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Visite | Silo d'Arenc : au milieu du tumulte, la grâce de la musique, quelle qu'elle fût (21-09-2011)

Un silo à grain désaffecté sur le Port de Marseille. Quelle meilleure opportunité pour Roland Carta que de transformer un bâtiment classé patrimoine industriel en salle de spectacle ? Ce «volume plein comme une ruche» a été conçu, en 2008, pour accueillir des événements musicaux aussi divers acoustiquement que spatialement, de Carmen aux Polyphonies corses.

Bâtiments Publics | Culture | Marseille | Roland Carta

«Les Marseillais ont le sens de l’événementiel». Décontracté, l’architecte originaire de la cité phocéenne Roland Carta conduit en décapotable noire ses visiteurs vers sa dernière réalisation : la réhabilitation en salle de spectacle du silo d’Arenc, classé au patrimoine industriel.

Attenant au port autonome de Marseille - qui n’eut de cesse d’en souhaiter la démolition pure et simple - et de la nouvelle tour CMA CGM de Zaha Hadid, ce silo à grain en béton armé occupe une place privilégiée sur le front de mer. Il était autrefois destiné au chargement et déchargement des bateaux qui acheminaient des céréales.

En 2001, la ville de Marseille promet d’investir vingt millions d’euros pour aménager des bureaux, une salle de musique amplifiée, un restaurant panoramique et un café concert dans ce bâtiment inutilisé depuis vingt ans.

Sauf que, en cours de route, le programme de la salle de spectacle s’est diversifié : celle-ci ne devait plus recevoir exclusivement des concerts de musique de variétés mais également des opéras (musique non-amplifiée), du théâtre et de la danse. Un nouveau concours, remporté par Roland Carta (C+T Architectures), a donc été lancé en 2004, autour cette fois de contraintes de modularité et de polyvalence.

02(@LisaRicciotti)_B.jpg En s’approchant du bâtiment, les journalistes découvrent que l’autoroute passe tellement près du silo qu’elle semble l’effleurer. Un bourdonnement continu les accompagne d’ailleurs jusqu’à l’entrée de l’ouvrage, auquel on accède par une passerelle piétonne surélevée.

En effet, le bâtiment, construit sur pilotis, imposait la création d’escaliers, de rampes et de monte-charges pour accéder au hall d’accueil et à la scène qui se trouvent respectivement à 5,60 et 16 mètres au dessus du sol. ce système de gestion des flux est d’autant plus astucieux que le port autonome, propriétaire de l’emprise au sol et a jamais frustré de cette non-démolition - les relations avec l’architecte en furent exécrables - n’a jamais concédé un quelconque usage au sol si ce ne sont les issues de secours.

C’est en montant que Roland Carta revient sur une des caractéristiques selon lui les plus intéressantes du silo : sa position. Marseille est cernée par la mer et les collines. «Plus que ses bâtiments, ce sont ses migrations, ses fluctuations, ses renouvellements qui l’ont créée», raconte t-il. Le silo d’Arenc est lui-même cerné par le port et l’autoroute. Deux voisins bruyants.

Espace de transition et d’articulation entre terre et mer, espace de musique au milieu du vacarme... L’opportunité est exceptionnelle.

En ce jour, à l’intérieur du silo, le bruit est omniprésent. Les ouvriers, les électriciens, les costumiers s’affairent pour préparer l’inauguration du lendemain. Visseuses, marteaux, perforatrices forment un orchestre symphonique. Un «opéra concertant» est prévu pour l’inauguration de demain prévient le scénographe Michel Cova.

Opéra classique demain, concert de musique amplifiée après-demain... Les événements aux intensités sonores diverses prévus en ce lieu exigent une acoustique précise, pourtant variée, à laquelle ce silo à grain n’était pas préparé.

L’acoustique est l’enjeu majeur d’un tel projet et l’architecte redoutait la difficulté à maîtriser tous les paramètres de cette dimension en ce lieu.

«On m’a mis beaucoup de pression à ce sujet», avoue Nicolas Albaric, acousticien, dans un sourire. Trop d’inconnues, beaucoup de contraintes, une forme et des proportions inadaptées pour émettre le son... La décision a été prise de ne pas trahir l’existant.

03(@LisaRicciotti)_B.jpg Premier contact avec ce volume atypique : la vaste salle d’accueil dite «des mamelles». Du plafond, des cônes renversés en béton brut perforent le volume. C’est par là que tombaient les grains. Des luminaires noirs, conçus par Georges Berne, ornent le bout de ces «mamelles». Ce sont «comme des champignons après la pluie» s’amuse l’architecte.

De fait le silo, haut de 50m, contient «une multitude de petits volumes». C’est un système «complexe d’alvéoles, plein comme une ruche», dit Roland Carta. «Cette forme géométrique n’est pas forcément négative», souligne l’acousticien Nicolas Albaric.

04(@C+TArchitectures).jpg Toujours est-il que les mesures de la salle de spectacle qui, avec ses 50 mètres de long et ses 25 mètres de large occupe les deux-tiers du bâtiment, sont plus importantes que celles d’une salle de spectacle classique. Le défi de faire porter les voix et la musique jusqu’au fond de la salle était de taille. «Une stimulation intellectuelle», affirme l’acousticien.

La volonté était non d’absorber le son mais, au contraire, de le propager. Le métal et le bois sont matériaux réfléchissants et conducteurs ; ils habillent les alvéoles préservées. C’est une salle de spectacle «particulièrement réverbérante», souligne Nicolas Albaric.

L’acoustique devait aussi s’adapter à tout type de musique. C’est pourquoi Nicolas Albaric a choisi des «panneaux acoustiques variables (c’est-à-dire dont la rotation est possible. Ndla) pour accommoder un programme flexible».

A cette modularité du son correspond une flexibilité de l’espace. «Toute la scène est démontable, elle peut être agrandie et les gradins se rétractent» explique Michel Corta.

Soudain, mêlées aux ronronnements des aspirateurs, des notes de Carmen retentissent dans la salle. Au loin, une soprano, sans micro, répète ses gammes. D’aucuns sont saisis soudain, malgré la distance, de l’impression qu’elle chante à côté d’eux. «Aboutir à une grande intimité sonore entre le plateau et la salle, dans l’esprit des théâtres à l’italienne», assure l’architecte. La démonstration musicale inopinée vaut toutes les explications.

Lorsque la visite de presse se poursuit hors de la salle de spectacle, pour accéder à l’intimité des loges et des bureaux, la mer est de nouveau perceptible et s’entend à nouveau le grondement des ferries en partance pour la Corse. Marseille reprend ses droits.

De fait les Grecs puis les Romains maîtrisaient déjà l’écho et les bases de l’acoustique, qu’ils appliquaient dans leurs arènes et leurs théâtres.

La plus belle réussite de ce projet est sûrement que l’on peut y vivre l’architecture à travers l’ouïe.

Le son, une dimension de l’architecture souvent oubliée. Ici, elle est magnifiée.

La salle a été inaugurée le 21 septembre 2011.

Christel Laylé

Fiche technique 

Programme : salle de spectacle de 2.000 places ; foyer d’accueil ; cafeteria ; catering ; bureaux ; loges ; vestiaires
Maître d’ouvrage : Ville de Marseille et Sogima
Projet lauréat du concours : Roland Carta architecte
Superficie : 4.083m²
Coût des travaux : 20.745.100 euros
Equipe de maîtrise d’oeuvre : Roland Carta architecte mandataire - C+T et SLH
Scénographie : Ducks Scéno
Design : Andrew Todd
Acousticien : atelier Rouch
BET structure : Sica
Bureau de contrôle : Socotec
SPS : BECS

Réactions

loth | spectatrice | marseille | 07-07-2012 à 10:44:00

Belle réhabilitation en effet ,mais un peu poudre aux yeux pour ce qui concerne le placement Les fauteuils sont spacieux mais dur parcours pour les cervicales Que ce soit pour les places les plus chères ou pas Placé orcheste milieu de salle j'ai passé la soirée tête à droite ou à gauche pour voir ce qui se passait sur la scène 2ème tentative balcon de gauche (face scène) On passe la soirée vrillé sur soi et si quelqu'un avant en latéral en se penche trés peu pour tenter de voir se qui se passe à gauche de la scène, on ne voit plus rien A priori cet architecte ne doit pas beaucoup aller à des spectacles de danses ou de théatre Pour les comiques je pense que c'est moins gênant il y a moins de prise d'espace C'est vraiment dommage un tel gachis de places sans compter les fauteuils installés derrière un immense panneau son ou aoutre? Quel non sens

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