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Suisse | Un autre projet pour le musée d'art et d'histoire de Genève (06-04-2011)

La Ville de Genève soutient un projet d'agrandissement de son Musée d'art et d'histoire (MAH) signé Jean Nouvel, projet qui contrevient aux principes actuels de conservation du patrimoine. Des solutions plus rationnelles et plus respectueuses du monument existent, mais n'ont jamais été examinées malgré les demandes du Patrimoine Suisse Genève, réitérées depuis novembre 2007 (!) au motif récurrent de «l'état d'avancement du projet». Communiqué.

Bâtiments Publics | Culture |

Patrimoine Suisse Genève défend l’architecture contemporaine de qualité, préconise une véritable extension du MAH, mais continuera de s'opposer fermement au projet Nouvel qui porterait une atteinte irréversible à l'intégrité du monument et à l'esthétique du quartier : remplissage de la cour par de grands plateaux ancrés dans ses anciennes façades, percement de celles-ci, suppression de l'éclairage naturel des espaces intérieurs, surélévation illégale de deux niveaux au-dessus des toitures pour édifier une cafétéria «panoramique».

Le Musée d'art et d'histoire (MAH) : une architecture remarquable

Le MAH est le plus bel exemple genevois d'architecture 'beaux-arts', un fleuron de l'architecture muséale européenne, parfaitement inscrit dans un ensemble urbain d'exception. Sa qualité d'oeuvre d'art d'architecture justifie sa restauration et son classement que Patrimoine Suisse Genève demande depuis avril 2008.

Le grand architecte genevois Marc Camoletti (1857-1940), lauréat du concours lancé en 1900, s'inspire pour le MAH de l'architecture du Petit Palais inauguré la même année lors de l'Exposition universelle de Paris. Il établit lui aussi son édifice autour d'une cour, inspirée de celles des cloîtres et des cours à l'italienne, source d'éclairage naturel pour les locaux d'exposition, qui lui donne son sens esthétique et fonctionnel. Tenant compte des particularités du site en très forte déclivité, cette construction d'une grande rationalité est organisée à partir de deux niveaux : celui de la Vieille-Ville et de la promenade de l'Observatoire pour l'entrée monumentale et, en contrebas, celui des boulevards pour la cour et les entrées secondaires.

En 1998, le MAH a déménagé certains de ses services vers l'ancienne école des Casemates contiguë. Ace jour, les 1.500m² ainsi libérés restent inutilisés pour l’exposition des collections malgré le pressant besoin d’agrandissement invoqué.

Des exemples prestigieux

Le Louvre apparaît aujourd'hui comme une référence absolue en terme d'adaptation d'un édifice à de nouveaux besoins. Cette institution a évolué au cours du temps en préservant l'intégrité de son architecture : trois de ses huit cours ont été couvertes d'une verrière au XXe siècle (Cour du Sphinx, Cour Marly, Cour Puget), tandis que la Cour Visconti se dote aujourd'hui d'un dispositif peu invasif, d'un gabarit bas, détaché de ses façades et respectueux de son volume. Sont tout aussi exemplaires le British Museum de Londres et le Musée historique allemand de Berlin, aux cours préservées et récemment équipées d'une verrière, ainsi que le Musée des beaux-arts de Lyon, dont la réhabilitation vient de remettre en valeur sa cour intérieure. Aujourd'hui, le Kunsthaus de Zurich opte, quant à lui, pour un agrandissement d'expression contemporaine contigu à son bâtiment principal, mais dissocié de celui-ci.

Le projet Nouvel est inacceptable

L’extension nécessaire de l'institution doit préserver la cohérence architecturale de l'édifice. Plutôt que le bourrage dévastateur de sa cour (menaçant pour l'équilibre de l'édifice) et une surélévation illégale, il convient d'opter pour des solutions respectueuses du monument et garantes d'une croissance harmonieuse du MAH.

Patrimoine Suisse Genève considère que le MAH mérite mieux qu’un projet déjà obsolète, pauvre en nouveaux espaces d’exposition, inutilement dispendieux et avec, pour couronner le tout, une excroissance visible de tous les environs. Avec un faible apport de surfaces supplémentaires, l’«agrandissement haute-technologie» proposé dans la cour serait très gravement dommageable à cette prestigieuse réalisation architecturale.

Utiliser les potentialités du site : un agrandissement par étapes

Patrimoine Suisse Genève recommande avec insistance de dissocier les opérations rénovation et agrandissement en procédant par étapes :

Interventions immédiates
Le classement et la restauration dans les règles de l'art du monument existant s'imposent de toute urgence. La cour devrait être couverte d'une verrière (déjà proposée par le 2e Prix du concours de 1900 et demandée par l’appel d’offres sur invitation de 1998 remporté par Jean Nouvel), ce qui offrirait un très bel espace d’exposition et de repos tout en préservant l’éclairage naturel des espaces d’exposition intérieurs. Le sous-sol de la cour existante pourrait être utilisé pour un auditorium et/ou des espaces d'exposition.

Agrandissement à court terme
Comme le proposait déjà Marc Camoletti en 1907, le généreux espace encore disponible sous l'esplanade-jardin de l'Observatoire peut accueillir, face à l'entrée principale du MAH, une véritable extension dissociée du monument (à l'exemple du Kunsthaus de Zurich), d'expression contemporaine et beaucoup plus valorisante pour les collections présentées. La réalisation de cette annexe peut être entreprise dès aujourd'hui et menée indépendamment sans affecter aucunement le fonctionnement du musée.

Extensions ultérieures
Une annexion ultérieure du bâtiment de l'Ecole des beaux-arts contiguë, aujourd'hui propriété de l'Etat, sera possible dès lors qu'un nouveau bâtiment plus adapté aux nouveaux besoins de ces divers enseignements pourra les regrouper.

Ces divers aménagements offriraient des surfaces d'exposition beaucoup plus importantes et bénéficiant de bien meilleures conditions d'éclairage que le projet Nouvel ; ils respecteraient le monument existant et permettraient surtout une restauration immédiate du MAH et un véritable agrandissement rapide sans imposer sa fermeture complète pendant plusieurs années.

Pour une extension contemporaine digne de Genève

La Ville de Genève doit de toute urgence reconsidérer le projet contesté, présenté à tort comme acquis alors qu'il se révèle de toute évidence irrespectueux des plus élémentaires principes de conservation du patrimoine. Ce projet s'avère en outre très coûteux, en regard de l'agrandissement réel proposé qui révèle déjà ses limites.

Genève aurait tout avantage à faire coexister son patrimoine architectural préservé avec une architecture plus novatrice que ce que propose un projet aujourd'hui vieux de plus de dix ans et inadapté à ce bâtiment. La situation privilégiée de ce monument et le très vaste espace disponible alentour sont des conditions très favorables à une réalisation architecturale de haute qualité, à la mise en oeuvre plus simple, qui devra se conformer, cela va sans dire, à un vrai programme muséographique élaboré par la direction du musée.

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