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Compte-rendu | La Grande Motte relookée par Christian Biecher (07-09-2011)

La Grande Motte revêt de nouveaux atours. La station balnéaire, qui fut «conçue pour zéro habitant permanent», ne se veut plus ville de passage, l’été. Pour cela, C. Biecher, F. Azambourg et Urbicus lui refont une beauté avec des projets dont la mise en oeuvre, qui débutera fin 2012, durera vingt ans. Se réinventer, oui, mais pas ex-nihilo. Compte-rendu.

Urbanisme et aménagement du territoire | La Grande Motte | Urbicus

«Ce n’est pas habituel qu’une ville de province se déplace à Paris pour rencontrer la presse internationale !», entame fièrement Stéphan Rossignol, maire de La Grande Motte, lors d’une conférence de presse le 5 juillet 2011 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. «Pourquoi La Grande Motte à la Cité de l’Architecture ?», dit-il. Bonne question.

Rappel des faits. La ville, née dans les années 60 à l’initiative de Charles De Gaulle qui voyait filer les touristes vers l’Espagne, est encore «toute jeune, 40 ans seulement», souligne l’édile. Sur le site marécageux et hostile qui avait été choisi, «tout était à inventer», expliquait alors l’architecte Jean Balladur (1924-2002) à qui l’on doit cette station balnéaire et port de plaisance construits en dix ans.

C’est inspiré de vacances au Mexique que l’architecte imagina une ville balnéaire moderne et aérée à laquelle ses pyramides, devenues emblématiques, confèrent une forte identité. Rien n’avait été laissé au hasard. Balladur dessina tout, jusqu’aux bancs, aux fontaines, aux lampadaires, aux pavés !

D’une vision globale à la conception de tous les détails, Jean Balladur avait inventé une nouvelle manière de concevoir la ville, au point d’ailleurs de donner un genre à ses quartiers : au centre ville, la «ville masculine», avec ses pyramides et ses immeubles rectangulaires ; au couchant, la «ville féminine» avec ses immeubles arrondis tout en courbes.

C’est dans cette dernière qu’il est donc décidé d’implanter les futurs nouveaux équipements sportifs et commerciaux de la ville ; c'est là encore que seront installés les lampadaires dessinés par François Azambourg.

Aujourd’hui, le département de l’Hérault connait une des plus fortes croissances démographiques du pays, avec une population qui souhaite s’installer majoritairement en bord de mer.

02(@DR).jpgL’été, 10.000 estivants se côtoient à La Grande Motte sans promiscuité.

Malgré la conception initiale de Balladur, ils sont désormais 8.500 habitants à demeure, 1.000 enfants scolarisés et 800 commerces dont 70% sont ouverts toute l’année. «Il faut savoir que cette ville a été conçue pour zéro habitant permanent», insiste Christian Biecher, l’architecte-urbaniste lauréat de l’appel d’offres lancé en 2008 par la mairie pour la définition d’un nouveau schéma directeur.

D’une ville balnéaire, la ville permanente ?

Les voitures des nouveaux arrivants ont saturé l’espace permanent, avec le regain d’attractivité touristique, les commerces débordent sur l’espace public, la cohabitation entre permanents et saisonniers n’est pas toujours facile, les fontaines de Balladur ne fonctionnent plus...

Il fallait repenser La Grande Motte.

03(@ChristianBiecher)_B.jpg«J’ai toujours eu beaucoup de tendresse pour cette ville», s’émeut Christian Biecher. C’est une ville qui a une «architecture rythmique et sculpturale que je trouve particulièrement intéressante».

François Azambourg, designer des nouveaux champignons-lampadaires de la ville, a eu son premier contact avec La Grande Motte à l’âge de 14 ans. «Il est assez intimidant d’intervenir dans une ville avec une architecture aussi imposante !», confie-t-il. L’équipe d’économistes, d'architectes, d'urbanistes, de paysagistes ayant travaillé au projet, au vue de la présentation, semble partager la même émotion.

La Grande Motte est inscrite depuis janvier 2010 au Patrimoine du XXe siècle. La ville conserve les archives de Balladur. Cette «architecture qui ne laisse pas indifférent», qu’en faire ?

04(@CBiecherGRey).jpg«La difficulté est de moderniser et en même temps de garder/restaurer ce patrimoine», souligne Jean-Marc Gaulier, architecte à Urbicus à Versailles. Réparer et prolonger le travail de Balladur est l’un des enjeux de ce projet. L’architecture contemporaine en est un autre. Le parti a été de s’appuyer sur les points forts du site : la nature et le dessein de Balladur.

«La continuité du travail de Balladur, c’est aussi une continuité de sa méthode», relève Jean-Marc Gaulier (Urbicus). «Ce sera donc un travail complet, délicat, sur plusieurs échelles». Ou quand le 'mobilier urbain' est constitutif de l’aménagement du territoire, la pyramide tenant lieu d’échelle.

Le problème principal de la Grande Motte est que la voiture est partout. «L’avenue de l’Europe, qui est une impasse, voit défiler 12.000 voitures chaque jour, dont 7.000 repartent au bout de cinq minutes !», remarque Jean-Marc Gaulier. «L’idée est de rassembler les voitures», dit Christian Biecher et de créer «un système de déplacement doux».

La Grande Motte est la première ville balnéaire verte de France. Ainsi, la mer ne serait plus le seul point d’intérêt de la ville, laquelle souhaite se réapproprier les forêts de pins et les étangs, les montrer et les protéger. Lors de la réorganisation du partage de l’espace public sera donnée de la place aux arbres. Et aux commerçants et à l’architecture apparemment.

05(@Urbicus)_B.jpgLe projet de l’agence Urbicus propose de faire de l’avenue de l’Europe une véritable esplanade de front de mer, reliant une série de places. Ce grand espace traversant doit permettre de renforcer l’attractivité du centre et de la mer et de promouvoir une meilleure cohabitation entre voitures et piétons, habitants et saisonniers.

«2012 sera une année importante car elle verra sortir de terre des projets», dit le maire.

Balladur était en avance sur son temps : son modèle d’urbanisme est aujourd’hui au goût du jour. Il s’agit de «revenir aux fondamentaux de Jean Balladur», tel un «retour aux sources», conclut le maire maître d’oeuvre de ce projet contemporain.

Un projet pour vingt ans, une vision.

La conférence s’achève.

Dehors, à l’entrée de la Cité, au Trocadéro, les photographes sont agités, les touristes se bousculent.

Ce matin, Giorgio Armani est maître des lieux car il reçoit en la grande galerie des moulures de la Cité de l’architecture.

Un défilé.

La Grande Motte de Balladur, qu’en savent les couturiers ?

Christel Laylé

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