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Chronique | A la recherche de Carlos Ott... Un exercice de mémoire ? (13-04-2011)

O deux T. Qui se souvient ? De l'opérette à l'opéra, un nom : Ott, Carlos, architecte. Depuis 1989, Bastille sombre dans l'oubli et croule sous ses façades enfin rénovées, il y a un an seulement. Indifférence totale ou trouble de la mémoire ? A la recherche de Carlos Ott, à l'heure où gagne la surenchère de projets médiatiques souvent dispendieux.

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Au départ, il y a un livre, plus exactement une quatrième de couverture. L'ouvrage en question, récent, Les Architectes et mai 81 : «Tous les lauréats français d'un grand projet mitterrandien se sont trouvés engagés d'une manière ou d'une autre en 2008 dans le Grand Paris de Nicolas Sarkozy», rapporte son auteur, Jean-Louis Violeau.

L'assertion étonne. Ni une, ni deux, voyons.

Christian de Portzamparc, architecte de la Cité de la Musique et Jean Nouvel, de l'Institut du Monde Arabe, sont, en plus d'être les deux lauréats français du prestigieux Pritzker Prize, parmi les dix équipes du Grand Paris. Soit.

Quid des autres ? Par exemple Djamel Klouche, Winy Maas, Finn Geipel qui, en 1981, usaient leur fond de culotte sur les bancs de l'école... ou presque. A propos, l'équivoque des grands projets mitterrandiens n'était-elle pas de donner en pâture aux 'étrangers' la nouvelle monumentalité parisienne ? Là un suisse, ici un danois, plus loin, un sino-américain.

Bref... Et Carlos Ott ? Oui Carlos Ott. Le nom s'invite dans la mémoire. Une vieille madeleine.

Un opéra surtout !

Et quoi d'autre ? Est-il même vivant ? A t-il survécu, lui, à son grand oeuvre ?

D'aucuns se souviennent de la polémique. Il suffit de relire Les Paris de François Mitterrand de François Chaslin pour se remémorer les aléas de ce concours. D'abord, l'absurdité d'exiger des candidats une représentation en axonométrie cavalière afin de ne pas tromper le jury par quelques perspectives trompeuses.

Bref, l'enthousiasme d’icelui en berne, un opéra vu à travers l'oeil de dieu ou... celui d’un pigeon.

«Un projet émergeait nettement, tant par sa parfaite fonctionnalité que par son écriture white, encore un peu lourde, mais qui laissait espérer que l'on tenait là l'oeuvre d'un des grands architectes américains du moment : Richard Meier ; cela rassurait», écrit le critique.

Le numéro 0222 serait donc le bon. Alors qu'ils n'étaient plus que trois en lice, l'anonymat est levé. «Quant à la découverte du nom de Carlos Ott, là où on attendait Richard Meier, c'était une véritable catastrophe», poursuit-il.

Face à Rocco Sen Kee et à Dan Munteanu, Carlos Ott, l'uruguayen du Canada, un étranger de l'étranger, est désigné lauréat. L'opéra qu'il imagina ne séduisit pas. «Une bastille sans génie» titrait le Monde et Mitterrand d'avouer plus tard «qu'il ne l’aurait pas choisi [ce projet]».

Défiance envers l'inconnu ? L'anonyme ? Vingt ans après, rares sont ceux à pouvoir mettre un nom sur l'opéra de la place de la Bastille. Ott est lui passé entre les mailles du filet en double peau de ses façades.

02(@JPHH)_S.JPGMéconnu... Méconnu en France, certes. L'homme qui travailla de 1975 à 1979 chez Moffat and Kinoshita est, les quatre années suivantes, à la tête du département d'architecture commerciale de la Cadillac Fairview, aujourd'hui encore le plus important promoteur immobilier du Canada.

En 1983, il fondait sa propre agence tout en collaborant à NORR Patnership Limited, l'une des plus grandes agences canadiennes. Il y supervisa la section architecture & design.

Aussi, familier des projets d'envergure, il ne manquait plus à l’époque à Carlos Ott qu'un magistral fronton pour y apposer son nom. Et encore. Si l'Opéra Bastille n'a guère sa place à Paris, il ne semble pas revêtir une importance particulière pour son concepteur.

Coincé entre le Khalifa Park d'Abu Dhabi, un complexe résidentiel au centre d'un parking et le Laguna Escondida, centre de loisirs signalé par ses tours défensives néo-barbares, l'Opéra Bastille n'est qu'une réalisation parmi d'autres dans une longue liste alphabétique de projets signés de l'architecte.

Ni plus ni moins important qu'un quelconque projet 'corporate' donc. L'injure est totale.

De Dubaï à Shanghai en passant par Puerto Rico et Kuala Lumpur, Carlos Ott officie donc loin de Paris.

Entre temps, des filets sont apparus à Paris, non pas pour agripper son nom mais pour retenir les pierres de la façade menaçant de chuter. «Le préservatif à trous», comme l'intitulait Libé à l'époque de son installation, a disparu depuis un an seulement.

03(@JPHH)_S.JPGL'opéra apparaît désormais dans toute sa splendeur... une réalisation orgueilleuse à 2,8 milliard de francs.

Arithmétique européenne nécessaire, la somme représente près de 420 millions d'euros. Pour info, la Philharmonie, conçue par Jean Nouvel sur le site de la Villette, est désormais estimée à 350 millions d'euros, le double du budget annoncé lors du concours et le projet d'Herzog et de Meuron, en voie d'achèvement à Hambourg, l'Elbephilharmonie, estimé au début de sa construction à 114 millions d'euros atteint aujourd’hui les 503 millions.

Bref, la mémoire nous fera toujours défaut.

Heureusement, Carlos Ott, lui, ne travaillait pas sans filet.

Jean-Philippe Hugron

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