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Visite | D'image en imaginaire : l'Ecomusée du pays de Rennes (35) (24-10-2010)

"Redonner sens au bâtiment" était l'une des exigences de Rennes Métropole et de l'équipe de l'Ecomusée du pays de Rennes pour le projet d'extension de l'équipement. Guinée*Potin (Anne-Flore Guinée et Hervé Potin), en proposant une relecture de quelques symboles, réalise un édifice étonnant réactivant techniques et imaginaires traditionnels.

Culture | Bâtiments Publics | Rennes | Guinée*Potin

La rocade sud passée, l'écomusée du pays de Rennes émerge de jardins familiaux alentours. Virage à droite rue du Hill, puis de nouveau à droite vers le parking. A travers les arbres bourgeonnant, l'étonnante volumétrie du bâtiment interpelle le visiteur. Les formes paraissent réinterpréter l'imaginaire de la ferme sans pour autant céder à la parodie.

Et pour cause, "la lisibilité du bâtiment et son accessibilité étaient en jeu", souligne Hervé Potin, architecte co-fondateur avec Anne-Flore Guinée de l'agence Guinée*Potin. "Il fallait dès l'arrivée sentir l'identité muséale et, pour ce faire, nous nous sommes concentrés sur l'image. Nous devions donner sens au programme. Dès lors, nous avons commencé la scénographie dès le parking", poursuit-il.

L'effort était nécessaire alors que d'aucuns ironisent sur la situation passée. "On arrivait par le côté et par les sanitaires", résume l'architecte. Signaler le musée et offrir un accueil digne de ce nom aux visiteurs étaient la base programmatique du projet.

Question d'image, le visiteur est surpris par une imposante photographie. Les yeux levés, il découvre une large baie vitrée reprenant par le biais d'un film micro perforé le motif abstrait d'une peau de cochon. "Lors de notre première visite, nous avons été impressionnés par la taille et la peau des cochons de Bayeux", s'amuse Anne-Flore Guinée. Un clin d'oeil d'autant plus savoureux que le duo a créé pour les grands magasins Seibu store à Tokyo l'étrange peluche porcine Pinky Piggy. En somme, des histoires cochonnes pleinement assumées.

De la peau de l'animal, l'occasion se présente aux architectes de rebondir sur l'habillage de l'édifice, "une recherche textile" selon Anne-Flore Guinée. Au premier regard, il est indéniable qu'une attention toute particulière a été donnée aux différents revêtements de l'équipement. "Nous avons mené un travail sur la nature de la peau et sur son motif. Le bois est un choix esthétique en regard de la ferme, plus minérale", précise-t-elle évoquant même - à la surprise de son interlocuteur - quelques robes Paco Rabanne. L'allusion prend effectivement son sens au regard de la façade sud recouverte d'un bardage en châtaignier réactualisant "une technique que l'on retrouve vers Cancale et Fougères sur les moulins" explique Hervé Potin. "Nous nous sommes documentés sur les façades ciselées, nous avons mené notre recherche et fait notre inventaire", poursuit son acolyte.

"Dès le concours, nous avions une image explicite", précise-t-elle évoquant les doutes de la maîtrise d'ouvrage par rapport à l'entretien du matériau. In fine, tous deux obtiennent gain de cause et parent le bâtiment d'un revêtement autant graphique qu'esthétique à la forte inertie thermique. La façade nord est quant à elle recouverte de douglas, les façades est et ouest de châtaigniers et l'étage administratif de pin maritime rétifié.

Les divers matériaux ligneux utilisés tant dans l'enveloppe générale de l'édifice que dans le système constructif font l'identité du lieu et les architectes de filer la métaphore. "L'entrée se signale par un volume qui traverse le bâtiment", explique Hervé Potin évoquant alors l'image d'une buche. A l'intérieur, le bloc reposant sur plusieurs troncs de chêne massif contient l'administration.

02(@Chalmeau)_S.jpgL'audacieux parti est à l'origine d'une organisation ingénieuse de l'édifice qui n'est pas sans être responsable du succès du projet lors du concours. En effet, le duo d'architectes prônait alors un bâtiment compact, peu consommateur d'espace quand un autre candidat, Serero, déployaient le programme sur l'ensemble du terrain. Pour Hervé Potin "une donnée était alors difficile : l'emplacement des bureaux".

Anne-Flore Guinée se souvient en effet d'un long travail de conception à partir de maquettes. Différentes configurations ont été ainsi envisagées avant d'opter pour la superposition du bloc administration au reste de l'édifice. "Nous avions la volonté de prolonger l'existant par l'accueil et la salle d'exposition. De fait, il restait à positionner les bureaux. D'abord, nous pensions les mettre au dessus de la salle d'exposition puis finalement nous les avons placés au dessus du bloc sanitaire", explique Anne-Flore Guinée. Dès lors, l'organisation fonctionnelle du projet articule l'espace d'exposition aux bureaux. L'équipe de l'écomusée se satisfait aujourd'hui de pouvoir observer depuis les passerelles surplombant l'espace d'accueil le visage des visiteurs.

L'articulation pertinente des espaces était ainsi un préalable nécessaire à la restructuration de l'existant et, à cette fin, Hervé Potin et Anne-Flore Guinée se sont efforcés d'intégrer l'ancien bâtiment d'accueil au projet.

"Vingt-trois ans après l'ouverture, nous réalisons une extension pour réactualiser l'équipement et répondre à de nouveaux besoins", explique Jean-Luc Maillard, conservateur en chef de l'écomusée. Le nouvel espace d'exposition, autrefois aménagé dans une ancienne étable aux dimensions modestes, est désormais plus haut (4,20 mètres) et plus vaste (350m²). Equipée d'un gril technique, la salle à dominante noire offre la possibilité d'accueillir des événements d'envergure faisant appel aux ressources innovantes de la muséographie contemporaine. Elle s'oriente au nord vers le bosquet des cerisiers depuis lequel elle offre une façade en accordéon. Les ouvertures sont positionnées à hauteur variée, animant plus encore l'édifice de ce côté.

03(@Chalmeau)_S.jpgAinsi, l'équipement étend ses ambitions et son conservateur pense d'ores et déjà, à l'aune de ses nouveaux espaces, à des expositions d'intérêt régional, voire "grand-ouest". "Nous avons investi pour quelques décennies dans un outil de diffusion patrimonial et par la même occasion nous dotons l'équipe de moyens de travail supplémentaires", résume Jean-Luc Maillard ajoutant qu'il apprécie particulièrement le contact avec le public rendu possible par l'architecture de Guinée*Potin.

"Redonner sens au bâtiment" était donc le leitmotiv du projet. Anne-Flore Guinée et Hervé Potin livrent ainsi une architecture de l'évidence. Quelquefois allusifs dans leur réponse, le duo laisse intelligemment l'imagination de l'interlocuteur libre. L'Ecomusée du Pays de Rennes est une réalisation doucement évocatrice où chacun peut tout compte fait donner sens au bâtiment.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Nom de la réalisation : Extension de l'Ecomusée du Pays de Rennes.

Programme : Construction d'une salle d'exposition temporaire. Restructuration de locaux existants à destination de la partie administrative. Création d'un espace d'accueil du public à l'entrée du site de l'Ecomusée.
Adresse : Route du Hill - 35200 Rennes
Maître d'oeuvre : Guinée*Potin Architectes (Hervé Potin et Anne-Flore Guinée) / Solen Nico, architecte, chef de projet, agence Guinée*Potin
Isateg Atlantique, bureau d'études, Nantes - OPC et DET lots techniques : Isabelle Lainel
Responsable travaux : Isateg Atlantique
Maîtrise d'ouvrage : Rennes Métropole / Ecomusée du Pays de Rennes

Surface de la parcelle réservée à la construction neuve : 2.668m² hors parking
Surface dans oeuvre : 990m² (construction neuve + bâtiment existant)
Surface utile de 824m² dont :
350m² salle d'exposition temporaire
>> un hall de 70m² ;
>> une salle de médiation de 60m² ;
>> des bureaux et des locaux annexes de 304m² ;
>> une surface complémentaire pour le stockage et la préparation des expositions de 40m².
Surface de toitures végétalisées : 470m²

Calendrier
>> concours : mars 2007 ;
>> début des travaux : octobre 2008 ;
>> livraison : 30 novembre 2009.

Coût
Enveloppe travaux : 1.980.000€ HT, valeur fin de chantier
Enveloppe globale de l'opération : 2.800.000€ TTC, valeur fin de chantier
Dont subvention Etat-DRAC : 608.000€, subvention Conseil Général : 47.200€ et subvention Conseil Régional : 850.000€

Consommation énergétique estimée
Cep projet < cep référence - 24% (équivalent label THPE : Très Haute Performance Energétique)

Cet article est paru en première publication dans CyberArchi le 8 avril 2010.

Réactions

mdaini | architecte | kasserine | 20-10-2012 à 12:58:00

ohhh

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