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Diplôme | Ville-tour à Tainjin ou la ville verticale face aux enjeux du XXIème siècle (10-11-2010)

"Cette tour n'est pas une masse monolithique, mais la transposition du modèle urbain à un schéma vertical; c'est-à-dire que les places, rues et îlots de bâti sont transposés en hauteur", explique le jeune architecte Arnaud Dupont. Si en France la ville verticale à mauvaise presse, il est intéressant de noter que les architectes, dans une Chine plus ou moins perçue comme un lieu ouvert à l'imagination, continuent d'y réfléchir.

Sélection de la Rédaction | ENSA La Villette | Tours et gratte-ciel | Chine | Arnaud Dupont

Au regard des tours construites ou celles à venir, nous nous apercevons que les axes de recherche s’orientent différemment et se diversifient. Les gratte-ciel à New York et à Chicago au XXe siècle sont créés pour marquer la puissance d’un homme ou d’une firme, et non pas pour signaler un événement ou un lieu urbain. Même si les éléments les plus singuliers constituent certainement des repères dans la ville, la prolifération des gratte-ciel ne rend pas la ville plus lisible.

Pourtant, en ce début de XXIème siècle, bien que des idées nouvelles apparaissent, l’immeuble haut n’est encore pas toujours employé de manière pertinente, ni bien traité dans ses rapports avec la ville.

Dans le cadre de mon projet ces constats me conduisent aujourd’hui à réfléchir sur l’intérêt de concevoir une tour qui optimiserait au mieux l’espace urbain verticalement, mais aussi s’intégrerait dans son environnement. Je me propose alors de regrouper verticalement des fonctions urbaines qui représentent les activités humaines: l’habitat, le travail, les loisirs et les circulations, les objectifs de ce projet étant multiples:

- Retrouver la structure de la ville en la transposant sur un modèle vertical, qui se compose de différents organes et fonctions, avec le souci de dégager les éléments qui la font vivre et évoluer dans le temps: les circulations (rues, places, trottoirs), l’habitat, le travail, les commerces et les loisirs pour la cohésion sociale et le respect des rythmes de vie de l’individu.
- Recréer des lieux de vie verticaux adaptés aux besoins des habitants.
- Pour cadrer avec la notion de développement durable, garantir une faible densité au sol et les interactions possibles entre la tour et le maillage urbain existant.

02(@DupontAngelini)_B.jpg Le parti pris architectural consiste à intégrer une tour multifonctionnelle dans son environnement urbain en créant la continuité verticale du bâti et en recréant un véritable espace de vie par l’intermédiaire de parcours piétons végétaux aménagés (identiques à ceux dont nous pouvons bénéficier dans nos villes). Elle n'est pas un symbole en soi, puisqu’elle n'appartient à aucune forme clairement identifiable. Cet amas de volumes trouve son sens par sa justification fonctionnelle; c'est à dire qu'elle est une partie de la ville, en tout cas le prolongement d'un quartier. L'intérêt de la tour est de pouvoir l'utiliser sans y être résidant, puisqu'elle est modelée autour de l'espace public, elle est une dualité entre espaces publics/privés, intérieurs/extérieurs, minéral/végétal, appartenance/collectivité.

03(@DupontAngelini)_B.jpg a) Le site : Tianjin

Tianjin l'Industrielle, obtint en 1967 le statut de municipalité provinciale administrée par le gouvernement central. En parallèle de ses pôles industriels traditionnels (l'automobile, la métallurgie et la pétrochimie), la ville a développé des secteurs nouveaux comme l'électronique et la téléphonie mobile, et elle est ainsi clairement une zone de consommation d'intrants de production industrielle et d'équipements pour les entreprises, notamment à capitaux étrangers.

La proximité des villes de Pékin/Tianjin, pourtant municipalités autonomes, m’a intéressé. En effet, Pékin comptant douze millions d’habitants et Tianjin, son avant-port industriel, en comptant six millions, ne sont distantes que de 150 km et constituent le principal pôle de développement économique de la Chine du Nord. Elles verront ce statut conforté par l'effet Jeux Olympiques de 2008.

L’éventuelle stratégie de développement urbain de Pékin qui conduirait à terme à un rapprochement ou à une annexion des villes limitrophes, m’a conduit alors à implanter mon projet de tour à Tianjin, dans le but de limiter l’expansion d’une zone interstitielle urbanisée.

04(@DupontAngelini).jpg Le site est localisé aux abords du fleuve Haihe. Le bâti existant est constitué de logements pour la plupart construits durant les années 1970. Sur décision de la municipalité, une promenade plantée a été aménagée le long du fleuve, dégageant ainsi une piste cyclable/piétonne, protégée de la circulation de la voie rapide. L’insertion de la tour dans le site nécessite de prendre en compte le facteur de la densité urbaine, comme étant une clé de voûte à une limitation du grossissement urbain. Pour ce faire, l’enjeu est d’implanter la tour dans cet environnement, en conservant au maximum les structures existantes et en accroissant cette densité par la construction d’extensions ou de bâtiments neufs.

L’idée ici est d’occuper le dessus de la voie rapide (composée de quatre voies), en sachant qu’il est le seul volume inutilisé et éventuellement exploitable. De plus la tour qui s’appuie sur huit poteaux d’aciers, garantissant ainsi un minimum d'impact, laisse libre le sol pour d’autres aménagements (voir structure). Cette insertion permet en outre de ne pas trop intervenir sur le bâti existant et de maintenir une densité adaptée.

La tour comporte trois accès pour une entrée, le premier côté promenade plantée, l’autre via la passerelle, côté îlot et enfin au niveau de la voie rapide. Le choix d’une seule entrée est nécessaire pour mieux contrôler les entrées/sorties des occupants. Cette entrée mène ensuite, par un ascenseur ou des escalators, au palier principal un niveau au dessus; à partir duquel les ascenseurs rapides démarrent. Les parkings sur quatre niveaux, en sous sol, sont accessibles, dans chaque sens de circulation, par des bretelles de décélération.

05(@DupontAngelini).jpg b) Le système de structure

Je désirais obtenir des volumes biseautés d’apparence simple dont l’enveloppe capterait la lumière comme des cristaux. Ce principe de volumes fragmentés nécessite alors une certaine pureté dans l’expression de sa géométrie. Pour ce faire, il fallait, au maximum, dissimuler la structure pour privilégier l’effet de flottement de l’enveloppe et rationaliser la structure afin d’exprimer au mieux les failles, les espaces publics et les géométries nerveuses et élancées des blocs d’immeubles. La tour s’appuie sur huit poteaux d’aciers qui garantissent un minimum d'impact laissant libre le sol pour d’autres aménagements (espaces verts, places, services, ou densification du bâti en vue d’une limitation de l’expansion urbaine).

Quelques données:
Hauteur totale = 224 m
% de volume vide = 30%
Dimensions = 63 m X 48 m
Nombre d’étages habités = 54

06(@DupontAngelini)_S.jpg c) Le système de blocs et de failles

Ce système génère des percées quand les blocs sont disposés en vis-à-vis. Ces failles ont un triple objectif : d’une part, apporter de la lumière naturelle au coeur de la tour, ce qui n’est pas négligeable quand on connaît les épaisseurs de bâti; d’autre part de créer un système de circulation piéton qui se développe sur et entre les volumes (image de principe de circulation piétonne) et enfin sur le plan de la sécurité, de permettre de contenir un incendie dans un volume unique; la tour étant fragmentée et les volumes autonomes.

La tour n’est plus une masse monolithique mais un ensemble de volumes qui interagissent pour dégager des passages et des apports lumineux.

d) Le système de parcours piéton végétal et les places

Après les ascenseurs, qui sont les moyens de circulation légitimes à toute construction haute, le parcours piéton qui se développe à travers les failles peut être une alternative aux déplacements habituels que l‘on effectue en ville. En effet la proposition qui consiste à intégrer la tour dans son environnement urbain en créant la continuité verticale du bâti, suggère la possibilité d’un parcours aérien fluide et naturel en relation directe avec le sol. De plus ce parcours, mécanisé lors des montées par des escalators de dimensions variables, fait également office de sortie de secours puisqu’il est extérieur aux volumes habitables, ce qui permet de réduire l’emprise du noyau d’ascenseurs (en supprimant la colonne d’escaliers de secours) et d’offrir aux occupants en danger une évacuation plus efficace.

Les places sont au nombre de huit. Parfois simples haltes ou lieux d’animation et de convivialité, elles ponctuent le parcours piéton à l’intérieur de la tour et apportent une cohérence spatiale aux différentes fonctions. La place principale est au centre, sa vaste dimension et sa situation lui confèrent le statut de coeur de tour. Elle est bordée de commerces, plantée de grands arbres....véritable lieu de verdure où il fait bon vivre et se rencontrer.

Pour ce diplôme "ville-tour à Tainjin" Arnaud Dupont a reçu les félicitations du jury.

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 8 mars 2006

Réactions

Geekers | 09-12-2012 à 13:15:00

une autre ville tour: http://noodledrip.com/la-future-plus-haute-tour-du-monde-sera-construite-en-chine-en-210-jours-eten-prefabriquee/

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