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Concours | Du volume aux cercles olympiques (10-11-2010)

Trois étudiants travaillant de concert, Jean-Guy Danré, Gabrielle Mans et Nicolas Ducroux, ont gagné la finale du concours «Made of Steel» en janvier dernier. Leur ambition, s’appuyant sur une remarquable faculté d’invention, préfigure l’architecture contemporaine de demain.

ENSA Paris-Val de Seine | Design | Acier | France | M-D-M

Jean-Guy Danré, Gabrielle Mans et Nicolas Ducroux se projètent dans l’avenir, ce qui est la moindre des choses pour des architectes en devenir. Et d’avoir gagné, le 27 janvier dernier, la finale du concours Made of Steel «Emaillez vos émotions» (catégorie architecture intérieure), dont l’objectif était de montrer l’acier émaillé dans des utilisations innovantes en architecture, n’a fait que renforcer leur ambition (conviction) qu’ils seront (sont ?) architectes.

Ce concours en dit long sur leur faculté d’invention : avoir donné du volume aux cercles olympiques sans en dénaturer le sens, avoir rempli le vide des cercles en un plein fonctionnel tout en inscrivant cette fonction dans la symbolique olympique la plus pure, avoir enfin imaginé une structure légère et solide, aux usages multiples qu’elle soit ouverte ou fermée, ne sont en effet pas les moindres des réussites.

Retour sur une trajectoire imaginée dont ce concours n’est qu’une étape. Agés de 23 à 25 ans, tous trois en 5ème année à l’école d’architecture Paris Val de Seine (site de Charenton), Jean-Guy, Gabrielle et Nicolas forment depuis quatre ans un groupe soudé non pas tant par une vision partagée de l’architecture – architecture «minimaliste» pour Nicolas, «plus complexe» pour Jean-Guy, «sensible» pour Gabrielle – que par des valeurs «instinctivement» partagées de ce qu’ils imaginent être l’architecture, forcément contemporaine. Ils privilégient ainsi l’usage à l’objet sans, sous ce prétexte, s’interdire la conception de gros objets.

02(DanreMansDucroux)_B.jpg La preuve, c’est par une tour qu’ils sont arrivés à l’olympisme puisqu’ils travaillaient dans le cadre de l’école sur un projet de village olympique dans le secteur des Batignolles à Paris dans l’hypothèse d’une sélection de la capitale à l’édition des jeux 2012, projet qui «pourrait» contenir une tour. Le projet aurait été celui d’une tour de bureaux à Bagnolet, se seraient-ils intéressés aux JO ? Sans doute pas mais, le hasard faisant bien les choses, quand ils ont découvert 15 jours avant la clôture des dossiers le concours «Made of Steel», ils ont fait le lien.

La première «bonne surprise» fut la «découverte» du matériau. «Nous nous demandions où nous allions aller avec l’acier avant d’en découvrir les différentes textures, la diversité des formes», explique Jean-Guy. Cette passion pour le matériau – ils donnent le sentiment que le concours aurait été «Made of béton» ou «Made of bois» ou «Made of matériau composite», l’enthousiasme aurait été le même – est assurément un gage de désir sans faille du métier auquel on se destine.

03(DanreMansDucroux)_S.jpg Après s’être approprié le matériau, le reste est venu très vite (après quelques discussions tendues comme seuls les très bons amis peuvent se le permettre) et le projet fut bouclé en «trois jours pour la première phase», en «charrette» évidemment. Le concept en est d’une évidente simplicité. «Les jeux olympiques, ce sont des milliers de gens du monde entier, qui ne parlent pas la langue, qui ne savent pas grand-chose du pays où ils sont et qui ont donc besoin d’information», explique Gabrielle. Un lieu public donc.

Le symbole pourtant éculé des anneaux de couleurs s’est imposé et s’est bientôt inscrit, sous forme de cinq cônes colorés en guise de banque d’accueil (soit cinq bornes d’accueil(s) qui sont recouvertes par cinq cônes d’affichages dit sauvage), dans une enveloppe de 500m² pour un ouvrage utile jour et nuit et aux usages multiples.

Ces banques d’accueil(s) furent conçues différemment les unes des autres mais pour répondre aux mêmes usages (à noter d’ailleurs qu’ils intègrent un accès handicapé d’une remarquable pudeur puisque cet accès est naturel et n’a pas besoin d’être signalé) soit, quand ils sont ouverts, de bureau d’accueil, quand ils sont fermés, de support de communication permettant ainsi aux visiteurs de ‘créer’ leur propre objet, l’acier émaillé, résistant à l’usure et aisément nettoyé, se prêtant particulièrement bien à ce dernier usage. «Un faux-plafond cache la structure et lui donne un aspect convivial», expliquent-ils, les jeux de lumières étant par ailleurs destinés à susciter un sentiment de rassemblement. Un système de vérins hydrauliques leur permet de s’ouvrir et se fermer, l’ensemble des réseaux transitant par le poteau central.

04(DanreMansDucroux)_S.jpg L’enveloppe extérieure semble être en apesanteur puisqu’elle ne repose que sur cinq poteaux. Son design en panneaux d’acier propose d’ouvrir ou fermer entièrement le bâtiment ce qui, en position ouverte, évite le sentiment d’être dans un grand hall et offre de multiples points d’entrée et de vision selon les parcours. Un faux plafond là encore cache la structure pour renforcer l’impression de légèreté générale de l’ensemble.

Ce qui frappe dans le projet de ces étudiants c’est aussi la volonté manifeste de s’emparer des problèmes de construction, étudiés en profondeur avec Jean-Claude Raffard, un ingénieur de l’école. Le projet tel qu’il a été présenté est donc le résultat aussi des contraintes de construction qui en ont modifié l’aspect. «Nous sommes arrivés en 5ème année en ayant fait peu de construction, c’est lamentable», regrettent-ils. Cette vision ‘pratique’ de l’objet présenté au concours a certainement influé sur l’appréciation du jury.

05(DanreMansDucroux)_B.jpg De fait, ils sont maintenant tellement sûrs de leur travail que rendez-vous est pris, ou presque, avec le comité olympique français afin de proposer leurs cônes d’information. «Ces cônes sont adaptables partout», disent-ils, se préparant déjà à convaincre qui de droit. Et si ça ne marche pas ? Après tout ils ne sont ‘que’ étudiants leur fut-il déjà rétorqué. «Il y a des jeux olympiques tous les quatre ans», répondent-ils en riant.

Et les tours dans ça ? «Il y en aura peut-être en 2012 et des agences travailleront dessus, nous seront déjà dans le sujet». A peine un appel du pied tant ils ont confiance en eux-mêmes. «En tout état de cause, c’est nous qui dans trente ans développerons la nouvelle architecture contemporaine». D’ailleurs, «au cas où», quand ils auront chacun de leur côté expérimenté en propre les aléas du métier, leur agence s’appellera D.M.D. comme Danré-Mans-Ducroux, à moins que ce ne soit Ducroux-Mans-Danré.

Christophe Leray

Cet article a été publié en première publication dans CyberArchi le 10 mars 2004

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