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Portrait | Clément Vergely, le territoire de la simplicité (21-09-2011)

«Etre 'contextuel' ? de la tarte à la crème !», objecte Clément Vergely ; l’architecture est avant tout question de territoire. En lice pour l’Equerre d’Argent 2010, l’architecte lyonnais, la jeune quarantaine, propose entre géométrie fractionnée et simplicité massive une approche architecturale poursuivant «la logique du site».

France | Clément Vergély

«L’architecture n’est pas recherche d’écriture», affirme Clément Vergely. La position est tranchée et l’architecte s’excuse : «revenir à quelque chose de basique devient original».

A force de vertes acrobaties, le formalisme capitule. Question d’époque ? Faisant fi des modes, le verbe de cet architecte laisse transparaître une conviction que chaque projet confirme. Le temps d’une rencontre à Lyon est l’occasion pour lui de s’expliquer.

Cas d’école d’abord, suisse, mais aussi cas d’une école, exemplaire, réalisée à Saint Didier au Mont-d'Or (69). L’édifice porte en lui la démarche de son architecte et l’extension qu’il réalisa constitue «une décision forte dans le paysage». Pour ce faire, Clément Vergely joua des carrières, du parcellaire et des murs.

«Le béton, la pierre... il n’y a pas de fétichisme. Il s’agit avant tout d’un travail dans la masse ou, plus encore, de développer une écriture architecturale massive. C’est la masse, elle-même, qui amène le matériau», précise-t-il.

Si la massivité répond à une contrainte économique, elle permet également «la maîtrise du résultat», une approche qu’il juge «naturelle».

«Ne pas faire d’objet architectural», répète-t-il à l’envi. Discrétion ? Eloge de la disparition ? Ni effacement, ni camouflage. Clément Vergely revendique «un dialogue sinon une relation au territoire».

03(@DR).jpgA l’origine du tout, un sujet de diplôme, 'Ecriture d’un village'. Rapporteurs influents, Alexandre Chemetoff et Pierre-Louis Faloci amenèrent le jeune architecte sur le chemin d’une pensée territoriale.

Une maison, un immeuble de logements, une école... «Je n’ai pas une commande plus belle que les autres. Il s’agit à chaque fois de faire avec les contraintes sans verser dans l’exceptionnel», dit-il. A défaut d’une spécialisation, une méthode ? «Ma pratique est instinctive», défend-il.

L’intuition guide mais les conseils furent assidument écoutés. «Les architectes qui travaillent dans des sous-pentes... ça n’existe plus», lui affirma, un jour, Yves Lion.

02(@DR)_S.jpgEnfant, Clément Vergely baigne dans l’architecture, celle de l’agence familiale. «J’avais une fibre artistique sans être artiste», se souvient-il. Bachelier, les études d’architecture qui suivent furent un pis-aller, «sympathique» même.

«Alors c’est la honte d’être le fils du patron ?», lui demande-t-on. «La répétition n’est pas mon truc», rétorque-t-il.

Content de connaître les moindres cotes de ses projets, Clément Vergely se refusait, à l’instar de la figure paternelle, à devenir chef d’entreprise, une position «contre-nature».

Etre en son nom donc, un choix motivé par quelques amis avertissant qu’«il est bien plus facile de briller à travers d’autres que de faire seul et bien». Soit. Il y eut, malgré tout, un passage chez Christian de Portzamparc, un autre chez Yves Lion avec, pour première expérience, la Porte des Lions au Louvre : «le casse-pipe».

«J’avais 25 ans. J’ai suivi ce chantier long et compliqué du début jusqu’à la fin», se souvient l’architecte. En somme, une formation à la réalité.

L’approche rigoureuse n’était ni normée ni organisée et passait pour être artisanale. Les planches d’un concours pour le réaménagement de la Salle des Etats, écrin de la Joconde, pouvaient séduire. «Je ne voulais plus travailler pour les autres», dit-il.

Des sirènes, outre atlantique, susurraient à Clément Vergely d’envisager un départ. Son entregent amenait toutefois l’architecte sur les traces de Renzo Piano. Gênes ou New-York ? New-York ou Gênes ? L’appel de la grosse pomme fut le plus fort mais une place chez Davis Brody Bond appelait des formalités administratives. Six mois plus tard, un visa. Trop tard ! Une amie, une maison à construire et une inscription à l’Ordre. Au placard, le visa.

En 2000, Clément Vergely ouvre donc ses bureaux. En 2003, une collaboration avec l’agence paternelle pour la réalisation à Erstein d’un musée «qui tend vers l’objet brut» met en lumière le jeune architecte, lauréat l’année suivante des Nouveaux Albums.

«Il y a d’autres données que le beau, la brutalité par exemple. L’objet pour l’objet ne m’intéresse pas. Nous ne sommes pas pour autant brutalistes», explique-t-il. S’il se reconnait de Luigi Snozzi, architecte suisse «au bon sens paysan» et «beaucoup plus radical en écriture», il préfère, quant à lui, «adoucir les angles».

S’opposer sans s’imposer, son architecture refuse tout «acte de bravoure». S’il condamne la diversité et la juxtaposition des ZAC où chacun «pose son coup d’éclat», Clément Vergely prône davantage des «airs de famille».

Le positionnement n’est pas étranger au parcours de l’architecte. De l’Ecole d’Architecture de Lyon, il s’en va une année à l’Ecole Polytechnique de Lausanne puis s’en retourne à Paris. De la première, il retient une formation «Beaux-arts où l’artiste doit s’exprimer, faire montre de subjectivité». De la deuxième, il retient outre des noms - Patrick Berger, Antonio Cruz, Luigi Snozzi -, une formation permettant de «savoir juger son travail».

04(@DR).jpg«J’ai une passion pour l’architecture brésilienne, un savant mélange entre le Portugal et la Suisse», confie-t-il avec, en mire, les ouvrages en béton de Lina Bo Bardi. São Paulo, étape obligée.

Il y fit la rencontre de Paulo Mendes da Rocha, au culot, un jour, en poussant la porte de l’agence, «tout au plus 40 à 50m²». Il y fit la rencontre de Carlos Motta, ébéniste de talent, surfeur à ses heures libres. «Il y a là-bas une forme de simplicité, de fraicheur au travail que ni règlement ni chauffage ne contraignent ; surtout, il n’y a pas de 'show off' au Brésil».

Ni show off en France. «Je suis né à Lyon et suis allé à l’école à Lyon. Je suis resté à Paris, dix ans durant. Professionnellement, je connais tout le monde et je ne suis pas l’exclu qui vient voir ce qu’il s’y passe. Etre en dehors de la représentation est agréable. Se montrer et se faire connaître m’ennuient», avoue-t-il. Une rencontre sans mondanité donc avec un homme peu rompu à l’exercice.

Adresse, Lyon. Doublant son effectif pour atteindre «une petite dizaine» de collaborateurs, l’agence occupe désormais un appartement de l’immeuble Barrioz, building industriel art déco conçu sur les quais du Rhône par un architecte américain. «J’ai toujours adoré cet immeuble», dit-il. A travers les fenêtres, la frondaison des arbres, le Rhône.

05(@ESaillet)_S.jpgClément Vergely reconnait être en «excellent rapport» avec sa ville natale. «Je suis arrivé au moment où la mairie voulait aider les architectes. Etre jeune était alors bien vu», explique-t-il.

Jeune encore, depuis son bureau immaculé, Clément Vergely ne cesse de concevoir une architecture qui «doit prendre conscience de sa visibilité et de la réalité paysagère dans laquelle elle s’inscrit». Il y a d’autres données que le beau...

Jean-Philippe Hugron

Réactions

lipo | 27-09-2011 à 10:24:00

J'aime vraiment beaucoup la simplicité (apparente), la sobriété et l'intelligence constructive, qui priment dans cette architecture (ou la "signature" n'est pas mise en avant comme c'est le cas si souvent).
J'espère juste qu'il n'y a pas trop de sacrifices sur les performances énergétiques et le confort thermique, mais ces données manquent à l'exposé.
Je suis aussi un peu envieux des budgets comme ceux de la Villa à Saint Fortunat, mais on a seulement ce qu'on mérite parait-il...
En tout cas, bravo pour ces volumes reposants.
(Désolé pour les éventuelles imperfections en français)

Isa | 21-09-2011 à 20:58:00

«revenir à quelque chose de basique devient original».
Un parti pris raisonnable à l'heure où visibilité est légende.

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