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Entretien | «La profession a raté son mariage avec les écoles» (21-12-2010)

Jean-Philippe Erwan-Le Boeuf, architecte et cofondateur de l’agence Calq architecture, déplore «la rupture entre les écoles d’architecture et la profession» en ce qui concerne les architectes engagés dans une Habilitation à exercer la Maîtrise d’Oeuvre en son Nom Propre (HMONP). L’urgence est «de réunir les professionnels pour trouver les solutions adaptées à cette situation», dit-il. Entretien.

Vie étudiante | France | Jean-Philippe Erwan-Le Boeuf

Le Courrier de l’Architecte : Quelle est votre expérience des HMONP ?

Jean-Philippe Erwan-Le Boeuf : Calq architecture a jusqu’à présent employé trois architectes dans le cadre de la Mise en Situation Professionnelle (MSP) d’une HMONP. Nous avons embauché les deux premières il y a trois ans, au moment de la réforme ; elles étaient déjà salariées de Calq. La troisième nous a rejoint l’année dernière dans le cadre même de sa HMONP.

Les deux premières étaient du même niveau technique et très impliquées dans leurs projets. Alors qu’à mon sens elles méritaient toutes deux leur habilitation, l’une l’a obtenue, l’autre non. C’est le jury qui a tranché. Aucune grille d’évaluation ne nous a été communiquée en début de stage, aucune motivation de la décision ne nous a été transmise à la fin non plus. Bref, en tant qu’employeur et pair, notre avis n’est pas pris en compte*, ce que je déplore.

Il faut savoir qu’à aucun moment nous n’avons été en contact avec les écoles, en l’occurrence l’ENSA Val-de-Seine et l’ENSA la-Villette. Visiblement, les tuteurs des HMONP ne font l’objet d’aucun suivi de la part des écoles.

Cette situation est dommageable pour le stagiaire. L’accompagnement que les tuteurs pourraient mener en situation professionnelle est de fait impossible. L’une d’entre elle devait faire une étude de cas mais en fait de cas, il s’agissait d’une simple étude de documents.

Il n’a été porté à notre connaissance et à celle de nos stagiaires aucune méthode, aucun manuel ou grille d’évaluation alors qu’il existe des outils, notamment ceux établis par l’Ordre des Architectes. D’une certaine façon, sans directive précise, nous sommes plus exigeants avec les étudiants quant à l’évaluation de leur mémoire que leurs enseignants ! Il est de plus absurde de ne pas avoir d’exigence de suivi et d’en émettre uniquement au moment du jugement.

En revanche, l’accueil des stagiaires HMONP a constitué pour notre agence une opportunité intéressante de rencontrer de jeunes professionnels exigeants et motivés par leur mise en situation professionnelle. Ils ramènent de leur formation dans les écoles de nombreuses questions et beaucoup d’enthousiasme, ce qui doit nous interpeller.

Qu’en est-il de leurs compétences ?

Les trois HMONP que nous avons employées font aujourd’hui partie de nos collaborateurs. Le système d’accréditation ne change rien pour nous. In fine, les compétences d’un salarié se jugent à sa capacité à travailler en équipe - en interne mais aussi avec nos partenaires et clients -, à comprendre et à faire.

S’il est doté de telles qualités, le 'HMONP' est rémunéré comme tout autre salarié et suit les mêmes évolutions de salaire.

Si nous choisissons de les employer et de les former, c’est pour les garder. Ainsi, l’une d’entre elle supervise aujourd’hui, au sein d’une équipe de direction de travaux, le chantier d’un projet qu’elle a dessiné en phase concours.

Estimez-vous que six mois de Mise en Situation Professionnelle est suffisant et que pensez-vous de l’alternative VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) pour ceux qui choisissent de différer leur HMONP ?

Six mois c’est beaucoup trop court. Les HMNOP n’ont pratiquement aucune expérience professionnelle à la fin de leurs études. Certes, leur formation théorique est de bonne qualité mais ils ne sont pas en mesure d’exercer à leur compte dès leur diplôme en poche après un stage de six mois et quelques enseignements complémentaires, même si cela constitue une avancée évidente par rapport aux cursus que nous avons connus. Bref, le NP (nom propre) de HMONP serait à différer pour que cela ait véritablement un sens, même si objectivement nombre d’entre nous, avec un DPLG en poche, n’en savaient pas plus.

A contrario, la situation différée des VAE n’est pas non plus enviable. Car, si la HMONP peut sembler encore accessible aujourd’hui, la procédure de VAE semble plus difficile à mettre en oeuvre. Nous avons conseillé à notre ancienne stagiaire qui n’a pas été habilitée de s’inscrire en VAE. Cette alternative semble finalement bien plus laborieuse qu’une HMONP : elle en a pour 18 mois alors qu’elle dispose aujourd’hui d’une expérience concrète et d’un recul sur ses pratiques.

Le problème de la HMONP ou de la VAE post diplôme est que cela revient à créer des collaborateurs d’architectes non habilités, sans droit d’exercice, comme cela existait auparavant. Autrement dit, cela revient à créer une main d’oeuvre bon marché.

Le sujet est compliqué : entre la HMONP et la VAE, aucune solution ne me paraît satisfaisante.

Il n’est pas question de critiquer uniquement les écoles. Nous sommes face à l’ambiguïté d’une profession éparpillée et qui n’a pas pris le temps de réfléchir à ses pratiques, de les évaluer et de les réguler. Cet exercice est difficile eu égard aux multiples facettes de notre profession. En l’absence d’un dispositif de régulation par les pairs, il est normal que les procédures d’habilitation aient été naturellement transférées à la formation initiale faite par les écoles d’architecture.

Outre remédier à la rupture entre les écoles et la profession, le véritable enjeu est de réunir les professionnels pour trouver la solution la mieux adaptée à cette situation.

Propos recueillis par Emmanuelle Borne

* Selon l’article 17 de l’arrêté du 10 avril 2007 relatif à l'habilitation de l'architecte diplômé d'Etat à l'exercice de la maîtrise d'oeuvre en son nom propre (www.legifrance.gouv.fr), «la personne responsable du suivi de l'architecte diplômé d'Etat pendant sa situation professionnelle est invitée par l'école. Le directeur d'études responsable du suivi de l'architecte tout au long de sa formation assiste à la soutenance. L'un et l'autre participent en tant que de besoin aux débats pour éclairer le jury sans voix délibérative».

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