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Visite | Brigitte Métra signe à Paris un havre studieux à façade écarlate (30-03-2011)

Rue de la Fontaine au Roi, Paris XIe. Tissu «coupé au cordeau», pignons aveugles : cet endroit de Belleville manquait de gaité. Recouvert de stores d’acier pivotants aux tons rouges, un nouveau bâtiment, livré par Brigitte Métra en mars 2011, abrite 62 logements étudiants. Si la façade est joyeuse, les intérieurs sont accueillants. Un bâtiment optimiste.

Logement collectif | 75011 | Brigitte Métra

«Au moment du concours, en 2005, je revenais d’un voyage au Sri Lanka. Malgré le passage du tsunami, les gens y étaient optimistes, le pays coloré. En revenant à Paris et en visitant ce tronçon de Belleville, je fus saisie par le contraste entre la vitalité du quartier, de sa population et la rue de la Fontaine au Roi, terne», raconte Brigitte Métra en préambule d’une visite de presse organisée le 18 mars dernier. Il s’agissait de découvrir l’opération pilotée par la SEMIDEP (Société d’économie mixte immobilière interdépartementale de la région parisienne), une résidence étudiante de 1.950m².

Pour illustrer «l’énergie» de la population, en écho «aux pulsations du quartier» et à l’ancien parking remplacé par la résidence, l’architecte imagine un bâtiment coloré, rouge en l’occurrence. De rouge en rouge plus précisément, un nuancier composé de stores «paupières», planches pivotantes en acier laqué adoptant la largeur de chacune des chambres, soit 3,6 mètres. Singularisant chaque unité, ces lames, actionnées par les occupants aux rythmes différents de leurs journées, témoignent de «la vie qui se déroule» sans que rien, derrière les façades vitrées qu’elles recouvrent, ne soit révélé d’intime.

A camaïeu vibrant, présence ostentatoire ? Ayant, à l’occasion du concours gagné par Brigitte Métra en 2005, visité le site en compagnie de l’architecte, la représentante de la Ville de Paris fut convaincue «de la nécessité de réanimer la rue». Aujourd’hui, variations de tons et d’inclinaisons de la façade dotent cette rue de Belleville d’une nouvelle vitalité.

La volumétrie du bâtiment, aux angles arrondis, fait écho à celle de l’ancien parking. «Nous sommes simplement allés au maximum du gabarit autorisé par le PLU», souligne Brigitte Métra. «Paris a un gros besoin de chambres d’étudiants ; il est donc important de densifier», précise-t-elle. Derrière la façade incandescente, l’architecte est parvenue à insérer 62 logements... en place des 45 initialement prévus dans le programme et le budget.

Brigitte Métra entend faire rimer quantité et qualité. Passé le hall d’entrée vitré - «un écho aux angles dégagés du carrefour» -, un jardin intérieur offre une double orientation aux refuges des étudiants.

Parsemé de copeaux de bois, de dalles et d’assises immaculées, l’envers est aussi zen que l’endroit, vif. Depuis ce coeur d’îlot, «qui sera envahi par le végétal», l’ascension, via un escalier ou un ascenseur, mène vers les coursives distribuant les chambres sur quatre étages.

02(@PhilippeRuault)_S.jpgBacs plantés en acier galvanisé, bancs installés le long des garde-corps ; chaque espace de circulation est aménagé de façon à favoriser l’interaction entre locataires. A ce titre, la résidence compte deux salles collectives au dernier niveau.

Si les chambres sont toutes composées d’une cuisine et d’une salle de bain, chacune se distingue des autres «Quand le béton était beau, nous avons gardé le mur brut, sinon nous l’avons peint». Grises ou violettes, les teintes sont discrètes. Mais ce sont essentiellement les ouvertures côté rue - celles donnant sur le jardin étant invariablement composé d’un ouvrant abattant - qui singularisent les espaces.

Dans tel logement, l’occupant peut jouer de l’inclinaison des stores pour obtenir une façade entièrement vitrée. Tel autre est paré de stores fixes. «Nous sommes dans l’angle du bâtiment», explique l’architecte. Dans une troisième chambre, la surface vitrée n’est plus de plain-pied. «Pour des raisons d’intimité, certains étudiants préfèrent les bandeaux». De préciser utilement que ce choix découle aussi de contraintes économiques.

En tout cas, «la double orientation permet de dilater l’espace». En effet, malgré des unités allant «de 17 à 20m²», les chambres paraissent bien plus vastes. Un aspect sans doute difficile à percevoir en images.

Le tour de force tient aussi à la modularité du mobilier - rangements intégrés aux lits, bureaux mobiles, etc. - en mélaminé bois, confectionné par l’agence Métra. 

03(@PhilippeRuault)_S.jpgLes chambres installées dans l’angle du bâtiment ne sont pas traversantes ? Leurs locataires se consoleront d’avoir gagné quelques mètres carrés grâce à un plan conique. Brigitte Métra a pensé à tout un chacun.

Au quatrième étage, le gabarit du bâtiment se fait généreux et l’espace sous plafond se déploie à la manière d’une sous-pente parisienne. «Cet appart' est mon préféré», s’exclame une consoeur prise à rêver de redevenir étudiante.

Compter entre 350 et 500 euros pour le loyer, avant APL.

Avec Brigitte Métra les étudiants, du moins ceux qui vivront là, n’auront pas l’excuse du logement.

Emmanuelle Borne

04(@PhilippeRuault)_B.jpgFiche technique

Lieu : 91-95 rue de la Fontaine au Roi, Paris XIe arrondissement
Programme : 62 logements étudiants + logement gardien (T3) + espaces communs, local informatique et laverie
Architecte : Métra+Associés (Brigitte Métra) ; chefs de projet : Pascal Grasso et Gaël Le Nouenne (concours), Barbara Fetz (APS), Raphaëlle Goulet (APD), Gweltaz Keromnes (Pro-chantier) ; équipe : Alexandra Tytgat, Cécile Rivière, Vanessa Stassi.
Mission : complète + mobilier
Maîtrise d’ouvrage : SEMIDEP (Société d’économie mixte immobilière interdépartementale de la région parisienne)
BET Structure / fluides / économie de la construction : Terrell
Surface : 1.950m² Shon
Certification : label TPHE 2005
Calendrier : concours 2005 ; PC 2007 ; Livraison mars 2011
Budget : 3.790.000 euros HT construction, 3.940.000 euros HT démolition comprise
Budget mobilier (Crous) : 70.000 euros HT

Réactions

califrevisited | stud | 20-04-2011 à 15:34:00

deuxieme batiment comparable oui, mais fermé, non inauguré, non habité !

et il y a un truc qui me donne envie de faire (sic) dans l'article ... l'envahissment végétal prévu. je suis pas spécialiste en botanique, mais la croissance du peu de plantes sur place va s'étaler sur plusieurs longues années sans rien tailler avant d'observer un véritable envhaissement...Mais bon, ça ne fait qu'un mois et demi que c'est ouvert, peut être qu'un jour ce sera "tout vert" ^^

Dico Tommy | archi | Paris | 04-04-2011 à 11:10:00

Précision lexicale : il ne s'agit ni d'une "résidence étudiante" (sic) ni de "logements étudiants" (re-sic), mais d'une résidence pour étudiants et de logements d'étudiants. (on ne dit pas non plus "chambre bonne" mais chambre DE bonne...) Nous architectes pas obligés oublier maniement langue France.

James | 31-03-2011 à 10:11:00

"important de densifier" dit elle. 62 logements en place des 45 initialement prévus..
Elle a donc pas de tout reflechi sur l'urbanisme de ce quartier, déjà un des plus dense en population de toute la ville! Ce quartier n'a pas besoin de plus de couleur, mais pluôt de plus d'espaces vertes!

Deuxièmement, il me parait inutile de parler de ce batiment sans mentionner la deuxième immeuble en construction et quasiment en face (même style, même fonction...)

NK | documentaliste | Aquitaine | 31-03-2011 à 09:57:00

Cela rappelle étrangement l'Internat du Lycée Gustave Eiffel à Bordeaux, conçu par Jacques Hondelatte, non?

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