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Enquête | En 'stage d'été', face à ses lacunes, la technicité de l'étudiant source d'impertinence ? (15-09-2011)

Stages 'ouvrier', de 'première pratique' ou de 'formation', les stages précédant l’expérience professionnelle pour l’obtention de l’HMONP, généralement conduits entre juin et septembre, sont, de l’avis des étudiants, «fondateurs». Sans doute en termes de savoir. Autant en termes de savoir-faire ?

Vie étudiante | France

«Si deux semaines suffisent pour appréhender le fonctionnement d’une entreprise, il faudrait multiplier les stages d’observation pour aborder tous les corps de métier», souligne Simon Letondu, diplômé ADE de l’Ecole d’architecture Paris Belleville en février 2011. Lequel fait référence au stage dit 'ouvrier'. D’une durée de deux semaines ou un mois selon les écoles d’architecture, généralement conduit au terme de la première année d’études, ce stage d’observation doit être réalisé au sein d’une entreprise du bâtiment ou d’un BET.

Vient ensuite le premier stage en agence d’architecture, 'de première pratique', d’une durée d’un ou deux mois selon les écoles, lequel clôt le cycle 'licence'.

Thomas Teyssaire, ayant obtenu son HMONP à l’école d’architecture de Paris Malaquais en 2010, en garde un excellent souvenir. «J’ai passé deux mois et demi sur différents concours. C’est alors que j’ai compris ce qui me plaisait en archi. Auparavant, on me reprochait d’être trop réservé sur mes projets. En agence, ça balançait». L’ancien étudiant ne manifeste aucun regret de n’avoir abordé d’autres phases que celle de la conception.

Que ce soit à propos du stage mené en licence ou celui, de deux mois minimum, conduit dans le cadre du cycle 'master', Thomas Teyssaire estime que «nous sommes confrontés bien assez tôt aux aspects constructifs du métier. Mieux vaut se concentrer, durant ses études, sur la créativité pour, par exemple, développer des alternatives au paysage pavillonnaire français, qui fait mal».

Même son de cloche chez Simon Letondu, ayant réalisé ses stages de licence et maîtrise au sein d’une agence parisienne, où il fut notamment mobilisé sur des concours d’équipements publics. «Les stages de conception sont plus abordables pour les étudiants», résume-t-il. «Travailler sur des concours nourrit les projets d’école», précise Thomas Teyssaire.

A l’inverse de ces amateurs de concours, Christel Laylé, étudiante en master à l’Université de Strasbourg, après quatre ans passés à l’Université de Nottingham, estime que «développer une méthode de pensée est très bien mais le savoir-faire constructif, les détails de constructions devraient davantage faire partie des études».

«La façon dont l’architecture est enseignée en école, en Angleterre comme en France, n’est pas du tout en phase avec le métier», dit-elle. Christel Laylé se souvient d’un premier stage où elle fut heureuse d’être «confrontée à la réalité de l’archi, par exemple en intégrant la réglementation pour les handicapés dans un projet : des questions pragmatiques qui paraissent triviales mais qui ont leur importance». Autre stage, autre apprentissage pragmatique : l’estimation financière des métrés. «L’aspect financier détermine les choix architecturaux», souligne-t-elle.

Et de déplorer la courte durée des stages, qui empêche l’acquisition de tels aspects du métier. D’ailleurs, nombreux sont les étudiants prolongeant leurs stages au-delà de la durée réglementaire.

A ce titre, Christel se félicite du stage obligatoire d’un an réalisé dans le cadre de l’enseignement anglais. Pour autant, «ce ne fut pas le stage le plus formateur». L’étudiante y mobilisa essentiellement des compétences d’ingénieur thermique acquises à l’Université de Nottingham. «Cela permis à l’agence de ne pas faire appel à un BET extérieur».

«A court terme, les stagiaires sont surtout confrontés à leurs lacunes ; à plus long terme, ils permettent aux agences de réaliser des économies», raisonne-t-elle.

En tout cas, rares sont ceux qui restent le bec dans l’eau lors d’une recherche de stage, même courts. Si le stage a pour objectif l’acquisition de compétences, ils sont des savoir-faire qui semblent déterminer l’obtention d’un stage. «Maîtrisant SkechUp, j’ai aussi été embauchée pour ça», dit Aurore Chesseret, étudiante à l’école d’architecture de Strasbourg.

Selon Stéphane Malka, fondateur de 'stéphane malka architecture', la nouvelle génération de stagiaires, rompue à Autocad et aux logiciels de 3D, «maîtrise mieux l’outil informatique que les architectes de 40 ans».

Pour autant, l’architecte souligne avant tout l’intérêt de solliciter «un regard extérieur». Et n’hésite pas à embaucher sur des temps courts. «Deux mois ne leur laissant pas beaucoup de temps,  je préfère solliciter leur créativité que de les faire gratter», dit-il.

Selon lui, la maîtrise de l’outil informatique va de pair avec une certaine «impertinence». En clair, «à l’époque des planches à dessin et des rotrings, l’étudiant en architecture se sentait comme un profane dans un temple en arrivant en agence ; aujourd’hui, il existe une désacralisation des premières expériences professionnelles».

A davantage de technicité, moins de foi ? «Aujourd’hui, il y a juste le savoir à apprendre et moins la technique, ce qui démystifie sans doute le métier», dit Stéphane Malka.

Emmanuelle Borne

Réactions

aaa | etudiant | Alsace | 22-07-2016 à 15:10:00

C'est pas faux tout ca. En France je faisais des taches que personne n'a voulu faire, et en plus qui servaient un peu a rien...En Allemagne j'ai me suis senti comme un membre de team, je faisais des taches que les architectse faiseaint...bref il faut pas s'etonner que l'architecture en Allemagne va mieux

BlueCat | etudiant | Paris | 26-04-2015 à 13:36:00

Le problème de ces stages aujourd'hui : peu d'agences prennent des stagiaires en dessous de 3mois minimum... / Et étant en 4ème année minimum. Et en plus peu d'agences prennent d'HMO !

Résultat : on dévalorise le métier. On essaye d'embaucher de la main d'oeuvre à moindre coup afin de charétter.

Un étudiant en galère de stage.

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