Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Brésil | Cité de la Musique à Rio, de Christian de Portzamparc : un  rapport 'critique' (09-03-2011)

André Miranda est revenu le 30 janvier 2011, dans les colonnes du quotidien brésilien O Globo, sur l’état d’avancement du chantier de la Cité de la Musique à Rio de Janeiro. Le projet carioca, ô combien politique, ayant connu de nombreux aléas, le journaliste se fait l’écho d’un rapport parlementaire et soulève de nouvelles accusations. L’article polémique fait l’objet d’un «démenti total» de Christian de Portzamparc.

Bâtiments Publics | Culture | Rio de Janeiro | Christian de Portzamparc

Contexte
La Cité de la Musique de Rio de Janeiro, conçue par Christian de Portzamparc, était l’un des projets emblématiques de la mandature de César Maia, maire de la ville jusqu’en 2008, date à laquelle la salle obtient du Chicago Atheneaum 'l’international architecture awards for the best new global design'.
Le chantier avait jusqu’alors connu des ralentissements dus, notamment, à l’organisation des jeux panaméricains de 2007. L’échéance électorale de 2008 est source de controverses dont la Cité devient l’objet. Une nouvelle équipe municipale élue, le projet est de nouveau ralenti. Aujourd’hui, à quelques mois de la livraison, O Globo rapporte des éléments nouveaux que Christian de Portzamparc, pour le Courrier de l’Architecte, dément :

«Cet article du journal O Globo entraine un démenti total de notre part. Les matériels d’importation ne sauraient être la cause des surcoûts annoncés de ce chantier qui a pris quelques années de retard pour des raisons de défaut de paiement, mais avec le maintien au travail ralenti des équipes et de l’installation et des échafaudages.

Nous avons pris le soin avec toute l'équipe et avec le maître d'ouvrage Rio Urbe, organisme constructeur de la Municipalité, de minimiser au maximum les prescriptions qui nécessiteraient l’achat de matériel étranger au Brésil.

Il n'y a, 'à notre connaissance', aucun lustre, contrairement à ce qui est cité. J’écris 'à notre connaissance' au cas où une commande aurait été ajoutée depuis la remise de nos dossiers, étant donné que notre contrat n’inclut pas le contrôle et l’examen des appels d’offres, mais les dossiers de plans, les descriptifs, les synthèses techniques et la surveillance de la bonne exécution.

Avec Xu Ya Ying et Nepomucene, nos acousticiens, nous avons, par exemple, pris le risque de  réduire la prescription des portes acoustiques agréées à une porte par sas des salles de concert au lieu de deux, l'autre pouvant être une copie faite au Brésil (alors que c’est en Allemagne et aux Etats Unis que sont faites les portes agréées testées en laboratoires pour assurer les isolations à 45dB). De la même façon, nous avons dessiné tous les éléments de parois acoustiques pour fabrication au Brésil», explique au Courrier Christian de Portzamparc.

UN RAPPORT DU TRIBUNAL DES COMPTES CRITIQUE LES PARALYSIES DE LA CITE DE LA MUSIQUE. NOUS SOMMES ENTRES DANS LE COMPLEXE POUR VOIR COMMENT AVANCE LA CONSTRUCTION
André Miranda | O Globo

Rio-de Janeiro - Ce que tous les Cariocas aimeraient voir, ce sont chefs d’orchestre, instrumentistes et spectateurs parcourir les rues, rampes et énormes couloirs de la Cité de la Musique, laquelle pourrait être la meilleure salle de concerts du Brésil et l’une des meilleures au monde. Mais, deux ans après son «inauguration», on ne peut voir que les 500 ouvriers en train de travailler pour terminer un chantier débuté il y a presque une décennie.

02(@NelsonKon)_S.jpgLe retard, comme l’indique le rapport du tribunal des comptes de la ville (TCM) auquel le journal O Globo a eu accès, est dû aux excès du projet et à plus de mille jours de paralysie dus autant à la mandature de l’ex-préfet César Maia qu’à celle de l’actuel, Eduardo Paes.

Imaginé par l’architecte français Christian de Portzamparc sous la commande de Cesar Maia, la Cité de la Musique a commencé à être érigée en 2002. Puis, les critiques sont arrivées. Premièrement, il a été dit que l'équipement était inadapté pour Barra de Tijuca, un quartier très distant du centre de Rio et dépourvu de station de métro. Avant-hier après-midi, l’équipe de O Globo a mis une heure et demie pour arriver à Barra et deux pour revenir au centre. Autre problème, le coût élevé du chantier : bien que le conseiller municipal à la culture, Ricardo Macieira, ait affirmé en 2002 que la construction coûterait 80 millions de R$, le budget final du projet est passé à 500 millions de R$.

Presque à la fin de son mandat, en décembre 2008, Cesar Maia avait organisé un concert d’inauguration du bâtiment inachevé. Après les élections, [le nouveau préfet] Paes a interrompu le chantier, affirmant qu’il était nécessaire de vérifier ce qui avait été fait. La construction a donc été paralysée un an et demi.

«A la préfecture, un audit a été demandé alors que débutait la nouvelle mandature. Le travail a été passionnel, sans argument technique et sans bien transmettre la vérité des faits», assure Antônio Carlos Flores de Moraes, conseiller du TCM, responsable du rapport d’inspection extraordinaire de la Cité de la Musique conclu en décembre. «Il est clair que l’inauguration en 2008 a été faite juste pour inaugurer. Mais les travaux n’auraient pas pu être finis à temps pour le changement de gouvernement. La CPI* de la Câmara dos Vereadores** n’a pas trouvé d’irrégularité. Ce qui a été exagéré est le matériel et les nombreux changements du projet qui ont retardé le chantier et augmenté son prix».

Selon Flores de Morae, le problème majeur de la Cité de la Musique est lié à deux excès du projet. Il cite, comme exemple, un lustre importé qui a été évalué à 2 millions de R$ mais qui sera substitué par un lustre similaire de confection locale de 200 mil R$.

«Le TCM n’a pas de compétence pour décider si le chantier est correct ou non mais il y a certaines finitions clairement exagérées. Il y a des salles de bain en marbre de Carrare. Avec de telles situations, le chantier a fini par coûter cher lui-même», dit le conseiller de TCM

03(@NelsonKon).jpgActuellement, la date donnée par l'hôtel de ville pour l'inauguration de la Cité de la Musique est au mois de juillet. Flores de Moraes pense que l’équipement sera livré fin 2011.

«Beaucoup d’éléments sont en train d’être refaits, y compris la partie acoustique. Nos équipements ont été achetés et gardés dans le bâtiment en étant surveillés par le consortium responsable du chantier. Durant un bon moment, les personnes qui étaient là s’occupaient de la sécurité du terrain», dit le conseiller de TCM.

En accord avec le secrétaire municipal des Chantiers, Alexandre Pinto, les travaux de la Cité de la Musique ont mis du temps à reprendre parce que la préfecture avait décidé de vérifier tous les comptes de l’ancienne mandature. Il assure cependant, qu’au premier semestre de 2010, il a été nécessaire de refaire certaines finitions réalisées à la hâte.

«Depuis que nous nous occupons du projet, nous avons dépensé 44 millions de R$ et encore, il manque 42 millions de R$ pour solder le contrat», affirme Pinto. «Je ne peux pas dire que les dépenses du gouvernement passé ont été bien ou mal effectuées. Mais je crois que le projet compte un excès de matériaux importés qui pouvaient être substitués par des matériaux locaux».

04(@NelsonKon)_S.jpgVendredi 28 janvier, la préfecture a autorisé l’équipe de O Globo à visiter la Cité de la Musique. Les parties extérieures nécessitent à peine un nettoyage et peu de finitions. Mais presque dix ans après le début du chantier, tous les espaces pour les spectacles et les répétitions sont encore inachevés. Dans la Grande salle de concert, les 1.800 sièges ont été retirés et mis en dépôt pendant les travaux d’ajustements des plafonds ; ils seront réinstallés en avril. Dans une autre salle de musique, de 800 places cette fois, le revêtement des murs a commencé à être appliqué récemment, mais le plafond et la scène rotative n'ont pas encore été installés. Pendant ce temps, des techniciens sont venus préparer le bois qui va servir d’isolant acoustique dans la salle de répétition de l’orchestre, une des sept de la Cité de la Musique.

L’ouvrage va compter par ailleurs une salle électro-acoustique, dix salles de classes, trois salles de cinéma, des loges, une médiathèque, un restaurant et une cafétéria. Rien n’est prêt à l’usage.

A la préfecture, on évoque le désir d'obtenir une certification internationale prouvant que la Cité de la Musique est l’une des cinq meilleures salles du monde. Mais avant, il semble nécessaire de substituer aux 500 ouvriers des chefs d'orchestre, instrumentalistes et spectateurs.

André Miranda | O Globo
30-01-2011
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* Comissão Parlamentar de Inquérito : Commission Parlementaire d’Enquête
** Assemblée locale

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de Bernard Desmoulin

Mes amis Pline, Cicéron, Tacite, César, Horace, Virgile, Aristote, Xénophon et Homère se joignent à moi pour souhaiter au Courrier de l’Architecte une digne année 2019. Bernard Desmoulin[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Naud et Poux Architectes

2018, c’est trois livraisons significatives : 81 logements pour personnes âgées à Lyon, 37 logements en accession sociale à Gennevilliers et l’aménagement des espaces intérieurs du 55 Amsterdam....[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de 2/3/4/

La tour des Jardins de l’Arche est lauréate au BIM d’Argent 2018 dans la catégorie des projets supérieurs à 40 000 m² en neuf. 2/3/4/ urbanisme et paysage : lauréats de la mission de...[Lire la suite]