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Enquête | 'L'HMO' : un salarié comme les autres ? (19-01-2011)

Depuis juillet 2005, l’architecte diplômé d’Etat (ADE) doit notamment travailler au moins six mois en agence pour obtenir son Habilitation à exercer la Maîtrise d’Oeuvre en son Nom Propre (HMONP). Dans ce cadre, 'les HMO' sont salariés, dotés de contrats en bonne et due forme. Des salariés comme les autres ? Les avis divergent.

France

«L’HMO n’est pas un stagiaire mais un salarié», souligne Olivier Celnik, architecte, fondateur de ZStudio et chargé du groupe de pilotage HMONP à l’ENSA Val-de-Seine. Pour preuve les rémunérations, librement négociées entre le candidat à l’HMONP et son employeur, comme pour tout autre salarié. Difficile d’établir une moyenne. Parmi les étudiants contactés par le Courrier de l’Architecte, ces salaires, établis dans le cadre d’un CDD, d’un CDI ou d’un contrat de professionnalisation, oscillent entre 1.800 et 2.300 euros bruts/mois.

En théorie, il existe des aides à l’embauche de 'HMO'. «Nous finançons l’emploi de HMO sur six mois à hauteur de 500 euros, ce qui correspond aux frais d’inscription. Les transports ne sont pas pris en charge. L’HMONP n’est pas la formation la mieux financée de la branche architecture. Par exemple, les formations en développement durable sont beaucoup mieux financées», précise un conseiller de l’OPCA PL*.

Dérisoire, cette aide financière n’est accessible... qu’en formation continue. En formation initiale, cas le plus fréquent, «l’employeur ne peut prétendre à aucune prise en charge financière par l’OPCA PL» dans la mesure où l’étudiant est déjà inscrit en école et règle lui-même ses frais d’inscription**.

Bref, «pour les petites structures dans la précarité, la prise en charge d’un HMO coûte cher», estime Jean Magerand, architecte et enseignant à l’ENSA Paris-La Villette. Trop cher ? En fait, la question est indissociable des compétences.

«L’accueil d’HMONP a constitué pour notre agence une opportunité intéressante de rencontrer de jeunes professionnels exigeants et motivés par leur mise en situation professionnelle. Ils ramènent de leur formation dans les écoles de nombreuses questions et beaucoup d’enthousiasme, ce qui doit nous interpeller», souligne Jean-Philippe Erwan-Le Boeuf, architecte et cofondateur de l’agence Calq architecture.

Olivier Celnik fait écho à ces propos. «Le fait d’être engagé dans une HMONP les rend plus attentifs et l’enseignement intensif compense le manque d’expérience». Selon lui, «de plus en plus d’agences voient l’intérêt d’embaucher des HMO».

Nicolas Desmazières, architecte et cofondateur avec Anouk Legendre de l’agence X-TU, ainsi que Laurence Caillau, chargée de développement du Studio Bellecour, ne partagent qu’en partie cette analyse. «En termes de connaissances, il y a un progrès par rapport au DPLG : en sortant de l’école, les HMO ont une base technique et juridique que nous n’avions pas», dit-il. «Moi qui gère une agence, je trouve bien d’enseigner la gestion, l’accès à la commande... mais ça n’est pas suffisant», dit-elle. L’un et l’autre estiment que l’HMO reste un salarié pas tout à fait comme les autres.

«Le coût d’un HMO est trois fois plus élevé qu’un stagiaire à compétences égales», résume Laurence Caillau. Cette dernière évoque «un vrai dilemme». «Non seulement c’est compliqué en termes administratifs et de charges, mais en plus nous devons les former car ils n’ont pas suffisamment d’expérience», dit-elle. «S’ils ont fait des stages auparavant, ils deviennent plus intéressants mais c’est rare», renchérit Nicolas Desmazières.

Pour Jean-Philippe Erwan-Le Boeuf, peu importe le système d’accréditation. «Cela ne change rien pour nous, dit-il. Si nous choisissons de les employer et de les former, c’est pour les garder. Les trois HMONP que nous avons employés font aujourd’hui partie de nos collaborateurs. In fine, les compétences d’un salarié se jugent à sa capacité à travailler en équipe - en interne mais aussi avec nos partenaires et clients -, à comprendre et à faire. S’il est doté de telles qualités, le 'HMONP' est rémunéré comme tout autre salarié et suit les mêmes évolutions de salaire».

Autre dilemme, la durée de cette mise en situation professionnelle (MSP), fixée à six mois minimum. «Les six mois de MSP facilitent l’embauche, notamment pour les petites structures qui n’ont pas de visibilité à long terme sur leur activité», analyse Olivier Celnik. A l’inverse, Laurence Caillau et Nicolas Desmazières estiment que «six mois de MSP c’est trop court», à la fois au regard de l’acquisition de compétences que de mise en oeuvre des compétences, tout d’abord au sein de leurs agences.

L’architecte Jocelyne Behrend, fondatrice de Behrend architecture, précise : «je n’embauche pas de HMONP car j’estime que six mois ne suffisent pas pour aborder un projet dans sa globalité, du concours au chantier en passant par les études Pour cela, il faut compter au moins trois ans». Par ailleurs, malgré la garantie de confidentialité figurant dans la convention liant l’ADE, l’école et l’agence, «je ne peux pas confier les aspects contractuels d’un projet à un HMONP ; cela implique une relation de confiance basée sur le long terme», dit-elle.

Résultat : «les agences préfèrent employer des stagiaires», estime Jean Magerand. «Nous employons essentiellement des architectes dotés d’expérience et, de temps en temps, des stagiaires», confirme Laurence Caillau.

HMO ou stagiaire, il existe, outre les auto-entrepreneurs et autres 'juniors-entreprise', une alternative. Ainsi, Jocelyne Behrend propose aux ADE qui postulent chez elle «de rester trois ans à l’issue desquels ils pourront valider leurs acquis». Effectivement, l’option existe. Une fois son diplôme en poche, l’ADE peut, s’il le souhaite, exercer au sein d’une agence pendant trois ans (la durée varie selon les écoles) avant de s’inscrire en HMONP. Il pourra alors bénéficier de la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE).

«Nous conseillons à nos étudiants d’attendre avant de s’inscrire en HMONP, quand ils sont plus mûrs», souligne à cet égard Olivier Celnik. D’ailleurs, «sur l’ensemble de la promotion 2010 de Val-de-Seine (135 étudiants), seul un tiers a filé en HMONP dès l’ADE, les autres ayant déjà entre six mois et deux ans d’expérience».

«Certains disent qu’à terme la HMONP ne se fera qu’en VAE mais, à Val-de-Seine, nous pensons que c’est l’alternance qui marche, soit environ deux ans de responsabilités en agence», conclut-il.

Combien de Jocelyne Behrend prêtes à embaucher sur le moyen / long terme ? «C’est un gros engagement», observent Laurence Caillau et Nicolas Desmazières. D’autant plus que, selon Jean-Philippe Erwan-Le Boeuf, «la procédure de VAE apparaît difficile à mettre en oeuvre. Nous avons conseillé à notre ancienne stagiaire qui n’a pas été habilitée de s’inscrire en VAE. Cette alternative semble finalement bien plus laborieuse qu’une HMONP : elle en a pour 18 mois alors qu’elle dispose aujourd’hui d’une expérience concrète et d’un recul sur ses pratiques».

Emmanuelle Borne

Consultez l'enquête complère publiée dans notre édition Etudiants.

* L’OPCA PL collecte et gère les contributions versées par les entreprises libérales au titre de la formation professionnelle. Il finance la formation des salariés et accompagne les entreprises et leurs salariés dans le développement de leurs compétences.

** A ce sujet, voir le document disponible sur le site de l’Ordre des Architectes (document mis à jour le 10 novembre 2010).

Réactions

clem | ADE | PARIS | 02-10-2011 à 11:56:00

Quelle hypocrisie dans cet article! 1800 à 2300 euros? Plutôt 800 euros à paris. Nous sommes plutôt de la main d'oeuvre pas chère pour les agences,utiles pour les charettes de concours...ouvrez les yeux!

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