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Diplôme | Rendre à Montparnasse ce qui appartient à Montparnasse (10-11-2010)

Dans le cadre de son TPFE et sous la direction de Philippe Gazeau, Benjamin Loiseau (Paris Val-de-Seine) réintroduit la hauteur au coeur de Paris, à l’endroit exact où elle s’est exprimée pour la dernière fois : Montparnasse. Partisan de l’hyper-densité, l’étudiant offre à la tour emblématique de ce quartier non pas un mais quatre échos.

Sélection de la Rédaction | ENSA Paris-Val de Seine | Tours et gratte-ciel | 75014 | Benjamin Loiseau

"... Les recherches que l’on est ainsi appelé à mener sur la disposition des éléments du cadre urbanistique, en liaison étroite avec les sensations qu’ils provoquent, ne vont pas sans passer par des hypothèses hardies...". Guy Debord, 1955

Réalisée à l'ENSAPV sous la direction de Phillippe Gazeau, mon projet expérimental se situe dans le cadre du débat actuel sur la grande hauteur dans Paris, le parti pris étant d'installer cette grande hauteur au coeur de Paris, dans le quartier Montparnasse, l’un des centres de la 'fracture moderniste' en France.

Est-il possible de dépasser les limites de densités considérées aujourd'hui comme critiques pour offrir une urbanité tirant partie de la congestion extrême ?

Tel est l’objet de mon projet, soutenant qu'il est aujourd'hui nécessaire d'entretenir "une atmosphère de gêne extrêmement favorable à l’introduction de quelques nouvelles notions de plaisir", ainsi que le formule superbement Guy Debord.


02(@BenjaminLoiseau)_B.jpgRéintroduire la hauteur au coeur de Paris

Un des écrivains les plus polémiques de notre époque - Michel Houellebecq - dénonce les travers de l’architecture moderne par ces propos : "La notion de genius loci ne peut guère être évoquée que par antiphrase, à propos des lieux modernes. Neutres et polyvalents, ils doivent s’adapter à l’infinité de messages auxquels ils servent de support. Ils ne peuvent s’autoriser à délivrer une signification particulière ; ils ne peuvent ainsi avoir ni beauté, ni poésie, ni plus généralement aucun caractère propre". ('Approches du Désarroi', article paru dans Objet Perdu. Parc, Paris, 1995). Michel Houellebecq compare ainsi l’architecture de la Défense, du point de vue des employés qui y travaillent, au "fouet anciennement utilisé pour les chevaux d’attelage". Puisque cette opinion semble partagée par nombre de nos concitoyens, il est effectivement essentiel de se demander si les modernes ont su bâtir la "maison de l’Etre".

L’insulte finale du premier dialogue de En attendant Godot - architecte ! - est donc toujours de mise. Elle illustre de manière frappante la détresse provoquée par la production d’après-guerre et sous-entend que les architectes modernes n’ont pas réussi, ou si peu, à créer une réelle urbanité. Mais si les tentatives parisiennes des années soixante-dix - les quartiers Italie, Beaugrenelle ou encore Flandres - ont été souvent mal accueillies, non sans raison, par les "profanes", faut-il pour autant que les architectes et urbanistes payent aujourd’hui encore les erreurs commises à l’époque ?

Puisque nous sommes aujourd’hui conscients des erreurs d’après-guerre, les architectes et les citoyens peuvent dorénavant procéder à une réactualisation radicale des théories modernistes. Reprenons la réflexion là où elle s’est arrêtée, dans les années soixante-dix, lorsque le gargantuesque mais néanmoins intéressant projet Maine-Montparnasse en avait signé l’arrêt de mort.

Mon projet a donc pour objectif de tirer un trait sur l’actuelle production urbaine dans Paris intra-muros, par exemple celle des nouveaux quartiers est du XIIIème arrondissement, qui ne font que prolonger la politique urbaine Haussmannienne amorcée il y a cent cinquante ans.

03(@BenjaminLoiseau)_S.jpgConsolider la tour Montparnasse

La très forte densité de quelques endroits stratégiques des grandes villes est une opportunité d’accroître les possibilités de rencontres, d’interactions, de créativité, favorisant les brassages sociaux, la mixité des individus et des activités et cela non au détriment mais, au contraire, au profit des quartiers anciens. Paris doit être repensé grâce à un projet emblématique et central capable de favoriser la régénération de la ville, de modifier la perception qu’en ont les citadins, d’inviter à la réflexion sur l’avenir.

Cet avenir, ainsi que l’explique le spécialiste de l’histoire moderne de Paris Louis Chevalier, réside dans la capacité de la cité "à ne pas tomber dans la nostalgie factice qui pousse les habitants à regretter la disparition de leur ancienne ville et les empêche de voir celle, toute neuve, qui est en train de naître". Ville de la "subversion politique et culturelle, de la révolution et de la révolte", Paris semble pourtant réfractaire à la moindre remise en question de son espace. En effet, le débat sur la grande et très grande hauteur dans la métropole est cantonné aux espaces les plus ingrats de la capitale, ou bien à son pré carré, la Défense.

04(@BenjaminLoiseau)_S.jpgLe problème du quartier de la tour Montparnasse ne réside pas dans son aspect mais dans son isolement. C’est un élément solitaire qui demande à être accompagné. Plutôt qu’une tour-totem isolée, je propose donc un ensemble bâti cohérent, conférant une unité à l’îlot, créant des failles, des brèches dans la ville et jouant ainsi sur différentes perspectives monumentales. C’est un monolithe sobre et rigoureux, un temple laïc, capable de transformer la vision que les Parisiens ont de leur ville et de son futur.

L’objectif de mon projet est de produire du sens, de créer de véritables lieux de vie propices à la rencontre ou à la détente, voir au recueillement, permettant de marquer des temps d’arrêt. Dans la mesure où les enjeux du devenir des villes, tant sur le plan social qu’environnemental, doivent nous amener à reconsidérer entièrement la façon de construire et d’aménager, la densité, loin de nuire à l’attractivité d’un lieu, fournit un terrain favorable à des possibilités d’interactions riches et originales, favorisant la mixité des individus et des activités. En ce sens, cet exercice peut être qualifié de contextuel. C’est une proposition pour l’avenir, élaborée dans un esprit de citoyenneté radical et engagé.

Composants du projet

  • > un socle simplifiant et ajourant les importants flux souterrains ;
  • > un passage couvert, connectant les quatre différents niveaux de la gare avec les cinq tours ;
  • > quatre tours mixtes de deux cent dix mètres de haut, complétant la tour Montparnasse ;
  • > des espaces publics au pied, au coeur et sommet des tours, agrémentés d’équipements et de commerces ;
  • > des logements et bureaux séparés verticalement dans le corps des gratte-ciels ;
  • > une typologie de logements expérimentaux prolongée par de larges espaces de convivialité.

Benjamin Loiseau

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 28 octobre 2009.

Réactions

will | architecte | 25-03-2011 à 00:58:00

a fond! arretons la provincialisation de Paris tant qu'il est temps, a'il n'est pas deja trop tard!

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