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Portrait | 'Atelier lab, constructions en tout genre, sur rendez-vous' (02-02-2011)

21 rue de Tanger, dans le 19ème arrondissement à Paris : quel étudiant en architecture ne connaît pas l’adresse ? Métal et verre, l’étage du bâtiment est en lévitation au-dessus du rez-de-chaussée. Sur une strate claire, les lettres : 'atelier lab'. La tautologie n’en n’est pas une car 'lab' vaut pour Christophe Lab, auteur du lieu en 2000.

France | atelier lab

«Mon associée», présentera-t-il. Cécile Courtey dévoile une porte d’aluminium. L’entrée donc. A l’intérieur, en surplomb d’une double hauteur, une verrière offre une vue sur l’escalier menant à l’étage supérieur, réservé au logement des deux architectes.

Surfaces opaques, coursives en acier, béton ciré et peinture noire. Un piano à queue, des profils de fusils tracés à la main tendus contre un mur. Parmi les maquettes, photos de réalisations et paperasse, des pièces de métal et des mannequins plus ou moins articulés ; atelier lab est un cabinet de curiosités, à l’inverse de ces agences immaculées derrière leurs façades anonymes.

Christophe Lab, contre-point peu bavard d’une génération rompue à l’exercice promotionnel ?

La maison-caravane rue de l’Ermitage ? L’habitation recouverte de feuilles de métal sise 26 rue des Rondeaux ? Celle qui forme l’angle de la villa Etienne Marey ? Autant d’adresses remarquables dans le 20ème arrondissement de Paris.

Un fief ? «C’est dans ces quartiers que l’on trouvait des parcelles disponibles», raconte ce fils natif de la capitale.

Pas de site web. Le projet d’en créer un à l’image des cartons récitatifs de films muets. Une seule page, lettres blanches sur fond noir : 'atelier lab, constructions en tout genre, sur rendez-vous'.

«A vrai dire, je voulais des lettres noires sur fond noir. Ces lettres blanches sont une concession. Je mets de l’eau dans mon vinaigre», convient-il.

Rires. Sur la mezzanine, deux collaborateurs affairés tendent l’oreille. L’entretien se déroule autour d’une table au rez-de-chaussée. Cécile Courtey, collier coloré et cheveux pourpres, avance une chaise. «Je sais, elle ne fait pas son âge», dit-il. Lui non plus.

Veut-il expliquer ces émergences d’acier dont il a ponctué les dents creuses d’un tissu protégé ?

02()_S.jpg«Je me suis bagarré. A une autre époque, cela aurait valu duel», défie-t-il, le regard amusé derrière une large monture noire. Adversaires désignés : «les voisins et les ABF». 

De l’hostilité, systématique, des premiers, il dit que c’est «bon signe». 

Il montre alors une pétition s’opposant à un projet d’habitation à Paris, pour lequel l’agence a obtenu le permis de construire. Il lit, plutôt deux fois qu’une : «un projet qui s’écarte par sa forme de la notion même de bâtiment».

«Merci !», assène-t-il, sous les rires de son associée et de ses collaborateurs. Il faut dire que celle-là, elle vaut le voyage. Il cite, en adaptant : «rien d’intéressant ne s’est construit en ménageant un public, fut-il composé des contemporains de Périclès»*.

Quant aux ABF, l’architecte négocie, en s’appuyant sur un ouvrage, 'Ready-Made' Urbains, réalisé avec la photographe Pascale Jausserand**. Composé de haïkus illustrés par des photos d’occurrences incongrues dans le paysage parisien, les pages de l’ouvrage font penser à Tokyo, où les règlements urbains, souples voire inexistants, permettent à la ville de constamment se renouveler. «Le rêve», soupire-t-il.

La comparaison vaut pour les 'maisons Lab'. Voir le projet nantais, dont la façade est ponctuée de cylindres noirs, excroissances qui abritent les chambres «à l’image des cellules d’hôtels capsules».

Le livre raconte qu’il n’y a pas de raisons pour la ville d’être composée d’espaces monotones et répétitifs. «Encore faut-il que mes interlocuteurs aiment la liberté», relève Christophe Lab. Facétie n’est pas un gros mot et n’empêche pas «les choses sérieuses», souligne-t-il sous le regard entendu de son associée. Depuis 20 ans, «on échange, on discute, on se critique».

03(@LAB)_S.jpg«Les maisons ne forment que la partie émergée de l’iceberg», précise Cécile Courtey. Sous les projets «plaisir», des projets  «SO-CIA-LE-MENT U-TI-LES». Christophe Lab découpe les syllabes en forçant la voix. La mise en scène comme expression de ce qui «tient à coeur».

Les extensions d’hôpitaux par exemple. En fait, des hélistations. Notamment celle de l’hôpital de Dreux, livrée en 1996. «En plus d’une piste pour hélicoptères aménagée sur le toit des services d’urgence, nous avons créé une station de ravitaillement». Cela n’avait jamais été fait en France.

Parmi les «obsessions», les hôpitaux psychiatriques, les maisons de retraite et les internats. Le dernier sujet fut abordé à l’occasion d’une étude pour le Ministère de l’Education Nationale en 2001, sujet qu’il connait bien pour avoir été interne dès l’âge de six ans. Christophe Lab ne s’étend pas sur le sujet ; Cécile Courtey résume le sujet 'utile'.

«Certes, nous sommes passés de dortoirs hors d’échelle à des internats moins conséquents mais nous n’avons fait que fragmenter les premiers sans remédier au problème principal : l’absence d’intimité». Atelier lab a proposé de ré-articuler trois échelles : «l’échelle communautaire, les pièces communes à de petits groupes de camarades et les cellules individuelles avec mobilier adapté». Résultat : un plan atypique, composé «de véritables petits appartements, prémices à la vie en colocation».

«Un de nos procédés est d’inverser les problèmes». Ainsi de la proposition pour 'l’île en mouvement' de Montbéliard (dont le concours fut annulé fin 2010), un programme culturel implanté en zone inondable mais aussi sismique. «Les contraintes étaient nombreuses : planchers à plus d’1,5m, fondations, accès handicapé». Pour les résoudre, les architectes ont choisi... de les supprimer. «Nous avons installé le bâtiment sur un système de duc d’Albes***. Ainsi, il flotte et s’élève ou bouge en cas de crue ou de séisme ; sinon, il est de plain-pied et favorise ainsi l’accès handicapé».

A chaque nouveau programme, les associés d’atelier lab «plongent» dans le sujet afin d’élaborer des réponses inédites. «En ce moment et jusqu’à la livraison du Musée de la Grande Guerre de Meaux, nous sommes en plein dans 14-18».

04(@LAB).jpgAvant Meaux, «il y eu les utopies». En 2005, Cécile Courtey et Christophe Lab participent au programme Utopia, pour la restauration du Familistère de Guise. «Nous avons toujours une adresse là-bas, aile gauche appartement 57». L’immersion se fit dès le concours, «en loge durant deux jours». Avec les paysagistes de l’agence Base, les architectes furent notamment chargés de réaménager la zone inondable de la presqu’île (10 hectares) en jardin publics. Parcelles à la végétation contrastée, passerelles sur l’Oise et restauration de mobilier font partie des interventions qui suivent leur cours.

Christophe Lab et Cécile Courtey se lèvent à leur tour et apportent chacun photos, brochures, maquettes. Sur l’une des images, Christophe Lab et sa fille sont assis sur une plaque de mosaïque dans le jardin du Familistère. «Les pâtes de verre reprennent les motifs de nappes de pique-niques», dit-il. La fierté du père surgit au coeur du discours d’architecte. Sa fille a sept ans. Visiblement, les passions font l’homme, épris de liberté.

Entre 1970 et 1977, études rue Bonaparte, juste avant qu’UP6 ne s’installe à la Villette. Roland Castro directeur d’études, Henri Ciriani parmi les membres du jury de diplôme, Christophe Lab en acquit «libre arbitre». «Je ne suis d’aucune chapelle», dit-il.

Ni sérail, ni mentors ; nulle vocation non plus. «J’ai atterri en architecture parce que je n’ai pas pu rentrer aux Beaux-arts ; ce n’est pas grave puisqu’à la même époque, j’ai appris que l’art était mort». Du coup, Christophe Lab prêche et encore, discrètement, pour sa paroisse dès la sortie de l’école, en 1978.

Depuis, nul besoin de concession douloureuse. «Quand nous n’avons plus de boulot, je vais au bois», dit-il. «Améliorer les conditions de vie est la seule chose qui m’intéresse réellement», insiste l’architecte. De fait, le temps passe parfois au gris sur les toits en zinc de Paris.

05(@LAB).jpg«Même en travaillant avec constance, un architecte court le risque d’être vaincu par le monde». L’humour, politesse de l’usure ? En novembre 2008, atelier lab remporte le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux.

125 concurrents, quatre finalistes. Première phase : «nous réunissions toutes les compétences», dont celle de Frédéric Ladonne, «un ami», architecte spécialisé dans la conservation des oeuvres et des réserves. «Par ailleurs, j’ai la mauvaise habitude de dessiner dès que l’on me donne un sujet», dit-il. L’équipe a imaginé un bâtiment en porte-à-faux dont le toit servira d’esplanade faisant place à 'La Victoire éplorée', sculpture offerte par les Etats-Unis à la France en 1932. «Nous n’avons pas cherché à lutter avec ce 'tumulo patriotique'», dit-il. «A la statue, la mémoire, au musée, le savoir. Avec l’esplanade, la connaissance devient ainsi socle de l’émotion». Bref, phase deux, c’était gagné.

Un projet tombé «à point nommé» pour l’agence.

Musée «de société et non militaire», il sera le plus ambitieux «de tous les musées de la guerre en Europe». L’essentiel des pièces qui seront exposées au sein des 7.000m² provient d’une collection privée. «Celui qui est à l’origine du projet est un obsessionnel, comme nous. Il a commencé à amasser des objets dès l’âge de dix ans et n’a jamais arrêté depuis». Autre temps, autre paroisse...

Les tracés d’armes à feu sont donc destinés au musée, tout comme les mannequins, «des essais de prothèses». Découverte de l’ouvrage le 11/11/11 à 11h11. «Il nous reste 10 mois et pas un jour de plus».

Le piano à queue ? «Il sert à calmer les moeurs». «Nous invitons des pianistes», précise celui qui concède avoir «toujours voulu être crooner». L’homme joint la voix à la parole et esquisse quelques pas de danse.

Il n’est pas seul dit le regard de son associée.

Christophe Lab est architecte. 21 rue de Tanger, 19ème arrondissement de Paris : quel étudiant en architecture n’en connaît l’adresse ?

Emmanuelle Borne

* «Par ailleurs, quelle que soit l’époque, rien d’important ne s’est communiqué en ménageant un public, fût-il composé des contemporains de Périclès», disait Guy Debord au début d’In Girum Imus Nocte et Consumimur Igni en 1978. Un emprunt également, précise Christophe Lab, dont le Courrier n’a pas retrouvé la source.
** 'Ready-Made' Urbains, Christophe Lab, Pascale Jausserand, Préface de Paul Virilio, éditions Le Picard, mai 2000
*** Dans le vocabulaire maritime, un duc d’Albes (ou dolphin) consiste en des pilotis (poteaux de bois, tubes d’acier, blocs de ciment) ancrés dans le fond des bassins ou des chenaux, sur lequel un navire peut s’amarrer ou s’appuyer, aux abords d’une écluse ou dans les darses d’un port de mer.

06(@LAB).jpg Projet pour le Centre culturel et scientifique (CAPM) de Montbéliard (25)

Réactions

Hedia Jelassi | Stagiaire Architecte | 02-01-2017 à 16:26:00

Bonjour, je suis vraiment par cet atelier d'architecture et je souhaite effectuer un stage au sein de cette établissement, mais malheureusement j'ai pas trouver ni d'adresse mail ni un N° de téléphone. je souhaite vraiment que vous puissiez me fournir ces informations. Merci infiniment

Atelier Christophe LAB | architecture | 21-05-2012 à 15:29:00

site officiel de l'agence :
www.christophelab.fr

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