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Visite | Hermès Rive Gauche, Paris 6ème arrondissement : Hutte couture (08-12-2010)

Préserver la facture d’une ancienne piscine Art Déco tout en créant un projet fidèle à l’univers d’Hermès, c’est à ce double enjeu que s’est attachée l’agence RDAI, architecte historique des boutiques de la marque. Résultat : inaugurée le 19 novembre dernier, la nouvelle adresse parisienne abrite des maisons inattendues au sein de la Maison. Visite.

Réhabilitation | Commerces et hôtels | 75006 | RDAI

Construite en 1935 par l'architecte Lucien Béguet, fermée en 1960, ayant servi de show-room à l’enseigne Dorothée Bis pendant une dizaine d’année, la piscine du Lutetia était à l’abandon quand elle fut rachetée par un propriétaire privé en 2005 et classée aux Monuments Historiques.

«Hermès s’étant porté locataire, il a fallu reprendre les travaux, réaliser de nouvelles études et déposer un permis de construire modificatif afin de réaliser une restauration adaptée aux valeurs de la marque», explique Denis Montel, architecte, directeur artistique et gérant de RDAI (Rena Dumas architecture intérieure) et RDAI architecture*, lors d’une visite de découverte de la nouvelle boutique Hermès (1.470m² de surface de vente), installée au 17 rue de Sèvres dans le 6ème arrondissement de Paris.

L’enjeu est visible dès l’entrée. De facture Art Déco comme le bâtiment d’origine, «les grilles proviennent de la maison mère du 24 Faubourg Saint-Honoré».

A l’intérieur, le client longe l’espace réservé au fleuriste Baptiste Pitou. Les compositions foisonnantes ne retiennent pas longtemps l’attention ; au fond, des lattes en bois tressées attirent le regard. Les perspectives accentuées lors des travaux de restauration y sont sans doute pour quelque chose.

Sous l’atrium, trois yourtes hautes de 9 mètres abritent les nouvelles collections ‘mobilier’ de la marque.

02(@MichelDenance).jpg«Ces cabanes sont arrivées par nécessité», confie Denis Montel. Evoquant, par ses volumes, son atrium et sa verrière, l’univers des grands magasins, le 17 rue de Sèvres devait, une fois restauré, conter l’univers d’Hermès, «qui est composé d’espaces familiers, loin de la monumentalité des ‘department stores’».

Conçues en collaboration avec les ingénieurs Bollinger et Grohmann, les huttes aux formes souples représentent «la légèreté et le nomadisme».

Montée sur place, chaque structure autoportante est composée de 270 liteaux de frêne. «Il n’y a pas deux pièces de bois identiques», souligne l’architecte. Après un montage complet en atelier, le montage sur place n’a duré que 15 jours par cabane, «en revanche» les finitions de chacune d’elles ont nécessité plus d’un mois de travail.

Fruit de cet effort, les attaches des pièces de frêne sont presque imperceptibles à l’oeil nu. «L’un des ouvriers était penché sur sa table recouverte de milliers de têtes de vis qu’il choisissait en fonction de la teinte des rainures», se souvient Denis Montel.

«En fait, il y a quatre cabanes car les portes-à-faux de l’escalier sont construits sur le même principe et forment des huttes inclinées». Les volumes en bois vrillé bordant l’escalier d’honneur, créé de toutes pièces, ont l’aspect de toboggans inaccessibles. «L’effet d’aspiration est volontaire pour engager les gens à descendre du rez-de-chaussée au niveau bas du magasin», explique l’architecte.

03(@BrunoClergue)_B.jpgAu sol, l’ancien tracé de la piscine est visible, cerné par une bande praticable d’environ 1 mètre de largeur. De fait, «il était nécessaire de recouvrir le bassin pour commercialiser l’espace. Pour autant, la dalle est portée de façon à retrouver le bassin si nécessaire».

A l’origine, «les ABF avaient donné leur accord pour couvrir le bassin à condition de continuer à le percevoir». RDAI a préféré aller «dans le sens de l’évocation». C’est donc une mosaïque de plaques de verre vibrant au gré du mouvement qui rappelle les miroitements de l’ancienne surface.

L’univers d’Hermès se loge tout entier dans le détail, qu’il tienne à la qualité des finitions ou à une réhabilitation menée dans un souci «de discrétion».

Ni trappe ni grille à l’horizon : les éléments de désenfumage se cachent en partie derrière le mur du fond, «une gaine en tôle découpée au laser». Le visiteur n’y voit que du feu. Par ailleurs, les sources de lumières et prises électriques sont ici camouflées derrière un mobilier mobile, là intégrées à même le sol. Rien ne suggère «des travaux très lourds».

A travail d’orfèvre, chantier surpeuplé : «100 à 150 ouvriers étaient présents tous les jours pendant 11 mois pour mener de front montage des cabanes et restauration».

Parmi les éléments remis à neuf, les reflets mordorés des anciens chapiteaux contrastent avec l’ensemble. Dans l’univers presque feutré d’Hermès, la feuille d’or dénote. En revanche, les courbes des garde-corps s’accordent parfaitement avec les motifs des fameux carrés de soie.

04(@BrunoClergue)_B.jpgDerrière les balustrades, des murs immaculés remplacent les anciennes cabines. «Ces circulations ne débouchant pas sur des sorties de secours, il n’était pas possible de les rendre accessibles», explique l’architecte.

Au rez-de-chaussée, il fut autant question de reconfiguration que de réhabilitation. «Nous avons créé une cloison courbe à l’endroit de l’ancienne façade nord». Ici, un espace de lecture, là le café prolongent l’entrée.

Si RDAI conçoit 40 nouvelles adresses Hermès par an (y compris les réhabilitations), «nous ne construisons jamais des temples de la consommation», rappelle Denis Montel. «Pas même en Chine», où Hermès se développe depuis quelques années, là même où fut inventée la soie.

Emmanuelle Borne

Fiche technique

* RDAI (Rena Dumas architecture intérieure) fut fondée en 1972 par Rena Dumas, disparue en avril 2009, épouse de Jean-Louis Dumas, président d'Hermès jusqu'en 2006. A l’origine créée pour réaliser des projets d’architecture intérieure, RDAI a développé ses activités en architecture et design dans le cadre d’entités distinctes. Notamment, RDAI Architecture fut créée en juillet 2007.

Fiche technique

Adresse : 17, rue de Sèvres, Paris 6ème arrondissement

Maître d’ouvrage : Hermès Sellier

Maître d’oeuvre : RDAI (Denis Montel, Dominique Hébrard, Sybil Debu, Mathieu Alfandary)

Architecte d’exécution : agence JLA, José Albertini

Ingénieurs structure : Bollinger et Grohmann

Charpente des cabanes : Holzbau Amann Gmbh

Surface de vente : 1.470m² ; surface totale : 2.155m²

Calendrier travaux : janvier 2010-novembre 2010

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