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Visite | Un Hôtel de Région signé Christian de Portzamparc : Déshabillez-le ! (08-06-2011)

Voyage de presse à Lyon. Au menu, le nouvel Hôtel de Région dont la première assemblée aura lieu le 1er juillet 2011. De Lyon Perrache à la Confluence, il n’y a guère, «par delà les voûtes», que deux stations de tram. Le soleil est au beau fixe, midi sonne. La visite fait fi de l’extérieur, direction l’atrium. Ce jour là, Christian de Portzamparc avait le trac et pour cause.

Bâtiments Publics | Lyon | Christian de Portzamparc

Il aura fallu presque une demi-journée pour parcourir le nouveau siège de la Région Rhône Alpes. De long en large, de haut en bas mais jamais dehors. Appréhender l’édifice de l’extérieur est sans doute plus à même de souligner l’effet manqué, celui d’une masse, creusée, en suspens. Aux façades ternes, beigeasses, qu’une lumière pourtant idéale peine à rehausser, jouxtent de larges baies vitrées aux effets réfléchissants, involontaires selon Christian de Portzamparc.

Il s’agit là, à n’en point douter, d’un vif regret pour son concepteur qu’une anecdote répétée en l’envi peine à effacer : «une Lyonnaise m’a dit qu’il était formidable de ne pas voir l’intérieur et de réserver la surprise à celui qui le visite». Il ne fut offert pareil délice à la joyeuse troupe de journalistes venus en nombre visiter l’événement architectural.

«On ne montre pas, on ne s’expose pas. Le Lyonnais est assez monobloc et rude. Ce bâtiment est donc un grand Lyonnais... Je n’ai pas voulu cela», confie l’architecte. Alors, flop ?

Pas exactement. Il reconnaît au projet «un changement de statut» mais affirme cependant n’avoir «jamais autant travaillé un 'dedans'». «J’avais une appréhension», avoue-t-il.

S’il était question d’ériger un nouveau siège pour la région Rhône Alpes, le risque encouru était de réaliser une architecture institutionnelle au style pompier ; or, «un hôtel de région ne ressemble pas à un hôtel de région car ni les régions ni les architectes n’ont envie de se ressembler», assure Christian de Portzamparc.

02(@ErickSaillet)_S.jpgDans ce cas, la réserve affichée en façade associée au parti introverti de l’ensemble ne laisse à l’édifice jouer aucun rôle structurant à l’échelle du quartier. Au mieux, il n’apparait, à travers le regard distrait d’un flâneur, que comme un contre-pied à la collection de flacons caractérisant la Confluence.

Assumant «un travail en creux», Christian de Portzamparc évoque volontiers son adolescence rennaise et la recherche de briques à creuser. Nostalgique, la volumétrie intérieure n’en est pas moins la réussite du projet. «Tous les bâtiments sont reliés à l’image d’un serpent. Il s’agissait d’assurer la flexibilité et la continuité nécessaire à ce programme», indique-t-il.

Si François Grether, architecte en chef du projet urbain de Lyon Confluence, avait suggéré la création d’une tour, une ambition soutenue par la Mairie de Lyon, la question du coût et de la gestion d’un tel édifice a dissuadé l’ensemble des cinq équipes en lice lors du concours en 2006* à gratter le ciel. «J’aime faire des tours et j’apprécie leur aspect sculptural. Pourtant, il ne s’agissait pas là d’une typologie en accord avec la vie de la région», défend Christian de Portzamparc.

03(@ErickSaillet)_S.jpg «Etre fonctionnaire et être en lien avec l’espace public : tout est en symbiose. L’idée est de mêler les usagers, de créer un réseau : de faire région», explique-t-il. La tour, par sa superposition de plateaux et l’ascenseur pour seul lien, ne satisfaisait pas la représentation mentale d’un lieu de pouvoir ouvert sur le reste de la ville.

Tout, ou presque, invite donc le citoyen à franchir le pas, à déambuler au sein de la «grande allée» ou du «plateau» destiné à accueillir quelques expositions temporaires. Le projet s’apprécie alors par sa volumétrie, ses articulations et ses parcours ponctués de placettes comme autant de «zones de convivialité», de passerelles et des jardins tantôt d’hiver, tantôt suspendus. «On peut atteindre une plasticité élégante avec des espaces continus», soutient l’architecte. Néanmoins, au raffinement de la masse ne s’accordent pas ceux du détail.

«Peu d’argent impose un travail dans le simple», assure-t-il. Mais cela transpire et les salles de réunions disposées dans de similis «baraques de chantier», ainsi les nomme-t-il, ne sont guère amusantes qu’un instant. A terme, elles sont les traces d’un manque.

En outre, la matérialité de l’édifice et ses revêtements n’aident en aucune façon le projet. Les quelques piliers de béton, laissés nus, se révèlent être le témoignage d’une puissance constructive cachée, habillée dans l’intention de donner, sans doute, plus de «chaleur» ou de «confort». Un choix consensuel ?

Quelles étaient pourtant belles ces images de chantier ! Qu’ils étaient pourtant beaux ces volumes bruts ! Déshabillez-le donc cet Hôtel !

Jean-Philippe Hugron

* Etaient en lice, Christian de Portzamparc, Norman Foster, Claude Vasconi, Francis Soler et Engel/Zimmermann.

Fiche technique

Les chiffres clés

  • > Surface Hors Oeuvre Brut (SHOB) : 72.216m²
  • > Surface Hors Oeuvre Net (SHON) : 45.650m²
  • > Surface totale de la parcelle : 12.730m²
  • > Hauteur totale du bâtiment : 35m
  • > Longueur du bâtiment : 128m
  • > Largeur du bâtiment : 75m
  • > 11 niveaux dont 2 en sous-sols
  • > 25.000m² de bureaux pour 1.400 agents
  • > 2.800m² pour la Grande Allée
  • > 900m² pour le Jardin d’Hiver
  • > 700m² pour le Plateau
  • > 12 salles de réunion et de commission sur les 2 premiers niveaux
  • > 38 salles de réunion dans les étages
  • > 435 places de parking
  • > 72 places pour les vélos
  • > 70 places pour les deux-roues motorisés
  • > 1.100m² de panneaux photovoltaïques
  • > 400 personnes sur le chantier en période de pointe
  • > 1,2 million d’heures de travail
  • > 147,1M€ de travaux HT

Les dates clés

  • > 7 avril 2005 : délibération du Conseil régional autorisant la construction du nouveau siège
  • > Novembre 2005 - septembre 2006 : concours d’architecture de niveau européen
  • > 12 octobre 2006 : ratification par le Conseil régional du choix de l’architecte lauréat
  • > Décembre 2006 - mars 2007 : travaux de libération du terrain (déconstruction de la cité SNCF)
  • > 30 août 2007 : obtention du permis de construire
  • > Juin - août 2007 : travaux de pré-terrassement, traitement des terres non inertes
  • > Octobre 2007 - mars 2008 : travaux d’infrastructures
  • > Janvier 2008 - mai 2008 : terrassement
  • > Avril 2008 - novembre 2009 : travaux de gros oeuvre
  • > 8 juillet 2008 : pose de la 1ère pierre
  • > Décembre 2009 : mise hors d’eau et amplification de l’équipement dans les étages
  • > Mai 2009 - février 2011 : travaux de second oeuvre
  • > 19 avril 2011 : avis favorable de la Commission de sécurité
  • > 19 mai 2011 : début du déménagement des agents (6 semaines)

Réactions

sly149 | geographe | Rhone alpes | 13-07-2011 à 21:55:00

La Haute Qualité d'Usage ca vous dit quelque chose? Un article sur cet ouvrage ne peut occulter cette expérience pilote en France qui laisse une place aux futurs usagers porteurs de handicaps dans le travail de conception architectural !!.
Alors "excellent article", je n'irais pas jusque là, il y a comme qui dirait un énorme oubli. Il n'est pas trop tard pour être complet...

Ingrid | 09-06-2011 à 07:17:00

Excellent article, excellente mise en scène et un Portzamparc qui se plie devant un intérieur où la fonction le guide. îlot ouvert où es-tu? ou bien est-ce pour l'urbanisme et entre urbanisme et architecture les limites se tissent?

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