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Visite | Bureaux à Paris XIII : Pour Francis Soler, la contrainte est un matériau architectural (19-01-2011)

'Malgré les contraintes', 'à cause des contraintes'. Le leitmotiv est courant chez les architectes, pour lesquels le contexte réglementaire d’un projet tient souvent de la bête noire. Francis Soler a pris le problème «à revers» ; en témoigne l’opération rue Olivier Messiaen qui résulte de ses contraintes, qu’elles soient urbaines, techniques ou environnementales.

Bureaux | Verre | 75013 | Francis Soler

«Faire de la contrainte un élément architectural sans chercher à faire de l’architecture 'en plus'». C’est en ces termes que Francis Soler décrit l’opération livrée «dans le budget et dans les temps» le 29  novembre 2010 sur la parcelle délimitée par les rues Neuve Tolbiac, Olivier Messiaen et Primo Levi dans le 13ème arrondissement de Paris.

Effectivement, dans ce quartier encore très minéral de Paris Rive Gauche, rien ne distingue, pour l’oeil profane, les façades aux tons gris signées Francis Soler des immeubles vitrés alentours. Rien si ce n’est le détail des menuiseries, l’alternance d’opacité et transparence des vitrages, la qualité des finitions, etc. Bref, tout ce qui fait qu’un architecte est passé par là.

Des contraintes, Francis Soler, qui fait visiter l’opération ce lundi 10 janvier, en a eu à foison. De natures politiques et urbaines, d’abord. Jouxtant le bâtiment industriel 'les Frigos', la parcelle en question fut longtemps l’objet d’un bras de fer entre la SEMAPA, aménageur du projet et les occupants du monolithe qui ne voulaient pas d’ouvrage à proximité de leur site. Le projet fut d’ailleurs attribué dans un premier temps à Patrick Berger avant d’être confié, en 2007, à Francis Soler.

L’ensemble est donc «fractionné» en trois bâtiments. Le plus important est destiné à un programme de bureaux, un deuxième sera investi par des PME/PMI, le troisième abritera des ateliers d’artistes. Ces différents volumes sont disposés autour d’un patio dégageant la vue sur les Frigos, selon les principes de l’îlot ouvert définis par Christian de Portzamparc pour la ZAC Masséna.

Autre contrainte, environnementale. A l’origine, le projet répond à la RT 2005 mais, en cours de route, «nous avons dû améliorer ces performances de 20%». Francis Soler tenait à atteindre l’objectif «sans rien changer au projet». Vitré il était, vitré il sera. «Nous avons montré qu’il était possible de maintenir le cap de la lumière tout en respectant le Plan Climat», dit-il. La gestion solaire et thermique se fait en partie grâce à des stores extérieurs, des brise-soleils et à l’alternance de verres transparents et dépolis.

02(@DR)_B.jpgPrécisément, les façades des bâtiments sont formées par l’assemblage de modules identiques, composés de panneaux de 5.84X3.46 mètres, dont le remplissage vitré alterne «une partie basse dépolie, une partie intermédiaire claire et une partie haute, dépolie également».

Fixées au droit des strates transparentes, des passerelles de maintenance de 80 centimètres d’épaisseur, ponctuées par les accès pompiers, cernent le bâtiment à tous les étages et renforcent ainsi le rythme régulier conféré par la répétition des modules vitrés. Selon l’angle de vue, ces avancées masquent les parties transparentes des vitrages. «Vitrée à presque 100%», l’opération rue Olivier Messiaen est ainsi dotée d’une 'intimité urbaine'. En clair, les activités intérieures seront protégées des regards.

«Avec la répétition, on obtient une architecture simple et pérenne qui ne ressemble pas aux bâtiments de bureaux traditionnels», estime l’architecte. Le systématisme ne vaut pas pour tous les volumes de l’opération ; celui qui donne sur la rue Primo Levi est creusé de 'décrochés' successifs. «Une pure traduction du PLU», explique l’architecte. Contraintes au goût de cerise ?

Bref, lumière, protection thermique «mais aussi contraintes en matière de maintenance et de sécurité incendie», la facture industrielle de l’opération Olivier Messiaen doit davantage à la traduction stricto sensu des contingences du projet qu’au voisinage avec les Frigos. A l’intérieur du bâtiment de bureaux, le hall vitré sur le patio offre effectivement une perspective sur le monolithe. Mise en relation anecdotique ?

03(@NBorel)_B.jpg«Chaque ligne de la façade possède sa raison d’être», poursuit Francis Soler. Ainsi, en ce qui concerne le bâtiment de bureaux, aux surfaces verticales «de régler le problème d’inertie». D’où le dispositif de passerelles décalées par rapport aux planchers intérieurs, les «mettant ainsi à l’abri du soleil».

Direction le 8ème étage, composé d’un plateau libre ; pas de poteaux à l’horizon. Contre toute attente, les strates opaques ne gênent pas la vue. Debout ou assis, les futurs usagers pourront admirer ici la BNF, là la Seine ou Bercy. Surtout, la lumière diffusée par les verres dépolis varie selon l’orientation. Rue Olivier Messiaen, les rayons jaunissent les baies vitrés ; côté Primo Levi, la luminosité est ouatée.

«Ce sont justement les contraintes qui rendent les architectes indispensables car rien de mieux qu’un architecte pour en faire la synthèse»... et instiller dans un projet quelque chose en plus : l’esprit.

Emmanuelle Borne

Fiche technique

Programme : Construction de bureaux, d’ateliers de production et création, de locaux PME et de commerces, Paris XIII, ZAC Masséna
Architecte : Francis Soler
Maître d’ouvrage : Vinci Immobilier d’Entreprise
Aménageur : SEMAPA
Livraison : novembre 2010
Surface : 13.600m²
Coût : 31M€

Réactions

Jung | webéditorialiste | Paris | 26-04-2011 à 20:28:00

Soyons direct, je suis du quartier des Frigos, un peu plus haut en continuant Tolbiac. C'est vrai qu'on est attaché aux Frigos! Mais, malgré l'intérêt que j'ai pour les architectes, j'ai vraiment du mal avec ces cubes de verre et d'acier, en plus jouxtant ce drôle de bâtiment des Frigos!!!
Bref, architecte de bureau fait moins bon ménage avec les résidents! Dommage ;-(

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