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Entretien | Les fermes urbaines de SOA (30-03-2011)

Depuis leur projet de 'Tour Vivante' en 2005 (1er prix du concours Cimbéton), Pierre Sartoux et Augustin Rosenstiehl (SOA Architectes) poursuivent leur recherche en matière d’agriculture urbaine. Des travaux qui seront bientôt présentés au sein d’un ouvrage composé d’une dizaine de projets de fermes verticales s’érigeant au-dessus des toits parisiens.

Paris | SOA Architectes

Le Courrier de l’Architecte : Vous menez, depuis 2005, des recherches sur l’agriculture en milieu urbain. En quoi consistent-elles ?

Augustin Rosenstiehl : La question de la ferme urbaine est souvent confondue avec celle du développement durable. Si le développement durable est transversal à notre démarche, nous distinguons néanmoins cet aspect du sujet qui est le nôtre, soit l’agriculture implantée en milieu urbain.

Le concept de ferme verticale fut inventé en 2005 par le professeur Dickson Despommier, de l’université Columbia à New-York. Avec notre projet de 'Tour vivante', conçu à l’occasion du concours Cimbéton en 2005, nous avons développé l’idée de réinsertion de l’agriculture en milieu urbain. Depuis, nos recherches interrogent la capacité d’intégration de telles exploitations au sein de nos villes.

Le sujet de fermes urbaines est souvent cantonné au développement de potagers collectifs ou à la mise en oeuvre de murs végétaux. Les architectes français abordant le sujet de l’agriculture en ville ne sont pas nombreux. L’agence X-TU réalise des recherches en la matière mais en mettant l’accent sur l’agriculture comme source d’énergie ou de matière première.

Nous proposons d’aller au-delà des potagers collectifs et d’imaginer différents espaces d’exploitation agricole en ville. L’enjeu est de réintégrer les hommes au coeur d’un système agricole de plus en plus mécanisé afin qu’ils redeviennent auteurs de ce qu’ils produisent. Autrement dit, nous appréhendons les citoyens comme des consommateurs forts d’un choix.

Nous allons prochainement publier un ouvrage sur le sujet, conçu en collaboration avec différents experts : philosophes, sociologues, producteurs, artistes, architectes ; nous collaborons aussi avec la SAF (Société des Agriculteurs de France) pour élaborer différents scenarii.

Quels sont ces scenarii ?

02(@SOA)_B.jpgCertains scenarii sont raisonnés, d’autres accentuent la disparition de l’homme au coeur du système agricole, d’autres montrent une ville dénaturée au profit de la culture de l’'entertainment', du marketing.

Nous avons illustré chacune de ces pistes en imaginant leur mise en oeuvre dans différents endroits de Paris sans aucun cynisme. Même s’il s’agit d’anticiper les dérives, cette étude de cas cherche à garantir la diversité de situations à travers laquelle l’agriculture peut exister.

Nous avons choisi différents modes d’implantation en faisant varier les échelles. Par exemple, l’une de ces exploitations agricoles s’implante sur les Champs Elysées, dans un tissu haussmannien. Une autre est installée au sein de friches industrielles. En choisissant différents sites, nous mettons ainsi l’accent sur la diversité de l’agriculture et imaginons différents modes de gestion de ces fermes urbaines.

L’un des scenarii, les 'mini fermes', est composé de petites exploitations de deux, trois étages implantées au sein d’îlots ouverts. Elles fonctionnent en réseaux de coopératives. Elles s’avèrent un outil urbain très dynamique créant des alignements et des rues commerçantes sans remembrer en profondeur le tissu urbain.

Un autre scénario, plus industriel, est celui de la 'super ferme', installée sur le toit d’un supermarché. L’idée est d’établir une relation inédite entre serre horticole et surface de grande consommation. Mais attention ici à ne pas basculer dans le tout technique et la disparition de l’agriculteur.

Une autre ferme, la ferme 'cactus', est une tour-module de grande hauteur pouvant être exploitée par un groupe important ou une coopérative de petits agriculteurs. Elle vient s’implanter dans des terrains vagues, dans des friches industrielles et se déploie au-dessus des toits parisiens.

A chaque fois, nous recherchons une situation socio-professionnelle différente et une capacité à s’implanter en ville de façon quasi ordinaire. Nous cherchons à tout prix à situer l’homme au coeur du système agricole comme l’acteur responsable de sa production, si petite soit elle.

Notre rôle est aussi de mesurer les capacités de ces fermes urbaines à s’implanter dans la ville de Paris sans la dénaturer.

03(@SOA)_S.jpg Quelles suites comptez-vous donner à cette recherche ?

Réaliser un prototype serait idéal, il en sera très prochainement question. Mais si nos travaux ont été repérés par des maîtres d’ouvrage potentiels, telle la ville de Nanterre, les politiques d’aménagement sont encore loin de prendre en compte cette problématique à cause de la question du foncier. Comment définir un foncier agricole urbain ? Sera-t-il mixte, proportionnel aux objectifs de production ? Faudra-t-il le préempter ?

Nos recherches vont néanmoins plus loin que la simple expérimentation : nous essayons de débroussailler le terrain en prévision de l’avenir.

Propos recueillis par Emmanuelle Borne

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