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Projet | HTA, des tours pour susciter plaisir, dégoût, admiration et détestation (07-09-2011)

«Je ne suis pas plus architecte qu’ingénieur», revendique Hervé Tordjman qui, de fait, renie le schisme entre ingénierie et création architecturale. Objet technique, le gratte-ciel se révèle objet de convoitise pour l’agence. L’histoire a commencé à Guangzhou, elle se poursuit désormais à Chelles (77) et à La Défense... entre admiration et détestation.

Tours et gratte-ciel | Ile-de-France | Hervé Tordjman

Pour HTA, il y eut d’abord le destin contrarié des tours jumelles de Guangzhou. Si le parti torsadé séduisit les médias et le public, un dessin moins ambitieux lui fut préféré. L’agence fut donc, un temps, sous les feux médiatiques. Si elle se montre, depuis, discrète, le carnet de commandes ne désemplit pas pour autant.

Rendez-vous était pris à la veille des chassés-croisés estivaux. HTA ouvrait les portes de sa nouvelle adresse parisienne Rive Droite. L’agence, outre des bureaux Rive Gauche et à Béziers, possède également une antenne chinoise. Une vingtaine de personnes rien qu’à Paris.

Rive Droite donc, rue de Choiseul, quartier de la Bourse. Les locaux sont ceux de l’ancienne salle des marchés de la Banque Palatine. Au mur, des gratte-ciel ; en vis-à-vis, des maquettes de tours. Au sous-sol, le coffre. Par delà la porte blindée, une salle de projection en amphithéâtre. A l’écran, les images défilent et révèlent l’activité de l’agence : «les plus belles aventures de HTA», prévient Hervé Tordjman.

Exit Guangzhou. Exit Signal aussi... A La Défense, la plupart «des investisseurs ont eu peur d’être coincés dans des projets où le caractère raisonnable n’était pas admis», constate-t-il suite à l’abandon de toutes les propositions faites à l’époque.

Concours perdus certes, mais expériences gagnées. L’architecte revendique désormais «un droit au risque, au délire et ce, tout en rentrant dans les cases d’un tableau Excel».

«Avoir des projets forts qui suscitent le plaisir, le dégout, l’admiration, la détestation», assure Hervé Tordjman. Provoquer donc, le verbe à l’appui. «Nous sommes dans une société qui veut abattre les symboles et qui appelle l’annulation de l’histoire pour un monde d’équité», dénonce-t-il. «Je m’offre le droit d’être hors des clous», dit-il.

02(@HTA)_S.jpgSans doute, l’activité chinoise - dont il n’a dit mot - et l’organisation de l’agence - laquelle il créa avec une programmiste - permettent à l’architecte d’affronter les conventions qui tiennent lieu de certitudes.

Halte aux «tours couvertes de pseudos jardins potagers faussement collectivistes» ! La tour peut offrir «du rêve», «de l’horizon» et, surtout, «le droit à l’individualité». Faisant fi de l’«illusion inaccessible, celle d’une nature recréée», il propose une prise de risque. A Chelles, le projet Swan en est l’illustration.

«Il s’agissait là de faire tout le contraire de ce qu'il y a». Hervé Tordjman évoque un quartier à l’architecture banale et monocorde pour ne pas dire morne. Lors du concours, face à Roland Castro et Atelier 234, HTA renonce au «suppôt vert» et prône «la création d’un choc» : «le croisement d’un vaisseau spatial et d’une Lamborghini», comme le confie un élu. L’agence développait alors pour la ville un ensemble résidentiel au dessin remarqué.

03(@HTA)_B.jpgFort de ce projet, Hervé Tordjman propose lors du concours «un élément de redéfinition urbaine» où «l’esthétique est passée au premier plan». L’objectif est de créer une entrée de ville, d’être iconique et par-dessus tout «d’englober la disparité et ne jamais s’y fondre».

Les tours jumelles de Chelles, mixtes, ne sont pas classées IGH. «Nous avons travaillé la réglementation et ses limites», prévient Hervé Tordjman. Architecte échaudé ?

Selon son concepteur, le projet a éveillé la curiosité des élus ; la question de la hauteur était somme toute nouvelle et le Grand Paris balbutiait. «Il n’y avait pas de contraintes majeures, nous étions relativement libres», se souvient-il. Avec HMD, promoteur, HTA propose de développer un «projet charismatique».

En positionnant des logements sur un socle comprenant commerces et bureaux, Hervé Tordjman parvient à transformer le programme et s’est montré, de fait, force de proposition. «Offrir du potentiel de développement», semble être un mot d’ordre pour l’agence.

Les tours sont des «marchés particuliers de grande ampleur». Concours et études sont l’opportunité de parfaire une expertise.

04(@HTA)_S.jpgIl y a quelques années, à la Défense, «Groupama avait commissionné Nexity pour créer un symbole. L’assureur ne souhaitait plus conserver CB21 car les plateaux étaient sous-dimensionnés. Nous avons donc travaillé sur un projet de déconstruction / reconstruction en concevant une extrapolation du principe d’exostructure par un corset très fort porteur d’un corps fonctionnel endogène», explique Hervé Tordjman.

Le projet scellait une collaboration avec Nexity qui se poursuit aujourd’hui à La Défense avec deux projets à l’étude, l’un à Nanterre, l’autre dans le quartier des «damiers», CB32. Bien qu’elle soit de l’ordre du concept à ce jour, CB32 est, selon lui, «l’un des projets qui a le plus de chance d’aboutir».

Son architecture se caractérise par «un voile, objet biomorphe». Double peau, squelette externe, dentelle métallique sont une rhétorique familière pour son concepteur mais, au-delà des mots, les fruits d’une réflexion initiée à Guangzhou.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Marcel Breuer | Architecte | Alpes | 23-09-2011 à 02:51:00

Commence déjà par une maison individuelle mon gars.

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