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Concours | Horizon en résonance : le site géologique de Bozouls (01/2014)

«Ce projet est avant tout une histoire personnelle. C’est celle d’une aventure où pour cette dernière étape dans la vie d’un étudiant architecte, j’ai fait le choix de choisir mon propre site. Cela avait deux ambition : A la fois de se confronter à un site que je connaissais depuis ma petite enfance et également de découvrir le site d’une autre manière», écrit Olivier Rigal. Son projet a été désigné lauréat des Trophée Béton 2013-2014. 

ENSA Marseille | Culture

Une démarche personnelle

Ce projet est avant tout une histoire personnelle. C’est celle d’une aventure où pour cette dernière étape dans la vie d’un étudiant architecte, j’ai fait le choix de choisir mon propre site. Cela avait deux ambition : A la fois de se confronter à un site que je connaissais depuis ma petite enfance et également de découvrir le site d’une autre manière afin d’y rechercher ses véritables forces et également d’y révéler son essence.  Le projet s’intègre dans un temps où la commune d’accueil, Bozouls est en pleine mutation de ses espaces publics, par une opération de centre bourg mené en collaboration avec le CAUE 12. 

Cette ambition vise aussi à défendre les territoires ruraux dans les écoles d’architecture. Les seuls sujets qui nous sont soumis à l’école d’architecture visent à nous confronter aux milieux urbains. Des endroits où aujourd’hui tout est quasiment réglé. L’avenir pourtant de l’architecture se situe dans le périurbain et dans le monde rural. L’architecture doit se saisir de cette opportunité que les mutations de notre société lui offre. Elle doit adopter une position claire et novatrice. Ces territoires doivent prendre conscience de l’importance de l’architecture. Malheureusement, que ce soit pour le logement ou pour les équipements publics, la question de l’architecture ne semble pas être aux cœurs des priorités ni des politiques d’urbanisation ni dans ses règlementations urbaines. 

Olivier-RIGAL-2-1-Perspective-place-terrasseWEB.jpgLe site de projet

Je vous invite à me suivre dans mon village, un village qui m’a vu grandir, qui a façonné mon caractère et affirmer ma sensibilité. C’est à vingt minutes de rodez, au cœur du département de l’Aveyron.  Il se situe à la limite du vaste plateau du Causse Comtal, calcaire et austère porte des hauts plateaux de l’Aubrac.

En quittant la route nationale, axe majeur de l’Aveyron, en direction du centre bourg, on y découvre l’une des plus belles curiosités géologique du département : le trou de Bozouls.

C’est un méandre creusé par un modeste ruisseau formant avec le temps un impressionnant canyon d’un diamètre de 400m et de 100 mètre de profondeur.  Au centre de ce méandre, trône l’ancienne église Romane du XIIe siècle. Elle témoigne les premières traces d’urbanisation. Les fortifications naturelles du site ont permis pendant prés de deux siècles à une communauté religieuse d’y prospérer. Au fur et à mesure des siècles, l’urbanisation s’est développée de manière exponentielle au sud-est du canyon, délaissant au fur et à mesure cette partie du village.

Aujourd’hui, le cœur du méandre est à l’abandon. Bien que très apprécié par les touristes et les promeneurs, le site n’est d’en aucune manière révélé. Un ancien couvent est à l’abandon, une église est délaissée au seul rang de monument historique, dans un espace urbain non qualifié.

Potentialité d’un site à l’abandon

Avec le comité des jeunes du village, nous avons initié depuis quelques années un réinvestissement du site.

Depuis prés de 5 ans, un festival de musique s’organise au pied de l’église. La festà del traouc accueille chaque année le temps d’un soir prés de milles personnes qui sont séduits par le lieu. Un espace incroyable où résonne le son.  Cette initiative m’a paru être le point de départ dans l’aventure architecturale. L’usage éphémère révèle le temps d’un soir les potentialités de ce site naturel. Une intervention autour de la musique est à la base du projet. Un programme favorisant la création et la diffusion de la musique serait la base de cette réflexion.

A partir de ce constat, découvrons le site, ses forces, et ses puissances.

Au centre de la composition géologique, ce site fait face aux forces telluriques. Des fortes lignes géométrisent le site, des cheminements historiques le composent. Ce plateau à la particularité de s’incliner vers le canyon. Un nouvel horizon domine aux yeux du spectateur.

Sur ce promontoire, l’horizon est déroutant, proche, puissant et haut. Il intériorise le spectateur. Une minéralité calcaire caractérise la rudesse du site. Pourtant la roche est là, mais elle est masquée par la végétation en incessante colonisation.

Toutes les forces de la nature s’expriment ici d’une manière incroyable. Le bruit de l’eau, de la faune, de la flore s’amplifient dans cette coque naturelle et saisissent le spectateur. Au cœur du site naturel, la concavité des falaises enveloppe le spectateur dans une position dramatique.

Un acte fort à la fois sensible et précis pour révéler les forces du site

Le projet opte à révéler une géométrie par un simple jeu de lignes brisés se brisant pour suivre et s’adapter à la géologie et aux bâtis existants. Les traces actuelles telles que les murs en Pierres sèches deviennent une véritable force dans la composition générale du projet. Ils viennent soutenir les nouveaux tracés et affirmer cette composition.

La géologie, la topographie, les bâtis existants, et le projet composent ensemble tel une partition de musique ils créent des rythmes des sensations, qui dirigent plutôt qu’ils séduisent. Ils s’amplifient au fur et à mesure du projet. Le projet adopte une position forte dans un site naturel. Mais il adopte une position précise et sensible. Cette composition donne à voir autrement le site et à le réaffirmer.

Olivier-RIGAL-2-2-Perspective-place-belvedereWEB.jpgDonner un toit à une crête par un travail de sol

Tel, la villa Malaparte, le projet donne un toit à une crête. Un promontoire se greffant au bout d’un village.

Il se positionne en proue de navire en faisant face à l’horizon minéral. Il s’appuis sur l’existant en réaffirmant l’horizontalité. L’église déjà point de repère permet l’articulation de la composition sans pour autant s’affirmer comme une pièce maitresse. En effet, tout le travail est dans le sol. Pour palier à la topographie un jeu de socle est mis en avant. Le mur devient le dessin  du projet.

De grandes horizontales permettent ici de prolonger l’existant de tracé dans la pente les directions géologiques. Le projet s’appuie sur la géométrie minérale. Depuis l’église, un premier socle détache l’ancienne maison de retraite du parvis devenue résidence d’artiste.

Cet espace public géométrisé s’ouvre depuis l’église vers les falaises constituant un deuxième socle artificiel. Le sol et la toiture sont habités par la boîte à musique, caisse de résonnance du projet. Joyaux du projet, cet auditorium affirme toute la stratégie du programme. C’est de là que l’essence même du programme  s’exprime et résonne dans le site. Une salle de 300 personnes où résonneront les représentations dans le site.

Ce socle artificiel vient tel une strate calcaire en surplomb d’un restaurant habite le vide.

Bien que ce projet soit à l’échelle géologique, une échelle domestique se retrouve à travers les rares ouvertures dans les murs devenant les accès.

 En contrebas du site, c’est la concavité des parois minérales qui concluent la composition par l’installation d’un théâtre de verdure. Il accueillera les manifestions estivales en plein air.

Le béton comme une expression paysagère

De la même manière que le Dourdou a sculptée dans la roche calcaire, le projet vient sculpter la crête.

La cohésion entre l’architecture et le paysage se fait alors par sa matérialité. Le Béton vient ici naturellement. Il réaffirme la minéralité perdu par la végétation. Le choix de la matérialité est primordial. Le béton réinterroge l’expression du paysage. L’architecture est ici conçue comme une installation dans le paysage exprimé par un sol en tension direct avec le site de par sa force monolithique.

Afin de chercher la continuité chromatique du paysage, le choix se porte sur une expression produite par un béton désactivé avec un pigment inerte issu de l’extraction des gravats du site.

Cette recherche de matérialité permet d’inscrire le bâtiment dans un site. On a l’impression qu’il a toujours été là et que ce béton là résulte des forces telluriques.

Un nouveau paysage

Finalement on pourrait se laisser penser que ce projet n’est pas de l’architecture mais plutôt que cette intervention crée du paysage, fusionne et compose avec lui t’elle une greffe.

Ce projet incite un nouveau regard par rapport à ce site. Il est à la fois sensible et précis. Ce projet est un acte fort dans un site naturel.

Pris en toute conscience, il confronte l’échelle géologique à l’homme face à cet univers démesuré.

Telle la villa Malaparte, le côté dramatique est mis en avant. Le projet se tourne face aux forces telluriques qui s’exprime d’une force incomparable et féroce ;

Rares sont les lieux où la nature s’exprime d’une manière si puissante. Un promontoire d’une pureté de ligne se dessine, un nouveau rapport à l’horizon s’offre à l’homme.

Ce projet vient dompter la nature tout en fusionnant avec la roche constituante. D’une certaine manière, il rappelle à l’homme l’importance qu’il doit à la nature. Cette caisse de résonnance joyaux de la composition ordonne et organise un nouveau parcours, de nouveaux usages face à un site naturel et historique.

C’est lui qui compose le site. C’est lui qui travaille la matérialité et c’est de là où la musique résonnera dans l’horizon. 

Olivier Rigal

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Réactions

21-02-2014

Ce projet avec le peu que l'on semble entrevoir semble avoir toujours était là. Cette recherche mérite un regard. Une intégration tout en douceur de l'architecture entre le patrimoine, et le paysage. Pourtant ce ne semble pas être un projet de réhabilitation du coup On ne sait plus qui est le plus important. le patrimoine? le paysage? ou l'architecture ? L'architecture pose une écriture de modestie de la part de l'architecte. Chose que l'on perd aujourd'hui de la part de praticien.

13-02-2014

PARFAIT !

12-02-2014

Bel réinvestissement d'un patrimoine architectural et naturel

10-02-2014

Très belle réalisation. En espérant voir de nouveaux travaux