Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Visite | Lyon Confluence à la carte (25-10-2010)

Tout voyage de presse à Lyon Confluence digne de ce nom comprend désormais une halte au restaurant étoilé Nicolas Le Bec. Visite d’un quartier où la diversité est à l’honneur, l’analogie opère : Lyon Confluence s’arpente sur le mode gastronomique. Reportage, donc, sous forme de séquences culinaires.

Urbanisme et aménagement du territoire | Lyon

C’est l’histoire d’une régénérescence urbaine dont la première phase est en partie livrée - l’ensemble, 41 hectares, sera finalisé fin 2011 - et dont la phase 2, visant à compléter l’axe central "dans une logique de prolongement de l’île", selon Benoît Bardet, directeur de la communication de la SEM Lyon Confluence, a été confiée en juin 2009 aux architectes-urbanistes Herzog & De Meuron, en association avec le paysagiste Michel Desvigne.

A terme, Lyon Confluence ce sera : 150 hectares, 15.000 habitants (7.000 aujourd’hui) et 27.000 emplois (7.000 aujourd’hui).


Parmi les caractéristiques du projet louées par la presse, la présence de quinze 'signatures' sur la première tranche. De Christian de Portzamparc à MVRDV, en passant par Rudy Ricciotti, Manuelle Gautrand, Odile Decq, il y en a pour tous les goûts, certes, mais surtout pour des palais avertis. Cette volonté de faire appel à des concepteurs de renom s’exporte au-delà du territoire géré par la SEM. Le quartier de bureaux de la Part-Dieu a ainsi été confié en décembre 2010 aux bons soins de l’étoile montante des études urbaines, l’agence AUC (Djamel Klouche). De l’entrée au digestif, la journée presse organisée par onlylyon* c’est l’urbanité à la carte et un dîner presque parfait.

Entrée 1
Semblant s’ériger en emblèmes de l’entrée sud de Lyon, les deux tours présentes dans les images illustrant la phase 2 ne sont pourtant ni représentatives du projet conçu par Herzog & De Meuron ni à l’ordre du jour. "La priorité ce sont les tours de la Part-Dieu (Oxygène et Incity ndlr). A Lyon Confluence, nous nous concentrons sur le plan masse", précise Benoît Bardet. Le secret de la recette des architectes suisses résidant dans "la conservation de morceaux de l’ancienne halle, qui seront intégrés à la ville future et constitueront des poches d’activités, le sel de la vie quotidienne (sic)". Le directeur de la communication de la SEM Confluence prend pour contre-exemple les Halles parisiennes. "Notre objectif est l’inscription dans l’histoire et la géographie du site". Dont acte : Lyon Confluences sera durable ou ne sera pas. A ce titre, le prix affiché de la garniture 'éco-quartier' de la première tranche s’élève à 4 millions d’euros.

05(@EB)_B.jpgEntrée 2
A la jonction du territoire de la Confluence et du reste de la ville, s’élève le pôle d’échange de Lyon-Perrache, sur lequel buttent automobilistes, vélo’v et piétons, dessinant ainsi une frontière tangible entre Lyon nord et Lyon sud. Mise en bouche amère. "A la fin des années 1990, les gens pensaient que la suppression du pôle conditionnait l’aménagement de Lyon Confluence", raconte Benoît Bardet. La tabula rasa était donc un scénario fortement envisagé et une SEM dédiée fut créée. Mais le coût - "le montant proposé à l’époque asséchait les finances publiques" - et la complexité structurelle du pôle - "le pôle d’échanges est trop lié à l’A7" - mirent à mal l’ambition.

Résultat : le concours remporté par l’équipe François Grether-Michel Desvigne en 2000 porte sur un périmètre écartant Lyon-Perrache. Selon Benoît Bardet, "le vrai problème" n’est pas tant le pôle d’échange que la voie ferrée nord-sud, "qui empêche les liens est-ouest". Celle-là est donc déplacée. Pirouette de communicant ? Si Benoît Bardet détourne l’attention de Perrache, il met, à juste titre, l’accent sur la géographie lyonnaise : "S’il y a une chose à retenir et qu’ont compris Herzog et De Meuron, c’est que l’urbanisme doit être impérieusement lié à la géographie", dit-il.

A ce titre, "la direction est-ouest est essentielle" et "le pôle à une valeur relative". Exit en tout cas Lyon-Perrache pendant 10 ans. Mais, "nous nous y penchons à nouveau à la faveur des nouveaux aménagements". Autrement dit, la première phase ayant redonné son piment à Lyon Confluence, les investisseurs semblent plus faciles à convaincre. "Le problème n’est plus un problème d’attraction et d’accessibilité mais de qualité et de confort", résume Benoît Bardet. Mission délicate remporté par l’atelier Ruelle en mai 2009. Si le sujet n’est pas encore d’actualité, une chose est sûre : Lyon-Perrache ne sera pas démoli mais amélioré. Prix du hors d'oeuvre non affiché.

Plat de résistance 1
Signé Winy Maas, Manuelle Gautrand, Eric van Egeraat, Combarel-Marrec et Pierre Gautier, le Monolithe (28.000m² SHON combinant bureaux, logements et activités), en cours de livraison, n’est pas compris dans le plan de route d’onlylyon. Vu de loin, RAS si ce n’est que couleurs et saveurs concordent ; les images ont tenu leurs promesses.

02(@JackLeone)_B.jpgPlat de résistance 2
Le Siège de Région (44.000m² SHON) est à la croisée d’un programme tertiaire pour le contenu et d’équipement pour la forme. D’aucuns raillent la monumentalité du bâtiment. "Immeuble image", selon les termes d’Yvon Deschamps, conseiller régional délégué à la culture, le bâtiment est néanmoins une belle illustration du concept d’îlot ouvert inventé par son architecte Christian de Portzamparc. Monolithe n°2 "très fortement constitué par ses limites", selon la représentante du maître d’oeuvre, le siège est "creusé de l’intérieur", sculpté par un atrium, sorte de rue publique intérieure. Il permettra à la Région de rassembler, dès cet été, son personnel actuellement éparpillé sur huit différents sites. Prix affiché : 137 millions euros.

Farandole salée
Le long de la Saône, l’éclectisme est de mise. Conjuguant bâtiments industriels reconvertis et bâtiments neufs, les docks du Port Rambaud mêlent programmes culturels (la Sucrière, le pavillon des Douanes) et sièges sociaux (d’Eiffage, les locaux du Progrès). Les objets architecturaux se multiplient pour une addition globale sans doute relevée.

03(@EB).jpgTrou lyonnais 1
Entre le bâtiment de Jean-Michel Wilmotte et le projet d’AAMCO architectes se dresse l’une des plus récentes livraisons, signée Jakob & Mac Farlane, le siège social du groupe BTP Cardinal dont l’originalité réside dans "le cône central qui le transperce". L’ouverture composée d’une poutre en béton cintrée est une prouesse technique. "Durant le premier mois, nous étions très attentifs aux oscillations du bâtiment pour vérifier qu’elles étaient conformes aux calculs espérés", explique Jean-François Larose, PDG du groupe Cardinal. L’ensemble est revêtu d’une résille orange, double peau servant de brises soleil dont la couleur et la dentelle confère au bâtiment un aspect capricieux. Impression confirmée par l’addition : 15 millions d’euros, "dont 15% de surcoût lié à la dimension HQE et 15% à la complexité architecturale". Le vide n’est pas donné.

04(@EB).jpgTrou lyonnais 2
Précédant le projet Lyon Confluence, confié par le Département du Rhône à Coop Himmelb(l)au en 2000, le musée des Confluences peine à émerger, absence de plus en plus criante à l’aune des aménagements qui se multiplient sur le reste du territoire. Absence de plus en plus bruyante, aussi, à l’écoute de l’actualité : le 12 février dernier, la demande d’annulation du marché pour l’achèvement des travaux émise par le groupement d’entreprises mené par Léon Grosse - recalé à l’appel d’offre - a été rejetée par le tribunal administratif de Lyon. Seules les palissades bleues suggérant la forme du projet témoignent qu’un jour peut-être... Rires des visiteurs : "Il est bien comme ça". Prix affiché : 107 millions d'euros HT.

Farandole sucrée
L’intitulé est prometteur : pôle de commerces et de loisirs. La maquette est gadgétisée : les différents étages se dissocient sur commande pour une meilleure compréhension de l’organisation spatiale. L’agencement est typique d’un centre commercial. Quid des loisirs ? Et d’une. Réponse incomplète du représentant de l’exploitant et propriétaire Unibail-Rodamco, qui fait cas d’un mur d’escalade. "Qu’y a-t-il d’autre en matière de loisirs ?". Et de deux. La réponse se précise : Il sera essentiellement question de loisirs pour enfants... de spa aussi. "C’est tout ?". Et de trois. Réponse évasive : "Nous avons aussi le pôle de commerce de la Part-Dieu et notre objectif est de réaliser des pôles différenciés". L’assortiment attendu semble se réduire à un programme plutôt léger, à l’instar de sa couverture composée de deux hectares de coussins d’air en EFTE. La livraison des 70.000m² répartis sur quatre niveaux conçus par Jean-Paul Viguier est prévue pour avril 2011. Prix affiché : 250 millions d’euros.

Remontant
Dernière étape d’une visite au pas : L’ascension de la tour Oxygène, 43.000m² tout juste livrés, en attendant la tour Incity (qui dominera Lyon dès 2013 du haut de ses 200 mètres). Au sommet, Nathalie Berthollier, de la Mission Part-Dieu (Grand Lyon), présente les lignes directrices du projet d’aménagement 'Part-Dieu 2020'. Suite à une enquête menée auprès des usagers, la Part-Dieu est apparu comme un quartier "sans valeur émotionnelle", explique-t-elle. Pour cause : Il compte 860.000m² de bureaux et pratiquement pas de logements. Objectif de l’AUC, mandatée en décembre 2009 : faire de la Part-Dieu un endroit où il fait bon vivre, soit notamment décongestionner la gare, requalifier les espaces publics et décloisonner les équipements. Prix à déterminer.

Le repas fut (trop) riche mais un détour impromptu fait office de digestif. Erigées en 1934, les tours de Villeurbanne composent une référence architecturale et urbaine. Si elles incitent à lever les yeux au ciel, il convient de rediriger le regard vers les rez-de-chaussée, peuplés de commerces, pour constater que la recette américaine de l’ancrage au sol fait aussi ses preuves en France... Et peut encore servir de modèle ?

Emmanuelle Borne

* onlylyon : 'Marque' de promotion de la ville réunissant six partenaires dont la communauté urbaine Le Grand Lyon (pour rappel maîtrise d’ouvrage de Lyon Confluence)

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 24 février 2010.

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de PANARCHITECTURE

Ce sont des projets tant attendus qui sortent enfin de terre : trois maisons individuelles neuves dans le sud de la France et un Hôtel à Paris rue du Faubourg Saint Honoré.  Ce sont quelques journées en gilets jaunes...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de PietriArchitectes

En 2018, l’agence PietriArchitectes a livré 3 projets de logements qui illustrent sa  volonté d’une démarche architecturale contextuelle. Dans le Sud de la France pour La Crique, entre lac et montagne pour Les...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 d'Antonini Darmon

Des concours aux chantiers et vice-versa : une année en grand écart, émaillée de quelques récompenses (c’est bête mais ça fait toujours plaisir…) Ces récompenses, nous les avons...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de RozO

Ce salon urbain réalisé par RozO pour Icade marque un renouveau de ces parcs d'activité en développant une autre relation au lieu de travail. RozO redessine l'ensemble des espaces extérieurs du site afin que ces...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Ronald Sirio Architectes

En 2018, l’agence Ronald Sirio Architectes a plusieurs projets de construction à son actif :L’immeuble de bureau, rue de La Vallée à Amiens a été lauréat du concours d’appels...[Lire la suite]

Album-photos |O-S-architectes

En 2018 Le théâtre de Cachan accueil son public, accompagné par Cyrille Weiner orchestré par Rafaël Magrou, illustré par Lucas Harari, et Alexis Jamet, avec les contributions de Jacques Lucan et Arnaud Anckaert,...[Lire la suite]