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Equateur | Maîtrise d'ouvrage publique, une dette envers la grande architecture (26-01-2011)

Esteban Fuertes rapporte dans son article du 20 novembre 2010, publié dans le quotidien équatorien El Telégrafo, les sujets abordés lors de la Biennale Panaméricain d’Architecture de Quito. Parmi eux, le manque de spécificité locale et l’absence manifeste de la maîtrise d’ouvrage publique équatorienne dans le débat architectural contemporain.

Contexte
A l’antipode de Venise, Quito, capitale de l’Equateur, organisait, sous l’égide du Collège des Architectes d’Equateur (CAE) du 15 au 19 novembre 2010, la XVIIe Biennale Panaméricaine d’Architecture, un événement majeur en la matière à l’échelle du continent.
Pour cette édition, le thème retenu, 'La biennale ouverte, l’architecture brise ses frontières' propose une réflexion sur «l’ouverture d’une discipline fermée» à travers cinq thèmes : les manifestations de l’économie (ni riche, ni pauvre) ; la société (ni formelle, ni informelle) ; la culture (ni populaire, ni intellectuelle) ; la nature (ni naturelle, ni artificielle) et la science (ni high, ni low).
A l’autre bout du monde, les références diffèrent, les regards changent, l’Europe n’existe pas.
JPH

MAITRISE D’OUVRAGE PUBLIQUE, UNE DETTE ENVERS LA GRANDE ARCHITECTURE
Quito (Equateur) : Esteban Fuertes

Organisée dans les cours du Centre Culturel Métropolitain (CCM), dans les salons de l’Hôtel de Ville et dans la Basilique, la biennale de Quito ouvre le débat en présentant nombre de projets, du Canada jusqu’au sud du continent, tous signés des architectes les plus importants. Au CCM, ce sont aussi les oeuvres ambitieuses et créatives de jeunes architectes en quête du premier prix qui sont exposés.

02(@DR).jpgEn ce qui concerne l’Equateur, les propositions les plus remarquables sont des lieux de résidence privés. Point négatif, les institutions publiques ont boudé l’événement.

L’architecte Handel Guayasamin, membre du jury lors de la Biennale, considère que les méthodes pour générer une nouvelle architecture en Equateur ne sont pas rigoureuses. «Rien ne se réalise au travers de concours nationaux voire internationaux. La réalité est donc que le message délivré par les institutions politiques [d’Equateur] est très mauvais, ouvrant la porte aux soupçons tandis que de nouvelles voix ne peuvent pas s’exprimer», explique ce professionnel.

De son côté, l’architecte originaire de Cuenca, Javier Flores, a fait le voyage pour intervenir lors de cette rencontre. Il rapporte qu’en lieu de promouvoir la recherche, les universités n’ont pas rompu le cordon ombilical avec l’éducation plastique classique des livres. «Dans le 'Cône Sud'* du continent, un langage moderne se voit appliqué à des réalités différenciées. Quant à nous, nous simulons des matérialisations empruntées à d’autres pays. Nous sommes pourtant richissimes en lumière et en texture, mais nous ne nous y référons pas», déplore-t-il, soulignant cependant les changements obtenus dans sa ville où les architectes sont, selon lui, une force de propositions.

De son côté, le maire de Quito, Augusto Barrera, convient qu’il n’y a effectivement pas à Quito de courant d’architecture contemporaine comme c’est le cas à Cuenca, par exemple, où se développe actuellement un concept d’école. «Je crois que nous devons renforcer une école de pensée, non pour uniformiser mais pour donner une identité et, en ce qui me concerne, l’appliquer à la construction d’espace public. C’est en ce sens que nous devons travailler», dit-il.

Concernant les concours publics, le maire assure qu’il s’agit là de l’unique moyen d’obtenir une architecture plus représentative.

En effet, la Mairie a actuellement lancé un concours pour remodeler l’espace de l’Assemblée Nationale et de ses édifices alentours. Cependant, concernant le Parque del Lago, qui devait se construire sur l’ancien site de l’aéroport, l’édile a préféré ne pas se prononcer. Un concours international avait été lancé par l’ancienne administration. Depuis, un nouveau projet est «prévu».

03(@Pardon&Bedin)_S.jpgProjets ambitieux

Parmi les constructions qui se distinguent à la Biennale, un projet chilien : 'Planta de gua Mineral' (voir à ce sujet notre album-photos) développe un concept en rapport avec la nature. L’oeuvre, troublante, est signée de l’agence Bebin y Saxton et se situe à Punta Arenas, au Chili. Sa forme ressemble à celle d’un iceberg détaché d’un glacier échoué au milieu des arbres et des montagnes. La simplicité du système structurel et la complexité qu’il acquiert pourtant pour posséder un grand mouvement produit un effet surprenant. Cette structure ambitieuse et artistique évoque l’architecture de son pays.

M. Guayasamín, membre du jury et par ailleurs enseignant à la Pontifica Universidad Catolica, explique que certains pays comme la Bolivie ou le Paraguay n’ont que peu de moyens, ce qui ne les empêche pas d’avoir des projets aussi intéressants que peuvent l’être ceux du Chili, de l’Argentine ou du Brésil.

Au dire de ce professeur, il s’agissait lors de la délibération du jury de mettre en avant de nouvelles réalités sociales, de nouveaux acteurs, des matériaux et des technologies, le tout encadré par des identités locales et en relation au processus de globalisation. «L’urbanisation massive comme phénomène mondial est semblable à l’homogénéisation. Je crois qu’il y a un effort intelligent à faire pour mettre en avant des identités locales pour ne pas disparaitre dans cette globalisation», soutient-il.

La Biennale a réuni environ 270 projets et réalisations de tout ordre dont une trentaine fut retenue en compétition pour le premier prix. Cet événement, qui compte environ 1.500 inscrits, est considéré comme l’un des plus importants du continent.

04(@RodrigoDavila)_B.jpgEcole 'El Porvenir' / Giancarlo MazzantiUn visiteur, le jeune architecte Carlos Baraja, souligne la vigueur de sa génération où un «grillage» peut devenir élément de décoration. «Les propositions d’expérimentation qui sortent de l’ordinaire sont remarquables», dit-il. Ainsi, aime-t-il le projet de Giancarlo Mazzanti, architecte à Medellin, dans lequel un jardin d’enfant présente un mur de sécurité aux allures amicales et non offensives (voir à ce sujet notre album-photos).

Parmi les visites les plus attendues comptait celle de l’architecte japonais Sou Fujimoto, considéré comme l’un des principaux représentants de l’architecture contemporaine.

A la Biennale d’Architecture, d’autres sujets, comme la relation à l’habitat social et le développement urbain ou encore la gestion de l’espace public, ont fait débat.

Esteban Fuertes, Quito | El Telégrafo
20-11-2011
Jean-Philippe Hugron


* Le cône sud, 'el cono sur', désigne les pays formant la pointe sud du continent sud américain à savoir l’Argentine, le Chili et l’Uruguay. Pour certains, cette zone inclut également le Paraguay et le sud du Brésil.

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