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Visite | Rue du Nord, l'ascèse de Charles-Henri Tachon (02-02-2011)

«Quand la structure est apparente, elle témoigne de la qualité de la construction». Charles-Henri Tachon prône une rigueur intellectuelle où l'architecture révèle sa vérité structurelle tout en effaçant sa mécanique. En lice pour l'Equerre d'Argent, les logements de la rue du Nord dans le XVIIIe à Paris (75) témoignent d'un travail perfectionniste. Ici l'oeuvre est autant gros que grande.

Logement collectif | Béton | 75018 | Charles-Henri Tachon

«Si je pouvais ne construire qu’avec du gros oeuvre», clame Charles-Henri Tachon. Les logements et ateliers d’artistes de la rue du Nord à Paris sont une mise à l’épreuve et, de fait, le premier projet qui présente la direction dans laquelle ce jeune architecte veut travailler.

En tête, «réduire les intermédiaires et rétablir un rapport direct entre la structure du bâtiment et l’espace ; on dissocie, on multiplie les couches et l’espace intérieur n’a plus aucune relation avec la structure. Je recherche l’inverse», revendique-t-il. Jeu de l’envers donc.

A l’endroit, une parcelle «ingrate», 9 mètres d’épaisseur et 35 de longueur, orientée nord, rue du Nord. De surcroit un angle au pan coupé : «une horreur pour un archi à qui on a appris l’angle droit», s’amuse-t-il. Et de tirer profit d’une situation particulière.

«Les fenêtres se décalent pour créer un mouvement qui glisse de la rue des Poissonniers vers la rue du Nord». La perception change selon l’angle et l’architecte assume mener un travail sculptural.

«L’acte d’architecture est un acte plastique, un travail de mise en forme du rapport espace / structure. Le béton est un matériau qui travaille en tension et en compression, sa formalisation peut réagir de façon différente. Cela dit, l’immeuble forme une seule entité qui se déforme et réagit à la situation de la rue sans se morceler», indique l’architecte.

02(@KristenPelou)_B.jpgDu tout aux parties, l’ensemble est composé de quatre ateliers d’artiste, d’un local d’activité et de huit logements dont un, «indépendant», dispose de sa propre entrée et d’une loggia monumentale.

Appréhender le contexte, encore et toujours, mais cette fois-ci, également au-dedans. A l’endroit, son revers. «Dans l’immeuble ou depuis chez soi, il s’agit de donner une lecture de l’environnement et du paysage, d’organiser les vues pour reconnaître son territoire», propose Charles-Henri Tachon.

03(@KristenPelou)_B.jpgPour ce faire, «l’idée que le plan est le plus important» prime et de citer sans le nommer Jean Nouvel : «un bon logement est un grand logement». L’omission est volontaire. En effet, «plus que la surface, c’est le plan qui permet de rendre les espaces grands», soutient-il. De fait, ici, dans un volume contraint - à noter d’ailleurs que le projet a perdu un étage dès lors que la mairie a adopté son nouveau PLU - la manière de dilater l’espace n’est possible que par la création de continuité et de perspective. «Elargir les perceptions», résume l’architecte.

Feutres rose et orange et les dernières pages d’un carnet où les notes se suivent, consciencieusement compilées, servent la démonstration. Quelques traits, un plan.

«Il s’agissait ici de trouver autant que possible des prolongements extérieurs sous forme de grandes terrasses ou de loggias», dit-il. Les logements, en presque totalité, sont traversants et disposent au sud, côté cour, de larges terrasses qui sont par ailleurs autant de séquences précédent l'entrée, recréant ainsi «ce rapport entre intérieur et extérieur que l'on peut avoir dans une maison».

L’architecte trace les diagonales visuelles qui caractérisent son parti. Parmi elles, celle traversant un studio. «En créant une fenêtre d’angle, nous avons pu donner une perspective sur toute la rue, ce qui transforme l’appréciation de l’appartement».

04(@KristenPelou).jpgD'un «travail sur la cellule», Charles-Henri Tachon évite la répartition jour / nuit, crée des doubles circulations et s'efforce, autant que possible, d'éclairer naturellement cuisines et salles de bains. Pour ces dernières, dès lors que la création d'une ouverture sur l'extérieur s'avérait impossible, une imposte vitrée entre la salle de bains et cuisine diffuse la lumière naturelle.

Cahier refermé, café ingurgité, la porte de la Grappe d'Or se referme. Le troquet, QG durant le chantier, n'est plus ce qu'il était. Direction rue du Nord.

Totem sculptural, la masse de béton se démarque dans le tissu faubourien. «Nous souhaitions un béton matricé présentant un effet de planchettes, une texture qui élimine les défauts mais le béton coulé sur place, auto-plaçant, hyper-fluide, a laissé quelques imperfections»... qui ne sont pas sans déplaire à l'architecte.

05(@CharlesHenriTachon)_B.jpgA la vérité de la structure, Charles-Henri Tachon n'associe guère celle du second oeuvre et se refuse à tout brutalisme. «Le dessin doit être le moins présent possible», dit-il, soulignant que les châssis en bois sont derrière le béton à l'instar des stores et de leurs rails et que les garde-corps se réduisent à des plaques de verre fixées sur des coulisses latérales.

L'impression de masse n'en est que plus magnifiée.

L’élégant monolithe, rue du nord, plus qu'un exercice de style, une ascèse.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage: SIEMP - 75004
Lieu : Rue de Nord - Paris XVIIIème
Montant des travaux : 1.867.842 Euros H.T
Délai de réalisation : 16 mois
Livraison : avril 2010
Surface : 997m² SHab
Mission : Mission de base RT 2005 et H&E

Réactions

hongnali | 05-10-2013 à 16:27:00

volia

arslumi | 05-09-2012 à 13:53:00

Sans être un spécialiste - j'habite simplement dans le quartier - je pense que ce projet est une réussite. La simplicité du dessin ne gênera que ceux qui n'y habitent pas, celle-ci ne vise pas à séduire le touriste. Quant à l'usage, il s'avère très éloigné d'une tragédie urbaine: ces logements étant agréables à vivre, .ils facilitent les coexistences, ce qui est loin d'être un détail quand il s'agit de populations à faibles revenus. En effet un tel projet n'est pas de la frime.

Zarsmoon | 08-11-2011 à 02:01:00

Etudié, vu et visité, pour ma part je ne peux qu'être étonné de ce genre de réactions, car la simplicité du plan, l'évidence des accès aux logements, la finesse des détails sont la richesse et la subtilité de ce projet. La véritable tragédie est de ne pas comprendre que le banal raffiné a du bon.

⊢Ɔ | 12-10-2011 à 21:33:00

Il ne faut pas s'étonner de voir le public rejeter l'architecture contemporaine quand on voit la pauvreté du dessin de ce projet. L'ayant vu et visité, je ne peux que m'attrister de ce travail, même si l'architecte a dû s'investir énormément ... ce qui accentue d'ailleurs cette tragédie urbaine. Très pénible à voir !

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