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Visite | Plateau de Saclay : Artéo crée une île pour le centre informatique LRI-INRIA (11-05-2011)

Deux bâtiments, l’un dédié à la recherche, l’autre accessible au public. Yin et Yang. Volumes, plans, façades : tout les distingue si ce n’est un plan d’eau central, qui les articule. Bref, le parti paysager, «dans un environnement où il n’y avait rien», est à l’origine du pôle de recherches en informatique LRI/INRIA. Un ensemble signé Artéo.

Bureaux | Essonne | ARTEO

Gif-sur-Yvette. Le site, péri urbain, forme la limite sud du plateau de Saclay, dit 'Sillicon Valley européenne'. Face à l’Institut de Biologie des Plantes se tient désormais le pôle commun de recherches en informatique de l’Université de Paris sud 11 des laboratoires du LRI et de l’INRIA, issu d’un concours remporté en 2007 par l’agence Artéo (Anne Forgia, Didier Leneveu).

«Le point de départ du projet est le schéma d’aménagement de la Communauté d'Agglomération du Plateau de Saclay (CAPS), visant notamment à développer l’aspect hydraulique du plateau et tous les composants signifiant en matière environnementale, par exemple les garennes présentes sur le site», soulignent les architectes à l’occasion d’une visite du bâtiment avec le Courrier de l’Architecte.

Résultat : franchi par deux galeries vitrées, un bassin peuplé d’essences aquatiques (iris, joncs, nénuphars) articule les composants du programme, soit deux bâtiments, l’un dédié à la recherche, l’autre accessible au public, pour 6.000m² SHON au total. Alimenté par un réseau de récupération d’eau de pluie, le niveau de l’étang artificiel «fluctuera de plus ou moins dix centimètres selon les saisons». Les architectes ont fait leurs calculs mais le niveau n’atteint pas, pour l’instant, la hauteur souhaitée. «Le bassin a été vidé plusieurs fois, dont en fin de chantier pour nettoyage», expliquent-ils.

Reste que «l’idée de créer des îles» est probante. Le concept vaut pour le plan d’eau comme pour l’espace bâti. Aux deux émergences ponctuant le bassin font écho les patios plantés à l’intérieur du bâtiment accessible au public.

«Dans ce cadre, nous voulions diminuer au maximum la densité construite». Au nord, le bâtiment public s’élève donc en pente douce, le sol devenant toiture végétalisée. Les tons ocre et rouge offrent un écho réussi aux champs jaunes s’étendant à l’horizon.

02(@CecileSeptet).jpgA l’implosion discrète le surnom de «bâtiment terre». Sous la toiture courbée, «les espaces se dilatent en fonction des besoins». Les matériaux et les tons choisis entrent en résonance avec l’appellation. Bordant le plan d’eau, panneaux de bois sombre et surfaces vitrées alternent. A l’intérieur, des surfaces chocolat tapissent une galerie contenant hall d’accueil, cafeteria, bibliothèque. Ces espaces «nobles» s’ouvrent, au nord, sur les patios aux portes vitrées rétractables. Les panneaux de bois permettent de ventiler l’ouvrage selon les saisons.

L’ensoleillement fut également l’objet de tous les soins. Entre les espaces 'nobles' et les bureaux, une «strate centrale» est composée de salles de réunions, dotées de puits captant l’éclairage zénithal et ouvertes sur les patios. Les surfaces vitrées côté bassin sont serties de stores se déployant... jusqu’à mi-hauteur. Une conséquence des contraintes budgétaires ? «La course des stores couvre les besoins. Les adaptations que nous avons proposées pour maîtriser le budget ne se sont jamais faites au détriment des performances du projet», précisent les architectes.

Réduire certains postes pour en agrémenter d’autres, certes. Mais, avant tout, l’enjeu fut architectural et technique. Ainsi des surfaces intérieures, pour l’essentiel dénuées de faux-plafonds. «Rafraîchies par la ventilation nocturne, elles font profiter le bâtiment de l’inertie thermique du béton».

Face au bâtiment «terre», le bâtiment «air», où la gestion de la lumière et de la ventilation fut non moins déterminante. Ainsi que la gestion budgétaire.

Fractionné en trois blocs s’élevant sur trois niveaux, «deux réservés au LRI et l’un à l’INRIA», l’ensemble forme le contrepoint du bâtiment terrien. «La façade sud, une double peau ventilée naturellement, donne l’impression de trois glaçons posés le long d’un plan d’eau», soulignent Anne Forgia et Didier Leneveu. Les angles biseautés, le bardage aluminium et les tons bleutés évoquent également l’univers technologique de la recherche.

03(@CecileSeptet)_S.jpgUne noue borde les trois volumes. Une tranchée asséchée ? « En raison du budget, 1.300 euros/m², nous avons cherché des postes d’économie. Prolonger le bassin au pied du bâtiment recherche, côté sud, en faisait partie», expliquent les architectes. Autant pour l’idée d’insularité de ce côté-là.

En revanche, «la double peau n’existait pas au moment du concours, l’aspect HQE ne faisant alors pas partie du cahier des charges». Ayant, de fait, répondu partiellement à l’enjeu «avec le volet paysage, notamment le bassin alimenté par les eaux de pluie et la toiture végétalisée du bâtiment terre contribuant à l’isolation», l’épaisseur fut actée. Composée de strates en partie sérigraphiées, elle masque l’ensoleillement direct tout en préservant la vue.

La palette bleutée devient franchement Klein au sein des volumes contenant les passerelles liant les trois parallélépipèdes. Un moyen efficace d’animer la linéarité des espaces intérieurs. Bleu pour ces cages verticales, blanc, lasure argentée ou béton brut pour les bureaux, des «tons donnés par une dualité entre matériaux bruts et finis».

Répartis en façades, de part et d’autre d’une bande centrale servante contenant sanitaires, locaux techniques et salles de réunion, ces bureaux, entre 15 et 20m², sont dotés de portes vitrées... parfois obstruées par une colonne. « La trame porteuse est donnée par le parking souterrain ; chaque trame répond à ses besoins propres », expliquent Anne Forgia et Didier Leneveu.

Bref, le pôle commun de recherches en informatique de l’Université de Paris sud 11 est une belle illustration d’un savoir-faire composé de choix assumés et de contraintes traitées avec ingéniosité et sans pathos. Réceptionné, le bâtiment attend ses locataires. «La voirie d’accès vient à peine d’être aménagée».

04(@Arteo)_S.jpgLe chantier fut d’ailleurs mené sans réseau d’évacuation. En cours de route, «le Grand Paris est passé par là et les aménagements prévus par la Communauté d’Agglomération furent retardés en raison de l’incertitude concernant ses prérogatives. L’Université pris le relais au dernier moment en ce qui concerne les raccordements des réseaux (EP, EU, eau et électricité) relatifs au pôle de recherches. Aujourd’hui, c’est l’OIN de Saclay qui gère l’aménagement du plateau mais nous ne savons pas ce qu’il en est».

Effectivement, à huit mètres du bâtiment 'air' se déploie le chantier d’un des bâtiments de l’opération Digitéo Labs (équipe BRS Architectes / Behnisch / IOSIS). Artéo fut chargé, sur sa propre parcelle, d’aménager la bretelle d’accès au bâtiment. «Nous y avons perdu en aménagement paysager». Un bâtiment qui ne semble pas, en l’état actuel du chantier, faire écho au pôle de recherches. Entre architecture insulaire et autiste, il y a huit mètres.

Emmanuelle Borne

05(@CecileSeptet).jpg

Fiche technique

Pôle commun de recherches en informatique LRI/INRIA, Plan masse
Lieu : Gif-sur-Yvette (91)
Maître d’ouvrage : Université Paris sud 11
Surface SHON : 6.450m²
Coût : 8,3M€ HT
Calendrier : concours lauréat 2007, réalisation 2009-2011
Programme : Pôle de recherches en informatique pour les laboratoires LRI et INRIA, bibliothèque publique et salles de séminaires.

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