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Diplôme | Quel avenir pour les églises ? Réponses plurielles signées Malard & Michaut (10-11-2010)

Patrick Malard & François Michaut apportent à la question de la réhabilitation d’édifices religieux différentes réponses. Centre culturel ou extension de maison de retraite, ces réponses sacrément atypiques forment un diplôme soutenu en 2007 à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy.

Réhabilitation | Sélection de la Rédaction | ENSA Nancy | Bâtiments Publics | Culture | Santé | France

Un contexte difficile

02(@Malard-Michaut)_B.jpgLa France, riche d’un patrimoine religieux aussi nombreux que divers, fait face aujourd’hui à des difficultés sans précédent. L’évolution de la pratique religieuse, en partie conditionnée par les transformations sociétales de nos cinquante dernières années, a profondément bouleversé, au-delà de la place de la religion dans notre société, l’usage de nos églises. La chute de la pratique dominicale est une réalité aujourd’hui évidente et l’avenir de cet héritage architectural soulève beaucoup de questions.

De nombreux maires tentent aujourd’hui d’avertir l’opinion publique des difficultés et des choix auxquels ils ont à faire face ; certains se disent "contraints de démolir leurs églises". Cette situation, loin d’être isolée, est partagée par bon nombre de communes qui expriment des difficultés financières à entretenir leur patrimoine culturel. Si la baisse de la pratique religieuse et les coûts financiers que représente l’entretien des églises pourraient faire dire à certains qu’il est préférable de les détruire, ces décisions dépassent la seule considération de l’édifice. Les conséquences de la destruction sur la structure urbaine et sociale environnante sont importantes et représentent un événement vécu par la population comme un véritable traumatisme.

La destruction d’une église est la perte de l’élément fédérateur autour duquel se sont construites nos communes. Il semble donc important, afin de répondre le plus justement possible à un véritable phénomène de société, de mettre en lumière l’ensemble des valeurs relatives à l’église et de dégager de leurs analyses des pistes capables de préserver cet héritage (synergie entre la valeur d’usage et la valeur d’existence).

03(@Malard-Michaut)_B.jpgUne étude approfondie d’un certain nombre de cas français et étrangers nous a permis de mieux cerner l’attitude que nécessite ce type d’intervention. Cet ensemble de références nous offre des clefs permettant, dans le respect des édifices concernés, de transformer leurs usages. Quatre typologies récurrentes peuvent ainsi être dégagées : la boîte, les modules, les planchers, le découpage des espaces (ci-dessus et ci-contre, les deux premières typologies).

Afin d’illustrer au mieux l’étendue et les spécificités d’un certain nombre de cas que nous connaissons aujourd’hui en France, nous avons fait le choix de traiter le cas de deux églises radicalement différentes : l’une urbaine et protégée, l’église Saint-Philibert de Dijon (21), l’autre rurale et sans valeur patrimoniale particulière, l’église Sainte-Cécile de Vagney-Zainvillers (88). Nous avons ainsi tenté de mieux comprendre les perspectives d’avenir qu’il nous est aujourd’hui possible de suggérer à ce patrimoine en déshérence.

Reconversion de l’église Saint-Philibert de Dijon

L’église Saint-Philibert, voisine de la cathédrale Saint-Bénigne, est une église romane bourguignonne du XIIe siècle de grande valeur patrimoniale, au passé tumultueux et qui a accueilli de nombreux usages : civils, militaires et religieux. Désaffectée depuis près d’un demi-siècle, elle est aujourd’hui au centre des préoccupations de la municipalité et des habitants de Dijon.

D’un point de vue architectural, les adjonctions du XVIIIe siècle ont profondément bouleversé la physionomie générale de l’église. Leur construction a nécessité de rehausser les toitures des collatéraux qui obstruent aujourd’hui les fenêtres hautes de la nef. L’adjonction d’un volume ouvert sur le bas-côté nord en vient même à perturber l’ordonnance et l’équilibre de l’édifice. Au-delà de la capacité spatiale qu’elles offrent, elles ne semblent pas répondre aux qualités spécifiques de l’architecture romane bourguignonne.

04(@Malard-Michaut)_S.jpgLa suppression de ces chapelles permet de redonner à l’ouvrage une morphologie générale en accord avec ce qui lui conférait sa valeur originale. Les toitures des collatéraux peuvent alors être abaissées à leur niveau d’origine, dégageant par conséquent les fenêtres hautes de la nef. La façade située derrière les chapelles est gardée en l’état et fermée par de larges baies. Leurs traitements respectent la composition générale de la façade et prennent soin de ne pas altérer l’édifice. Des menuiseries discrètes épousent les formes curvilignes des maçonneries et soulignent l’ordonnance générale de la façade.

La recomposition de la façade est une opportunité d’ouvrir l’édifice, d’extérioriser son activité. Dans un projet de reprise d’édifice patrimonial, il semble essentiel, dans la mesure du possible, d’affirmer l’intervention contemporaine : elle est signe de dynamisme et participe à la réussite du projet. Le traitement le long de la façade veille à amener le promeneur à la longer et à percevoir son intériorité afin de susciter l’envie d’y pénétrer.

A l’intérieur de l’église, l’idée développée est l’installation de plateaux suspendus qui exploitent le volume de l’église tout en en préservant sa perception originelle. Ces adjonctions veillent à ne pas porter de préjudices irréversibles à l’édifice, contribuant à améliorer son confort général. Décollés de l’ensemble des maçonneries de quelques centimètres, ils sont fixés par des platines métalliques afin de ne pas perturber la lisibilité des piliers et créer une certaine forme d’apesanteur. Traités en acier mat, ils contrastent alors radicalement avec la pierre de taille, facilitant ainsi la lisibilité. La réversibilité de l’intervention est une composante essentielle de ces transformations.

05(@Malard-Michaut)_S.jpgLa destination culturelle de l’édifice est déterminée par sa valeur architecturale et sa situation stratégique dans la ville (voisine de la Cathédrale Saint-Bénigne, étape sur le parcours touristique de la Chouette). L’avenir culturel de l’église est assuré par sa valeur de position. Le CIAP (Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine) est un équipement culturel de rencontre ayant pour but de former, sensibiliser et informer la population à l’Architecture et au Patrimoine. Cet outil pédagogique, au programme flexible, permettra de participer à l’animation, l’entretien et la restauration de l’édifice sans entrer en contradiction avec l’image de l’église.

Reconversion de l’église Sainte-Cécile de Vagney-Zainvillers

L’Eglise Sainte-Cécile est une église rurale de la fin du XIXe siècle sans intérêt architectural particulier. Issue d’une donation à caractère social, elle appartenait à un ensemble immobilier composé d’une école, d’un hospice et d‘une chapelle, constituant ainsi le coeur du hameau de Zainvillers. Bien qu’ayant évolué de manière indépendante au cours du XXe siècle, cet ensemble symbolise aujourd’hui l’histoire économique et sociale du lieu.

L’église Sainte-Cécile a subi au cours des cinquante dernières années le même sort que de nombreuses églises rurales qui, dans le jeu des regroupements paroissiaux, se sont vues contraintes de fermer. Les coûts engendrés par son inactivité et son entretien sont trop importants pour la commune qui se trouve aujourd’hui dans l’obligation de s’en séparer.

L’ancienne école n’ayant aujourd’hui plus d’affectation, sa destruction est programmée. La maison de retraite Le Solem (l’ancien hospice) a su se développer en quelques dizaines d’années pour accueillir aujourd’hui plus de soixante-dix pensionnaires. Elle est l’actuel moteur économique du quartier, en quête de nouveau foncier pour répondre à une demande sans cesse croissante.

Etendre la maison de retraite en y intégrant l’église permet à cette dernière de retrouver une place sociale particulière au sein de son quartier et un nouvel usage durable dans le temps, tout en répondant aux attentes de la population locale.

Le nouveau corps bâti compose avec l’église une nouvelle aile de la maison de retraite. Au rez-de-chaussée sont proposés un ensemble de services à la personne dans une galerie ouverte sur les jardins. Les étages sont aménagés en unités de vie, comprenant chambres individualisées, salons, salle de bains et services.

L’intégration de l’église au sein de la maison de retraite offre la possibilité de conserver partiellement le caractère sacré du lieu. Dans le transept, le choeur et l’abside, il est possible de préserver un espace voué à la spiritualité, utilisable pour des cérémonies mortuaires ou des offices religieux. Séparée du transept, la nef de l’église sera aménagée afin de répondre aux besoins des résidents en activité à caractère culturel. L’utilisation du principe de la boîte permet de créer différentes ambiances sans intervention lourde sur la structure de l’édifice. A l’intérieur de la boîte se trouvent les espaces confinés comme les salles de projection, les sanitaires et les services. L’espace dégagé devant la boîte est un lieu d’accueil, de rencontres et d’expositions. Bien que privé, il offre l’opportunité d’ouvrir partiellement la maison de retraite à des événements particuliers et permet aux pensionnaires de rentrer en contact avec des personnes extérieures. L’idée est de créer au sein même de la maison de retraite un espace d’échange particulier entre une population peu mobile et la société.

Lors d’une reconversion, les choix relatifs au programme architectural ne doivent pas s’envisager uniquement au regard de la capacité de l’édifice à s’adapter à tel ou tel type d’aménagement, mais doivent aussi être envisagés suivant les opportunités que peut offrir l’environnement immédiat. Si les activités proposées dans l’église Sainte Cécile sont à caractère culturel, le projet reste avant tout profondément social. Ainsi, la viabilité de cette reconversion réside dans l’association des dimensions culturelle et sociale.

Une attitude respectueuse

L’objectif de ce travail fut d’illustrer la diversité des cas de reconversion d’églises, qu’elles soient urbaines ou rurales, reconnues ou non pour leurs valeurs patrimoniales. L’étendue des situations n’offre pas de solutions applicables dans tous les cas, mais a permis de dégager certaines typologies d’aménagement capable de transformer l’édifice dans le but d’accueillir de nouvelles activités. Ainsi, toutes doivent faire l’objet d’études approfondies sur la capacité de leur environnement à leur offrir des solutions de substitution, qu’elles soient d’ordre culturel, social ou communautaire.

Si, dans certains cas, la culture s’avère être la solution de substitution la plus acceptable ( 'du cultuel au culturel' ), elle ne peut être l’unique voie à emprunter et il est donc nécessaire, selon les cas, de prospecter et d’encourager d’autres types d’usages. En effet, les finances publiques sont limitées et l’équilibre du maillage culturel est fragile : il ne peut certainement pas absorber toutes les églises en mal d’usage. Les situations sont nombreuses et les contextes seront déterminants dans les choix des solutions à mettre en oeuvre.

Le projet de reconversion appliqué aux églises est une tâche délicate car elle touche à la sensibilité de la population. Elle doit être accompagnée d’une large réflexion intégrant l’ensemble des acteurs locaux, dans le but de trouver des solutions pérennes, de définir le rôle de chacun, mais aussi d’engager une campagne d’informations auprès de la population afin de leur en faire percevoir la véritable nécessité. La viabilité d’un tel projet, au-delà de la proposition architecturale soumise par l’architecte, dépend avant tout de la compréhension par la population du bien-fondé de cette démarche.

Patrick Malard & François Michaut

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 12 février 2009.

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