tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Visite | Nouvelle bibliothèque Paris 2 : les courbes érudites et gourmandes d'Alain Sarfati  (08-06-2011)

Livrée en mars 2011 dans le cadre d’un projet de mise aux normes, la nouvelle bibliothèque de l’Université d’Assas est un écrin immaculé dont les surfaces en mouvement évoquent la Staatsbibliothek de Berlin. Ici, des courbes certes issues de contraintes fonctionnelles... Avant tout, Alain Sarfati a doté Assas d’une architecture du désir.

Bâtiments Publics | Education | Culture | 75002 | Alain Sarfati

«Tout projet de mise aux normes de sécurité comprend l’occasion d’améliorer le fonctionnement d’un bâtiment», souligne Alain Sarfati, lauréat en 2000 du concours de réhabilitation de l’Université Panthéon-Assas (Paris 2).

Améliorer la tenue au feu de la structure métallique du bâtiment construit en 1960 par Charles Lemaresquier ou adapter le nombre d’unités de passage en fonction des étudiants... Autant de points de détails lors de la visite du Courrier de l’Architecte de la nouvelle bibliothèque de l’Université de droit parisienne.

«La petite bibliothèque située dans la tour était insuffisante pour accueillir les étudiants, chaque année plus nombreux», explique Alain Sarfati. Mais où intégrer 2.500 nouveaux mètres carrés ?

Tout en préservant une enveloppe «aux qualités architecturales évidentes», Alain Sarfati tenait à oeuvrer au sein du volume existant. L’espace perdu sous le grand amphithéâtre lui permit de «tirer un plancher pour développer un plateau».

«Tout le monde sait ce qu’est une bibliothèque». L’imaginaire collectif veut, selon Alain Sarfati, un lieu feutré, poussiéreux, lourds de livres. Avec son plateau suspendu, l’architecte a d’autres images en tête. L’une, tenace, est «l’émerveillement» ressenti au sein de la Staatsbibliothek de Hans Scharoun à Berlin. «Imparable», dit-il.

Par ailleurs, de puiser ses sources d’inspirations en levant simplement les yeux au ciel. «Plus l’époque se fait technologique, plus le besoin de nature se fait pressant», résume-t-il, constamment à la recherche de son portable, dont l’écran affiche une nébuleuse sur fond bleu. Bref, le mouvement des nuages enrichit la bibliothèque imaginaire d’Alain Sarfati, où l’oeuvre d’Alvar Aalto trône en bonne place.

02(@NoelleHoeppe)_S.jpg Une fois passé le pas de l’entrée de la bibliothèque, effectivement, tout y est. A l’éloquence de l’architecte, celle de l’ouvrage.

Avant tout, l’ampleur : le hall d’accueil se déploie sous huit mètres de plafond. Surface immaculée, pliée, dépliée, sous laquelle l’architecte a conservé des ouvertures verticales préexistantes. Aérien, l’espace appelle ainsi un recueillement monacal. «Je voulais un endroit envoûtant», sourit Alain Sarfati, posté sous les arches irrégulières confectionnées à l’aide d’une toile tendue.

Pari réussi : un ange passe... et se fraye un chemin entre les luminaires installés aux deux extrémités du hall d’accueil, nuages créés par le designer Octavio Amado.

L’espace est d’autant plus saisissant qu’Alain Sarfati en a préservé la découverte. «J’ai convaincu l’Université de récupérer quelques mètres carrés en créant une mezzanine accueillant des postes de travail supplémentaires, sous laquelle nous avons créé une séquence d’entrée».

Autre source d’étonnement : l’absence des tons mordorés que l’architecte affectionne. «Ici, je gère une métaphore», dit-il. Pour invoquer l’écume du ciel dans un lieu clos, «le blanc était une évidence».

Le désir est tenace. Les bornes d’accueil, toutes en courbes, ainsi que l’escalier menant à la mezzanine évoquent les reflets du Scarabée. 'Pearl beige' et 'pearl gold', l’architecte a pioché des tons plus doux dans le nuancier ral.

Serti d’un garde-corps en aluminium perforé, l’imposante ascension semble amarrée au sein d’un hall immatériel. «C’est un poste de capitaine», s’amuse Alain Sarfati au sommet des marches.

03(@NoelleHoeppe)_S.jpg Dessous, face à l’entrée, les rayonnages sont peu nombreux. «Tous les ouvrages de droit sont numérisés». Et d’inviter à parcourir l’aile 'Assas', en prolongement du hall, à l’est, où sont installés des postes informatiques.

«Le jour de l’ouverture, la bibliothèque était ouverte à 9h00. A 9h30, elle était pleine. Le seul reproche qu’on nous a adressé est qu’elle est finalement trop petite», sourit l’architecte.

«L’espace de départ étant plutôt restreint, le plus gros défi était d’éviter l’étouffement», poursuit-il. Grâce aux jeux de niveaux, aux courbes des rampes, aux arcs et plis des plafonds, Alain Sarfati est parvenu à créer, au sein des ailes 'Assas' et 'Notre-dame des Champs' en prolongement du vaste hall d’accueil, des salles de lecture où rien n’est statique.

Les mouvements sont volontaires, parfois involontaires. «Les variations de formes permettent d’encaisser les endroits difficiles», précise l’architecte. «Ce creux par exemple répond à la présence d’une poutre». Ou de l’art de la composition.

Résultats : les étudiants ont le choix entre de multiples recoins de lecture et plusieurs configurations d’étude : devant un poste, les uns face aux autres le long de tables droites ou encore attablés autour de tables rondes. Entourés de chaises aux tons pastel, ces plans de travail évoquent les tables d’une cafeteria plutôt que celles d’une bibliothèque. «L’idée est d’inciter les gens à travailler ensemble», explique Alain Sarfati.

La bibliothèque, espace d’échanges autant que d’étude ? Le concept est américain. Un 'learning center' est d’ailleurs prévu en prolongement du nouvel espace, au sein du hall de l’Université. Mais c’est porté par l’imaginaire d’Alain Sarfati que la nouvelle bibliothèque d’Assas déploie ses courbes du savoir.

Emmanuelle Borne

04(@NoelleHoeppe)_S.jpg Fiche technique 

Maître d'ouvrage : Université Panthéon Assas - Paris 2
Maître d’Oeuvre : SAREA Alain Sarfati Architecture ; Architectes chef de projet : Christian Laquerrière, Caroline Gehu ; Architectes assistants : Lecticia Gomes, Béryl Lasfargue
Maître d’oeuvre BET : IOSIS Bâtiments
Maître d’oeuvre Economiste : IOSIS Conseil
Maître d’oeuvre ordonnancement : IOSIS Management
Contrôleur technique : Bureau Véritas
Contrôleur SPS : SEGES
Contrôleur SSI : CSD Faces
Surface : 2.500m²
Estimation des travaux : 1,2M€ HT
Calendrier : Concours : 2000 - Etudes : 2009 - Fin des travaux : mars 2011

Réactions

Assas-sin | Etudiant | Paris | 09-06-2011 à 17:38:00

Au lieu d'affirmer que le seul reproche est qu'elle était trop petite. Vous devriez consulter cette enquête réaliser par les services de la bibliothèque: http://www.u-paris2.fr/1307373148304/0/fiche


actualite/

Réagir à l'article


tos2016
elzinc novembre

Livre |L'architecture 'invisible' de Bernard Zehrfuss

Bernard Zehrfuss, Fitzcarraldo de Fourvière ? En s’appropriant les pentes de la colline sur laquelle, autrefois, se développaient les gradins de l’amphithéâtre de Lugdunum et en y logeant le musée...[Lire la suite]

elzinc

Actualité |Niemeyer, d'outre-tombe

Cinq ans après sa mort, l'architecte brésilien promet encore des chantiers et des réalisations. Le dessin aurait été imaginé peu avant sa mort en 2012. Son commanditaire promet sa concrétisation d'ici...[Lire la suite]


elzinc

Actualité |Niemeyer, d'outre-tombe

Cinq ans après sa mort, l'architecte brésilien promet encore des chantiers et des réalisations. Le dessin aurait été imaginé peu avant sa mort en 2012. Son commanditaire promet sa concrétisation d'ici...[Lire la suite]

elzinc novembre

Visite |CAB, hold-up sur le paysage

CAB, encore CAB. La CAB, dit-on d’ailleurs. Equerre en poche, un coup de projecteur inespéré pour l’agence niçoise. Au Courrier de visiter la réalisation primée à La Trinité ainsi...[Lire la suite]

elzinc novembre

Présentation |Dans la pampa, l'architecture en plat de résistance

La Patagonie adoucit les Argentins, les rend plus aimables voire généreux, dit-on. Le climat rigoureux et la nature grandiose imposent à tout homme ou femme de l'art un peu d'humilité. De fait, les agences De...[Lire la suite]

elzinc

Album-photos |Mazette ! Quelle extension !

Dans la vallée du Gard, un mazet n’attendait plus qu'une seconde jeunesse. Pour ce faire, une extension lui a été imaginée, un volume de béton, «monolithique et sculptural» selon ses concepteurs,...[Lire la suite]