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Enquête | HMONP : De la MSP à la VAE ? (21-12-2010)

Focalisant une partie des débats entre 2003 et 2006, la durée de Mise en Situation Professionnelle (MSP) dans le cadre d’une HMNOP initiale est fixée à six mois minimum. Une période suffisante à la fois pour acquérir les compétences attendues et les valoriser au sein d’une agence, la sienne ou une autre ? Les avis divergent.

Vie étudiante | France

«Cela fait deux ans que je travaille et ce n’est que maintenant que j’entrevois les différents aspects du métier». Ayant obtenu sa HMONP à l’ENSA Belleville en septembre 2009, Julien* prend pour exemple le modèle anglo-saxon qui prépare à la licence d’exercice en deux ou trois ans. «Bosser réellement pendant deux ans et passer ensuite devant une commission de validation semble plus pertinent», dit-il.

La comparaison vaut également pour Jocelyne Behrend, fondatrice de Behrend architecture. «Trois ans, c’est le temps minimum nécessaire pour aborder un projet dans sa globalité, du concours au chantier en passant par les études», dit-elle. Résultat : «je n’embauche pas de HMONP car j’estime que six mois de mise en situation professionnelle c’est trop court».

«Il est arrivé qu’un architecte dise à un ADE (Architecte Diplômé d’Etat) que pour remplir l’ensemble des objectifs inscrits sur sa fiche de suivi pédagogique, il lui faudrait au moins cinq ans !», rapporte Julien. Certes, chaque ENSA a défini sa procédure et, s’il est permis de penser que la plupart tentent de prévenir ce genre de situations ubuesques, il demeure que quelques points de la grille d’évaluation posent problème dans le cadre d’une MSP de six mois.

Ainsi, malgré la garantie de confidentialité figurant dans la convention liant l’ADE, l’école et l’agence, «je ne peux pas confier les aspects contractuels d’un projet à un HMONP ; cela implique une relation de confiance basée sur le long terme», souligne Jocelyne Behrend.

Aux avis divergents, préoccupations différentes. «Les six mois de MSP facilitent l’embauche, notamment pour les petites structures qui n’ont pas de visibilité à long terme sur leur activité», estime Olivier Celnik, architecte, fondateur de ZStudio et chargé du groupe de pilotage HMONP à l’ENSA Val-de-Seine, selon lequel «les HMO ne sont en aucun cas des stagiaires mais de vrais salariés».

Pourtant, tant Laurence Caillau, chargée de développement du Studio Bellecour, que Nicolas Desmazières, cofondateur d’X-TU, estiment que «six mois de MSP c’est plutôt court», à la fois au regard de l’acquisition de compétences que de mise en oeuvre des compétences, tout d’abord au sein de leurs agences. Résultat : «même si nous le faisons de temps en temps, nous hésitons à embaucher des HMONP».

A l’instar de Jocelyne Behrend, Laurence Caillau souligne que les diplômés d’aujourd’hui ne font plus assez de stages durant leurs études. «Nous devons donc les former», dit-elle. L’alternative est donc d’embaucher «des gens immédiatement productifs» ou «des salariés qui s’inscrivent dans un temps plus long». Ou alors des stagiaires.

Jocelyne Behrend préfère proposer aux ADE qui postulent chez elle «de rester trois ans à l’issue desquels ils pourront valider leurs acquis». Effectivement, l’option existe.

En clair, une fois son diplôme en poche, l’ADE peut, s’il le souhaite, exercer au sein d’une agence pendant deux ou trois ans (une fois n’est pas coutume, à chaque ENSA sa sauce) avant de s’inscrire en HMONP. Il pourra alors bénéficier de la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE).

«Nous conseillons à nos étudiants d’attendre avant de s’inscrire en HMONP, quand ils sont plus mûrs», souligne à cet égard Olivier Celnik. D’ailleurs, «sur l’ensemble de la promotion 2010 de Val-de-Seine (135 étudiants), seul un tiers a filé en HMONP dès l’ADE, les autres ayant déjà entre six mois et deux ans d’expérience», dit-il.

Alors, HMONP via MSP ou VAE et VAE en deux ou trois ans ? Ayant l’embarras du choix, c’est in fine l’étudiant qui tranche. Une décision qui ne se prend pas forcément sur les critères attendus.

«Les ADE ont tendance à passer la HMONP dès leur diplôme en poche pour en finir avec les études même si, dans l’idéal, il faudrait attendre puisque la formation valide surtout une expérience». Effectuant sa HMONP au sein de l’agence X-TU, Pierre-Arthur corrobore le propos de Julien : «les étudiants préfèrent passer leur HMONP dans la foulée pour se débarrasser des études même s’ils n’ont pas envie de monter leur agence». Bref, s’il est clair pour ces étudiants que l’HMONP représente le début d’un parcours professionnel, la formation est néanmoins vécue comme la finalisation d’un parcours universitaire. Autant pour le Nom Propre dans HMONP.

Olivier Celnik avance une autre explication : «dans la mesure où le titre est dissocié de la maîtrise d’oeuvre, il est difficile pour les ADE de s’autoproclamer architectes : c’est en partie pour cela que nombreux sont ceux qui valident rapidement l’HMONP». A la recherche du Nom Propre dans HMONP.

«Certains disent qu’à terme la HMONP ne se fera qu’en VAE mais, à Val-de-Seine, nous pensons que c’est l’alternance qui marche, soit environ deux ans de responsabilités en agence», dit-il.

Combien de Jocelyne Behrend prêtes à s’engager sur le ce moyen / long terme ? «C’est un gros engagement», observent Laurence Caillau et Nicolas Desmazières.

Emmanuelle Borne

* Le prénom a été modifié.

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