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Visite | Le manège enchanté de Stéphane Maupin avec la RATP (16-02-2011)

8 Sente à Bigot, XIXe arrondissement de Paris. L’adresse atypique est celle d’un bâtiment étonnant, le centre de maintenance RATP du site La Villette, livré par Stéphane Maupin (Fantastic Agence) en octobre 2010. L’architecte y a détourné bien des références pour rendre savoureuse une émergence industrielle. Embarquement immédiat.

Architecture industrielle | Béton | 75019 | Stéphane Maupin

Porte de la Villette. La ville appartient au périphérique. Sous le périph', les rails, qui s’enfoncent vers le sous-sol métropolitain. Un univers «du dessous» auquel l’architecte Stéphane Maupin a offert un écho avec le centre de maintenance RATP, cerné au sud-ouest par les voies ferrées. «Le bâtiment est comme une tête de sous-marin crevant la banquise ferroviaire », dit-il.

Percé d’ouvertures rondes et surmonté d’un tripode, le volume triangulaire s’élevant sur cinq étages surgit au détour du boulevard de la commanderie effectivement telle une implosion de béton brut. Ce n’est pas tout.

Le cahier des charges du concours, organisé en avril 2006, portait sur la création «d’un lieu dédié à la vie du rail métropolitain», soit un atelier de 3.500m² comprenant espaces de formation, de stockage du matériel et de l’outillage acheminés vers les voies en réparation, vestiaires et espaces de restauration du personnel.

Ayant rencontré les futurs usagers - une démarche remarquée par le maître d’ouvrage - et parcouru le site, Stéphane Maupin conçoit, «à l’image des uns et dans l’esprit du lieu», un bâtiment «doté d’un caractère viril et industriel à la fois». Pour autant, il voulait éviter «l’écueil du mimétisme» et, surtout, introduire la notion de plaisir «dans un bâtiment-outil» d’où elle est a priori absente.

A ces fins, l’architecte a fait appel à plus d’une référence. A la hauteur du bâtiment (21 mètres sans compter l’'hélice'composée des conduits de chaudière et de pales portant les luminaires qui éclairent le site), un écho au périph' surplombant le lieu. Aux stries orange recouvrant les premiers niveaux du bâtiment, «la signalétique de la RATP». Aux angles arrondis du volume triangulaire, une réminiscence du Flat Iron Building.

02(@CecileSeptet)_S.jpgPour l’essentiel, Stéphane Maupin a réinterprété ces évocations. Cernée d’une coursive filante au 5ème étage, la référence new-yorkaise devient «accident haussmannien». Quant aux ouvertures rondes ponctuant les façades, ne pas y voir de simples hublots. «Elles permettent d’appréhender la façade comme un plan, de brouiller la lecture des niveaux».

A la fantaisie, l’urbanité. Stéphane Maupin a choisi de conserver 'la maison du gardien' préexistante, pavillon traditionnel coiffé d’un toit à double pente. «Une référence au Schaulager d’Herzog & de Meuron à Bâle». Recouvert de béton de pied en cap, percé d’ouvertures rondes et strié de bandes fluorescentes, l’espace de surveillance est devenu une excroissance du volume principal.

Elle n’est pas seule. Au sud, côté rails, une avancée vitrée sur double hauteur accueille le restaurant. A l’ouest, deux saillies attirent le regard. L’une est réservée à la direction, l’autre abrite le sommet de l’escalier distribuant les différents étages. «A l’origine, il était question d’orienter la construction vers le tunnel. Nous avons conservé l’escalier, qui traverse donc le bâtiment dans le sens transversal. Mais il manquait huit mètres, d’où ce décroché qui finit par un oeil vitré offrant une vue sur la sortie des trains».

03(@FantasticAgence)_S.jpgAu sein de la 'maison du gardien', un autre décroché enveloppe le pied des marches et fait écho au jeu de volume extérieur. Depuis ce rez-de-chaussée, l’ascension paraît vertigineuse. «C’est un escalier d’apparat, à l’image des circulations du Centre Pompidou». D’Herzog & De Meuron à Renzo Piano, l’idée «d’un palais ouvrier» est ici adaptée au vocabulaire métropolitain. Les murs de l’escalier sont parés des carreaux diamantés typiques ainsi que d’une plaque indiquant 'Site Villette', à la manière des faïences des quais souterrains du métropolitain parisien.

«Le fonctionnement du bâtiment est très simple. Les vestiaires s’intercalent entre les étages réservés à différents métiers ; en résumé, du rez-de-chaussée jusqu’au 5ème étage, les ateliers, des vestiaires, les salles de formation, des vestiaires et enfin le restaurant». Stéphane Maupin a animé l’organisation stratifiée. Notamment, l’enduit vert tapissant les couloirs remonte sur les murs au fur et à mesure des étages «à la façon d’une marée».

Jusqu’au sommet, l’architecte fait du second degré. Ainsi des plafonniers du restaurant. «Ce système d’éclairage industriel est normalement intégré à un faux plafond. Là, j’ai choisi de le suspendre avec des tiges». Aménagée en angle, la terrasse offre une vue sur l’hélice surplombant le bâtiment. L’ensemble fait penser à la proue d’un navire. «On peut y jouer à Titanic», s’amuse Stéphane Maupin.

04(@FantasticAgence).jpgDirection les vestiaires, composant essentiel du programme. Entre les casiers, le lavabo est surmonté d’un miroir rond et d’une ouverture-hublot. La tête souriante est même dotée d’un nez. «Ce n’est pas moi qui ait posé les porte-savons», dit-il. A l’anecdote, l’anecdotique ?

Stéphane Maupin assume l’effet autant que l’éclectisme de ses références. A la manière d’un paysage tokyoïte, qu’il a parcouru, il réinterprète signes et modèles et parvient, avec un plaisir non dissimulé, à une harmonie inattendue.

8 Sente à Bigot dans le XIXe arrondissement de Paris : un architecte a enchanté le lieu.

Emmanuelle Borne

Fiche technique :

Architecte : Stéphane Maupin (Fantastic Agence)
Maître d'ouvrage : RATP / SEDP
Livraison : octobre 2010
Surface du bâtiment : 3.500m²
Equipe maîtrise d’oeuvre : DVVD ingénieurs, architectes, designers + GLI BET

05(@FantasticAgence)_B.jpg

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