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Présentation | Nanterre : la révolution combinatoire d'une école d'archi (02-03-2011)

«Nous ne sortirons pas d'ici le pantalon sur le bras !», clamait Jacques Kalisz (1926-2002) en 68 aux étudiants des Beaux-Arts. «A l'époque, il avait fait une tirade dithyrambique ; il était un grand tribun», se souvient Roger Salem, cosignataire de l'école d'architecture de Nanterre, aujourd'hui abandonnée et menacée de destruction. Retour sur une révolution combinatoire.

Bâtiments Publics | Education | Nanterre

Assemblite et réunionite gagnent les Beaux-Arts. Mai 68 grogne. Jacques Kalisz quitte à l'époque l'AUA (Atelier d'Urbanisme et d'Architecture) où il était associé à Jean Perrottet.

Face aux harangues de l'architecte 'révolutionnaire', «l'agressivité des étudiants fléchissait». Les officiels du ministère l'ont remarqué et lui ont passé directement commande d'une école d'architecture en marge de La Défense. «Un piège», souligne Roger Salem.

«1.000FF/m² construction clef en main, voilà qui était bien ridicule». Conscients, dès le début, de cette difficulté, les deux architectes ont pourtant décidé de «jouer le jeu».

La solution : un bâtiment industrialisé. Un choix d'autant plus opportun qu'il répondait aux impératifs calendaires. Au défi était associé GEEP-Industries dont son président, Paul Chaslin, était alors «un capitaine d'industrie exceptionnel» : «il a réalisé de nombreux groupes scolaires et souhaitait faire de l'école d'architecture sa carte de visite», indique Roger Salem. Partenariat entre concepteurs et entrepreneur, GEEP a réalisé sous le contrôle des architectes l'ensemble des plans d'exécution.

Retour aux planches à dessins. L'idée du projet est née de la formulation d'un programme synthétique prévoyant l'articulation de quatre catégories d'espaces : les espaces de groupes, les espaces collectifs, les espaces d'équipes, les espaces individuels. Les groupes correspondaient aux unités pédagogiques, UP2 et UP5, qui partageaient les espaces dit collectifs.

L'ambition était, selon Jacques Kalisz, de proposer une organisation facilitant les relations entre étudiants «afin qu'un dialogue et qu'une information culturelle réciproque puissent exister entre étudiants et citoyens». Pour ce faire, les architectes ont fait preuve de générosité : «l'objectif était de 10m² par élève, nous en avons réalisé 12», indique Roger Salem dénonçant la situation actuelle où les étudiants disposent de moins en moins d'espace.

Le principe constructif initial reposait donc sur un «triplex de base» : «l'espace collectif, en zone centrale, était l'élément autour duquel se formait la combinatoire, en d'autres termes, il était le socle du module. Au dessus, s'organisaient autour d'un patio les espaces d'équipes et encore au-dessus, les espaces individuels. Les trois espaces étaient reliés par des escaliers de meunier», explique-t-il.

02(@DR)_B.jpgA partir du triplex de base, les deux architectes se sont amusés à emboiter, empiler, juxtaposer les unités. «Il y avait une infinité de possibilités» souligne Roger Salem. Jacques Kalisz évoquait même dans un texte publié dans l'Architecture d'Aujourd'hui (février-mars 1972) «une analogie biologique» : «Nous orientons notre démarche par analogie aux combinatoires biologiques. Notre cellule se décompose en un noyau central (le carré du patio intérieur), un second carré construit sur les diagonales et un troisième homothétique du premier et de dimension double. Ces carrés sont l'expression en plan d'une variation de volume due au fonctionnement des divers locaux d'enseignement».

Poursuivant la métaphore, Jacques Kalisz n'hésitait pas à «baptiser» les noyaux de «virus», lesquels «n'affectaient pas les cellules». Cela écrit, nombre d'historiens de l'architecture qualifient le projet de «proliférant». Roger Salem lui préfère l'épithète «combinatoire».

03(@Kalisz&Salem)_B.jpgCombinatoire donc mais aussi modulaire. «Pour mémoire, après avoir livré l'école, j'ai continué à intervenir dessus y compris quand je n'étais plus salarié de Kalisz. Tous les ans, il y avait un nouveau programme de travaux. L'autre caractéristique du projet était donc sa souplesse». Roger Salem évoque alors son voyage au Japon, «un rêve d'ado», lui enseignant l'art nippon de la cloison mobile.

Mettre en place un tel dispositif aurait été dispendieux au regard du budget minime alloué à la réalisation de l'école d'architecture. Néanmoins, le concept de souplesse y a été largement expérimenté : «aucune cloison n'était porteuse et l'électricité n'y passait pas ; tout venait du plafond, les interrupteurs étaient suspendus».

Le bâtiment, principalement métallique, sa stabilité au feu était faible. Les architectes, pour obtenir le permis de construire, ont proposé des mesures de compensations. L'école pouvait être évacuée en six minutes et le système de détection incendie était alors des plus performants. De plus, au coeur du parc André Malraux, Jacques Kalisz et Roger Salem ont travaillé avec le paysagiste Jacques Sgard qui, en récupérant les déblais du quartier d'affaires, a créé des buttes artificielles autour de l'école afin que les premier et deuxième niveaux puissent avoir des accès de plein pied.

Edifice remarquable, l'école d'architecture de Nanterre symbolise les aspirations et les ambitions d'une époque. Elle était une étape dans l'oeuvre de Kalisz qui, pour le foyer de jeunes musiciens à Nanterre, réinterprétait cette même combinatoire.

04(@Kalisz&Salem)_B.jpgPour Roger Salem, ces dispositifs préfiguraient l'usage, aujourd'hui répandu, de conteneurs : «A titre d'information, l'AUA avait déposé un brevet pour l'utilisation de conteneurs dans les années 70. Son schéma était précis : le parallélépipède structurel était conservé et des façades y étaient ajoutées afin de créer des 'studios de loisirs'», se souvient l'architecte.

Abandonnée depuis 2004, l'école d'architecture de Nanterre est aujourd'hui menacée de destruction. En 2008, la municipalité avait commandé à l'Atelier Albert Amar une note sur l'évolution du bâtiment et a même présenté une offre de rachat sans suite à ce jour. Une pétition* est désormais lancée afin, une nouvelle fois, de ne pas sortir le pantalon sur le bras.

Jean-Philippe Hugron

* Pour en savoir plus à ce propos : www.mesopinions.com/Pour-la-sauvegarde-de-l-ecole-d-architecture-de-Nanterre--La-Defense---Paris--petition-petitions-270c2eef9432a599e87aeaa9cf8e40cb.html

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