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Portrait | Naud & Poux, voyez ce qu'ils ont vu (08-12-2010)

Lumière sur Naud & Poux, à prononcer «noépouxe», une agence parisienne qui compte parmi les plus discrètes. Personnalités contrastées, Elizabeth Naud et Luc Poux composent, à l'aune d'expériences sensibles, une architecture contextuelle comme autant de «paysages intérieurs». Ni phrase, ni emphase ; praticiens dans l'âme, Naud et Poux construisent.

France | Naud et Poux

«Il ne voulait pas aller rive gauche», dit la première.

«Elle invente !», répond le second.

Luc Poux et Elizabeth Naud s'amusent de leurs souvenirs et réécrivent parfois l'histoire pour se moquer l’un de l'autre.

Intra-muros, l'agence s’est déplacée de part et d'autre de la Seine avec une première adresse, rue des Tournelles, près de la place des Vosges et, surtout, en face d'un atelier Harley Davidson. «J'en ai une ! Aussi blanche que moi», souligne Elizabeth Naud... de noir vêtue.

Désormais, ils sont installés dans le XIIIe arrondissement, un quartier pas «gégé» mais pratique.

Noir & blanc, à l'écart des quinze autres collaborateurs, leur bureau. Pas une image aux murs.

Depuis le coin réunion, côté obscur, Luc Poux raconte. Côté lumineux, Elizabeth Naud travaille et parachève un concours... «Nous aurions pu arrêter il y a une semaine mais nous avons une exigence : trouver le bon équilibre», souligne l'associé. Clic gauche, clic droit, elle perfectionne un plan, l'oreille cependant attentive à la discussion en cours.

«Nous essayons d'avoir une vraie vie en dehors de l'agence», dit-elle. Il est 15h00, un samedi. «C'est un métier difficile», renchérit Luc Poux.

Naud & Poux : une esperluette professionnelle uniquement ; un couple à l'agence et «surtout pas» en ville. «Nous sommes amis, nous avons fait l'agence ensemble et c'est un vrai bonheur. Au-delà, c'est une richesse même. Nous nous reposons grâce à la confiance de l'autre et en l’autre», souligne Elizabeth Naud, rivée à son écran.

«Elle est plus lyrique que moi», souligne-t-il alors. L'écho ne tarde pas. «Il est effectivement moins lyrique que moi et c'est mieux ainsi». Elizabeth Naud et Luc Poux se complètent. La complicité est de mise. L'une est pétillante, l'autre sarcastique.

«Il y a dans ce recueil plus de projets que de long discours», écrivent les deux architectes dans leur book, qu'ils refuseront résolument de dédicacer. «Nous sommes iconoclastes. Soutine* rachetait ses toiles aux enchères pour les déchirer. Ah ! Si je pouvais déchirer mes dessins aussi...», clame Elizabeth Naud en précisant toutefois qu'elle finit par en jeter «tout le temps». Une forme de modestie.

Ni architecture discursive, ni architecture iconique donc. Pas même une signature. «Ni com', ni architecture de papier ! Nous ne cherchons pas une écriture systématique. Nous réinventons nos exigences à chaque projet», souligne Luc Poux.

«Nous apprenons le programme par coeur. Notre approche va ensuite de l'intérieur vers l'extérieur afin de faire un projet qui ressemble à un programme», poursuit-il. La critique du formalisme architectural est sous-jacente pour ces adeptes du «dépouillement».

«Nous sommes impliqués dans la technique et nous réfléchissons aux solutions pragmatiques», dit-il en citant l'exemple d'un système de traitement d'air «sans gaine aéraulique permettant de résoudre le problème de hauteur sous plafond posé par le projet Capital 8 comprenant la restructuration d'un ilot haussmannien».

En 2008, l'agence fêtait ses dix ans. «Avant 98 ? Je n'étais pas né !», s'amuse Luc Poux.

02(@DR)_S.jpgEt pourtant. Pour lui, il y eut, entre autres, un passage chez Renzo Piano et, pour elle, chez André Bruyère : «je n'ai jamais autant ri. C'était un artiste absolu», raconte-t-elle en évoquant le livre des sols de Saint Marc ou encore l'Oeuf : «j'ai prêté mon oeuf dédicacé à Francis R., s'il pouvait me le rendre...». Message transmis.

Il y eut aussi Georges Pencréac'h et, enfin, «le plateau de la rue Froment». «C'était les années 90. Le 'tout' Paris s'y retrouvait. Au numéro 17, toutes les agences en vue y étaient. Nous étions alors chez Dusapin-Leclercq», explique Luc Poux. La rencontre.

«Ce qui fait notre particularité est notre arrivée sur le marché par la maîtrise d'ouvrage privée. Il était assez mal vu dans les années 90 de travailler pour un investisseur privé. Les bureaux de la rue de Surène, l’un de nos tous premiers projets puisque livré en 1997, nous ont permis de démontrer que nous pouvions construire avec une grande qualité architecturale. Après la sortie de crise immobilière, les investisseurs ont dû faire un effort intellectuel et financier pour louer leurs bâtiments. Nous leur avons proposé une architecture soignée et détaillée. Ce n'est qu'après que nous avons eu accès à la maîtrise d'ouvrage publique. Aujourd'hui, nous avons les deux», précise-t-il.

L'agence s'est ensuite faite remarquée par deux projets, un EHPAD à Issy-les-Moulineaux (92) conçu en 2004 et livré en 2008 et une crèche dans le XVIIe arrondissement de Paris, livrée en 2005. L'un utilise une pierre de Vals, l'autre un schiste brut et tous deux évoquent l'architecture de Peter Zumthor. «Nous aimons beaucoup cet architecte. La chapelle Bruder Klaus est un moment d'architecture», reconnaissent-ils.

03(@DR)_B.jpgBien qu'ils ne soient ni l'un ni l'autre «groupie», ils assument par ailleurs leur goût pour l’oeuvre de Jean Nouvel. Les deux imposants volumes édités par Taschen trônent en bonne place dans leur bureau. «Il est architecte comme certains sont peintres. Il m'interroge», dit-elle. «Il donne dans la commotion», dit-il.

A l'architecte star, ils associent la perception de la lumière et logiquement, par delà l'architecture, il y a les arts plastiques. «Nous aimons ce qui est... chiant», avoue-t-il. «L'art vidéo, la photographie, le Land Art. Luc aime aussi la danse et le mouvement d'une façon générale. Pour ma part, j'aime beaucoup Anish Kapoor**, son travail sur la perception et l'effacement des limites», explique-t-elle.

Un goût affirmé qui n'est pas sans résonance avec son histoire personnelle. En plus d’être architecte, Elizabeth Naud est diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts en peinture.

L'architecture n'était donc pas une évidence. «Elle est un point entre les sciences et l'art, c'est un entre-deux», explique Elizabeth Naud. Pour son associé, les choses étaient plus claires. «Je suis issu d'une famille de constructeurs. J'avais le nez dedans tout petit», dit-il.

Provocation ? «Nous ne savons pas ce qu'est l'architecture. C'est l'art contemporain qui nous intéresse. Les démarches artistiques et créatives alimentent notre réflexion», poursuit-t-il.

04(@JMMonthiers)_S.jpgElizabeth Naud évoque alors le Lighting Field de Walter de Maria***. Cette oeuvre caractéristique du Land Art des années 70 est composée de 400 mats métalliques répartis sur une parcelle d'un kilomètre carré au Nouveau Mexique. L’artiste pose la problématique de la captation de la lumière. «L'inox vit sa vie, à midi le projet disparaît et à mesure que le soleil baisse, la perception change. Tous ces artistes comme Turell ou Long nous inspirent. Ils appellent un monde onirique fait de lumière», observe-t-elle.

Les Etats-Unis sont une destination privilégiée pour Elizabeth Naud. Outre ses goûts artistiques, ses lectures, notamment les écrivains de l'Ecole du Montana, la conduisent en quête d'un «brutalisme» et ce dans les grands espaces américains, «à l'essence des sentiments».

De son côté, Luc Poux porte son regard vers l'Extrême-Orient. S'il aime à voir les synergies et les liens entres les cultures, sa volonté de «se perdre dans les paysages» le rapproche de son associée.

«A travers nos projets, nous essayons de retrouver des ambiances, de créer de l'émotion. Nous nous efforçons de nous souvenir pourquoi certains espaces nous ont fait vibrer», souligne-t-il.

05(@JMMonthiers)_B.jpgPerfectionnistes, tous deux auraient horreur de construire leur propre habitat. «Concevoir des maisons est un travail différent. Il y a un affect qui entre en jeu. Imaginer sa maison serait s'auto-psychanalyser», affirme Luc Poux, terrifié à l'idée de vivre dans un perpétuel inachevé que l'envie de perfection alimenterait.

Il préfère de loin dessiner des escaliers complexes. «J'ai un plaisir façon rubik's cube. Et j'aime quand ça ne marche pas. Je réfléchis en trois dimensions», dit-il, se désolant de «l'esprit aplati» par l’écran des architectes de nouvelle génération.

«La lumière sur les choses», l'agence Naud et Poux se caractérise par une grande rigueur, une architecture «sans diktat» et perfectionniste. A l'efficacité tant technique qu'esthétique, aucun mot ni aucune prétention discursive n'entache le projet. Ne demandez donc rien sur tel ou tel édifice, ne regardez pas ce qu'ils ont fait, voyez ce qu'ils ont vu.

Jean-Philippe Hugron

* Chaïm Soutine (Smilovitchi,1893-Paris, 1943), peintre français

** Anish Kapoor (Bombay, 1954), sculpteur et plasticien contemporain britannique

*** Walter De Maria (Albany, 1935), artiste américain

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