’une de ses oeuvres qui comptent le plus pour Oscar», assure Gérard Fournier.

De souligner avec un sourire une coïncidence sémantique. «Nous sommes Place du Colonel Fabien, dont les initiales forment PCF». Pour autant, le choix du site fut motivé par l’Histoire. «Nous sommes au sein d’un quartier populaire, adresse du Secours populaire, où naquit l’Université populaire et où passèrent les volontaires des brigades internationales», conte Gérard Fournier. Dite place du Combat* jusqu’en 1945, l’endroit fut alors rebaptisé place du Colonel Fabien en l’honneur du jeune résistant.

02(@OscarNiemeyer)_B.JPGEn 1966, à l’étroit dans ses locaux du 44 rue Le Pelletier, le Parti décide de faire appel à Oscar Niemeyer, connu pour son engagement et arrivé en France en 1964. «Nous lui avons donné carte blanche».

L’architecte dessina l’ensemble... en trois jours. «Cerise sur le gâteau, il l’a fait à titre gracieux». Le projet fut réalisé en deux tranches. De 1968 à 1970 sont érigés la tour abritant les circulations, des parties du hall et du premier sous-sol, deux niveaux de parking et le corps central de six étages, lequel repose sur cinq piliers porteurs.

Sinon les courbes, signature sans équivoque d’Oscar Niemeyer, le choix des matériaux rappelle certes l’oeuvre et l’influence de Le Corbusier. Cela écrit, verre, acier, céramique - des azulejos importés du Portugal - et béton brut de décoffrage n’ont pas pris une ride.

Aux étages, «un autre principe de base issu du mouvement moderne, le plateau plan libre». Oscar Niemeyer a partitionné l’espace à l’aide de simples cloisons, néanmoins dotées d’une astuce, des armoires aux battants donnant soit sur les espaces de travail soit sur la circulation, au choix des occupants.

03(@ChristelLayle)_S.jpg«Les étages sont fonctionnels ; le beau est surtout au premier sous-sol et dans le hall», estime Gérard Fournier. Sous la coupole du parvis, la salle du conseil national fit partie des travaux conduits en deuxième tranche entre 1978 et 1980. Deux-cent cinquante places assises réservées notamment aux assemblées politiques du parti. Ironie de l’histoire, l’année suivante, en 1981, le PCF était laminé à la présidentielle et entamait alors son inexorable déclin.

Métaphore de la fécondité, l’espace sous le dôme de béton armé, avec ses deux portes glissant automatiquement à l’arrivée des visiteurs, rappelle également une autre Odyssée. Sous la coupole blanche, des centaines de lamelles en aluminium confèrent sans doute «une belle acoustique et un éclairage reposant au lieu» mais elles créent surtout un écrin inattendu.

«Tout est resté dans son jus d’origine». Tout ou presque. Compte-tenu de difficultés financières, la direction du PC a décidé, en 2002, de transformer le 6e étage, dévolu à la restauration, en bureaux. Les modifications furent conduites par Jean-Maur Lyonnet, architecte ayant participé aux travaux menés à la fin des années 1970 et représentant d’Oscar Niemeyer en France.

En 2007, toujours en raison de difficultés économiques, le PC choisit de louer les premier et deuxième étages du bâtiment. «Contrairement à ce qu’ont prétendu les médias à l’époque, il n’a jamais été question de vendre le siège. Le PC n’est pas à vendre», assène Gérard Fournier.

Le designer Ora-ïto, Autochenille Production mais aussi Arodie Damian architectures font partie des heureux locataires d’une adresse désormais connue également sous le nom d’espace Oscar Niemeyer.

«Fin 2009, nous recherchions des locaux plus grands. Nous sommes tombés sur l’annonce pour 500m² en location dans le siège du PCF ; nous avons rompu le bail en cours de notre ancienne adresse pour ne pas rater l’occasion», racontent les architectes Blandine Rougon-Sarlin et Christophe Damian. «Le loyer correspond au prix du marché et du quartier», assurent-ils. En revanche, «les charges sont plus élevées qu’ailleurs».

04(@ChristelLayle)_S.jpgDe fait, «nous changeons en moyenne quinze à vingt vitres par an pour des raisons de chocs thermiques», précise Gérard Fournier. Mur-rideau mais aussi étanchéité de l’esplanade et du toit terrasse impliquent, entre autres, un entretien coûteux.

Malgré les bémols liés aux normes d’époque - dont la climatisation et le chauffage, «qui ne conviendraient pas à des bureaux standards» - Blandine Rougon-Sarlin et Christophe Damian n’ont rien modifié hormis l’ajout de deux cloisons, dont l’une pour créer une salle de réunion. «Cette partie de l’étage étant préalablement réservée à la documentation, il y a de beaux espaces ouverts».

«L’anti-bâtiment HQE» les ravit. «Aucun bureau de contrôle ne validerait une façade rideau comme celle-ci aujourd’hui... Ce qui est dommage car elle est vraiment étanche au bruit», soulignent-ils. De mettre l’accent sur les poignées activant les ouvertures, «un détail magnifique». Sans oublier la beauté du béton brut, qui permet «d’habiter le lieu». Titulaires d’un bail de dix ans, les architectes savent que s’ils venaient à déménager, l’offre devra en valoir la chandelle et le bougeoir.

Comptant les locataires des premier et deuxième étages, ainsi que les membres de la fédération parisienne du PC venus rejoindre le siège, le bâtiment est aujourd’hui, selon Gérard Fournier, «plein à craquer». Une activité qui ne transparaît pourtant pas lors de la visite. Si les espaces forcent toujours l’enthousiasme, il y a quelque chose d’endormi au siège du PC. Contexte politique ?

«En 2007, le bâtiment fut classé au Patrimoine des monuments historiques dans sa totalité», poursuit Gérard Fournier. Une inscription permettant de bénéficier des aides de l’Etat pour l’entretien du bâtiment.

05(@ChristelLayle)_S.jpgNe pas se fier à la grille cernant l’adresse - «effectivement, elle n’était pas prévue par Oscar mais elle est nécessaire pour des raisons de sécurités» - : le siège du PCF est accessible au public. Notamment, depuis dix ans, compter «5.000 visiteurs en deux jours» dans le cadre des Journées du Patrimoine. Par ailleurs, curieux et étudiants en architecture affluent «du monde entier». «En moyenne, nous recevons 15.000 visiteurs par an».

Convaincu qu’un tel bâtiment «n’est pas un musée mais un lieu de vie», Gérard Fournier l’a ouvert à l’événementiel en 1996. «Défilés de modes, expositions, prises de vues, concerts sous la coupole», le PC met en location salle du conseil et premier sous-sol à qui le souhaite «à condition d’avoir le respect du lieu». Ceci ne signifiant pas qu’il convient d’être encarté. «Nous accueillons des gens du domaine de la création au sens large». Autant de manifestations enrichissant la trésorerie du Parti.

Gérard Fournier préfère mettre l’accent sur la source d’inspiration que représente le bâtiment. «Le photographe Andreas Gursky s’en est inspiré pour son oeuvre 'PCF 2003’ et le couturier Thom Browne a décidé de modifié sa collection après y avoir organisé un défilé».

Espace sensuel pour les uns, métaphore de la fécondité ou clairière, temple de béton, en tout cas spirituel pour les autres, personne ne quitte l’espace Niemeyer indifférent.

Pour Gérard Fournier, «c’est ma respiration». En ouvrant l’espace au public, ne serait-ce que pour rassembler des fonds, il a souhaité insuffler à l’oeuvre l’air du temps. «Accueillir des artistes est une façon de vivre de plain pied le XXIe siècle sans trahir nos idéaux», assure-t-il.

Emmanuelle Borne

* «En souvenir de combats d'animaux qui se déroulaient à cet endroit et non, comme d’aucuns pourraient le penser, en lien avec l’histoire de la commune par exemple», précise Gérard Fournier.

06(@ChristelLayle)_B.jpgFiche technique :

Surface totale de plancher : 20.000m²
Maître d’ouvrage : Société Immobilière de la Place du Colonel-Fabien (S.I.P.C.F)
Maîtrise d’oeuvre : Oscar Niemeyer ; collaborateurs : Jean Deroche, Paul Chemetoff, Jean-Maur Lyonnet.
BET : BERIM (Jacques Tricot).
Acoustique : Albert Giry
Tranche 1 : 1968-1970 : Immeuble de six étages, tour technique (ascenseurs, escalier, circulation des fluides, électricité, etc.), partie du hall, partie du premier sous-sol et deux niveaux de parking en sous-sol ; deuxième tranche : 1978-1980 : hall, partie du premier sous-sol, coupole et esplanade d’entrée.

Réactions

Gabriel | 08-10-2011 à 14:23:00

Bonjour,

Si vous souhaitez en savoir plus à propos de la cité Frugès de Le Corbusier et de ses habitants, je suis à l'initiative d'un projet concernant la mémoire de ce quartier atypique :

http://lamachineahabiter.com/

N’hésitez pas à laisser un commentaire sur le site ou à me contacter si le sujet vous intéresse.

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