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Présentation | L'enjeu était la mémoire : le mémorial 9/11 signé Michael Arad (07-09-2011)

Ce qui fut ne sera jamais plus. Comment alors s’en souvenir ? «Avec des fontaines perpétuelles» a répondu Michael Arad, auteur du mémorial du World Trade Center à New York. Puits sans fond d’une infinie tristesse, ces claires fontaines sont certes une ode à la mélancolie ; elles sont surtout symboles d’une infinie vitalité. Retour aux sources ?

Aménagement extérieur/Paysage | New York | Michael Arad

New York - Le 6 janvier 2004, en gagnant le concours pour le mémorial du World Trade Center, Michael Arad est entré dans le cercle très fermé des architectes qui, du premier coup, ont emporté la mise. Bjarke Ingels, droit sorti de l’école, s’est vu confier un projet gigantesque à la suite d’un concours d’idées. Et ce concours, en 1990, de la maison de la culture du Japon remporté par deux jeunes architectes, le Japonais Masayuki Yamanaka et le Britannique Kenneth Armstrong. Les exemples de telle sorte abondent.

Michael Arad, Israélien né en 1969 à Londres où son père est ambassadeur, est lui lauréat, parmi 5.201 participants, du projet de mémorial du 11 septembre à New-York, avec une très radicale «Reflecting Absence». Un non-bâtiment qui lui vaut directement, dès avril, de devenir associé au sein de la très imposante et très New-yorkaise agence Handel Architects.

La bien nommée «Absence Réflective» est composée de deux percements de 10 mètres de profondeur qui délimitent l’emplacement original des tours et le lieu de deux chutes d’eau perpétuelles, même au plus froid de l’hiver. Autour des bassins, les noms des disparus. En leurs centres, une ouverture carrée dans laquelle l'eau se perd, ad vitam aeternam. Au-dessous, invisibles, les atriums du musée offrent lieux de digne recueillement.

Exprimer la non-architecture ou l‘architecture non plus, est l’inhabituel défi relevé par Michael Arad. Si les architectes aiment généralement à exprimer, sinon affirmer, une présence architecturale, le sujet, rare, offrait ici d’exprimer l’absence d’architecture. Sa perte plus exactement.

02(@Amy Dreher)_B.jpg Quelques mois après la chute des tours minimalistes de Yamasaki, Michael Arad acquit la conviction que le futur de Ground Zero était celui d’un grand vide, afonctionnel. L’absence, un «presque rien» radical et tragique, lui était une évidence. De l’eau recouvre le site et deux percements - vers le centre de la terre là où s’élevaient les tours - la laisse s’écouler pour toujours.

Pas d’arbres, pas de bâtiments, aucune circulation, un pur espace de contemplation qui, sans plus de fonctionnalité que de maintenance, existe par ses qualités propres. La présence de l’eau en mouvement devait refléter le dynamisme de la ville. «Il ne s’agit donc pas d’un lieu mortifère et pathétique, d’une image noble et solennelle d'un monument paré de toutes les offrandes sacrificatoires, pour paraphraser Walter Benjamin, mais d’un miroir de la vie urbaine, lequel nous exhorte à apprécier son éternelle vitalité», explique Michael Arad dans son bureau spacieux de l’agence.

Certes, il dut composer mais sa vision d’un non-bâtiment qui emplit l’espace, cet espace, s’est concrétisée. Il sera inauguré les 11 et 12 septembre 2011.

03(@SquaredDesignLab)_B.jpg Daniel Libeskind avait rêvé d'un mémorial. Quatre tours placées en équerre étaient son écrin.

Au final, pour les tours, que du Pritzker ou presque : SOM pour la One World Trade Center, la pièce maîtresse de '1.776 pieds' appelée aussi Freedom Tower ; Foster pour la Two ; Rogers pour la trois ; et Fumihiko Maki, si peu connu en Europe, pour la quatre. Et le mémorial, un non-bâtiment. Bref, la place encaissée dédiée au mémorial de Libeskind, spécialiste du tragique monumental, est tombée à l’eau.

Reste à l’architecte polonais, pour les exégètes, son plan masse. La nouvelle station de métro, quant à elle, sera un oiseau de béton signé Calatrava.

De fait, là où Libeskind proposait un sanctuaire dédié a la mort et au souvenir, Michael Arad offre un espace ouvert, un non monument. «J’ai voulu clairement rendre compte du fait que, si l’espace est dédié à la mémoire de façon très importante, il ne doit pas être coupé de la ville», explique ce dernier. «L’idée de base était de créer une place publique, claire et directe», dit-il.

Effectivement, la vie revient sur le site. On y mange son sandwich, y promène son chien ou y regarde une performance de hip hop en patins à roulettes. La vie continue. Bienvenue à New York !

04(@SquaredDesignLab)_B.jpg Le musée du mémorial, quant à lui, est enterré sous cette place. Michael Bloomberg, maire de New York, a fait la moue lorsque lui fut expliqué qu’il fallait débourser 700 millions de dollars (500 millions d’euros environ) pour un bâtiment qui ne se verrait pas.

La ville de New-York et, surtout, la Fondation pour le Mémorial du World Trade Center ont décidé donc que, quitte à payer pour un trou, il fallait au moins que quelques sorties de terre témoignent visuellement de la présence du mémorial. C’est l’agence norvégienne Snøhetta qui sera chargée de composer la nouvelle émergence.

Benjamin Loiseau (correspondance)

05(@SquaredDesignLab)_B.jpg

Réactions

Nadia | retraitée | Alpes Maritimes | 12-09-2011 à 13:07:00

Bravo pour cette idée non seulement émouvante et vivante à la fois, mais aussi pour inciter ceux qui y viennent à la réflexion sur les vanités de ce monde et la légèreté de l'être humain .
D'avoir exactement reproduit les superficies des tours, cela ne peut plus être un Ground Zero, mais bien une ode à le vie qui s'élève de ce parc riche dans sa simplicité et laisse l'âme s'envoler en se souvenant des êtres aimés ...

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