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Diplôme | Maison de la Romanité (06/2012)

«Il n’est pas possible de tout dire sur une ville. D’ailleurs, cela n’est pas nécessaire. Il est seulement important d’évoquer ce qui sert de matière à projet», assure Alexander Yonchev. Son PFE propose de revisiter le programme de la Maison de la Romanité à Nîmes. Une conception «sans processus linéaire». 

ENSA Saint-Etienne | Culture

Présentation du sujet

La ville de Nîmes souhaite construire un nouveau bâtiment qui va abriter les nombreuses œuvres antiques actuellement entreposées dans le Musée de l’Archéologie. Ce sera également l’occasion d’y exposer d’autres, qui manque de place n’ont jamais été présentés au public. Ce bâtiment va accueillir aussi de nombreuses autres fonctions qui en feront tout un centre culturel polyvalent.

La Maison de la Romanité à Nîmes offre un programme complexe et divers de par la multitude d’espaces de différentes natures qui y sont demandés. Son importance pour la ville de Nîmes est évidente, le besoin aussi. Travailler sur la romanité suggère une certaine approche historique, permettant d’établir en profondeur les fondations du projet.

Le site proposé joue également un rôle important dans le choix du sujet. Construire à coté d’un des mieux conservés et un des plus beaux et vestiges romains à Nîmes – les arènes. Un bâtiment qui a traversé deux millénaires se trouve en rapport direct avec la parcelle du projet, dans l’attente de son nouveau voisin.

Maquette-1.jpgNîmes

Il n’est pas possible de tout dire sur une ville. Ce n’est pas nécessaire non plus. Il est seulement important de parler de ce qui sert de matière à projet.

La ville de Nîmes doit sa richesse à la superposition de l’architecture romaine au tissu urbain médiéval. La confrontation entre la géométrie archaïque de l’Antiquité et la complexité des constructions du Moyen Âge crée des surprises – on débouche d’une rue courbe étroite sur une place rectangulaire dégagée marquée par un monument romain. On rencontre un fragment de mur d’enceinte antique entouré par des bâtiments. Ces vestiges massifs sont témoins de la grandiosité de l’Empire romain. La façon dont ils échappent à une logique urbaine postérieure donne l’impression qu’ils ont toujours été là. La mise en retrait des bâtiments mitoyens ainsi que leurs faibles hauteurs créent un silence respectueux. Les constructions antiques restent immobiles face aux évolutions urbaines. Elles inscrivent la ville dans une mémoire qui renvoie au-delà des frontières françaises pour aller puiser dans les influences des régions de l’Italie et de l’Hispania.

Aujourd’hui Nîmes mène une double politique. D’un côté celle de la protection et la mise en valeur du patrimoine architectural et de l’autre celle d’une ville moderne en plein développement. C’est ici un des enjeux du futur projet.

Vue-1.jpgIntentions de projet

Le projet commence dès le premier voyage à Nîmes. Les thèmes évoqués ci-dessus sont le résultat à la fois de recherches très concrètes mais surtout relèvent du ressenti in situ apportant ainsi une singularité à la réflexion et la conception architecturale.

La découverte des bâtiments romains et leur lecture a été déterminante pour la compréhension de la romanité et son interprétation. La fierté des nîmois par rapport à leur passé ainsi que la volonté de la ville de faire revivre l’histoire a orienté la façon de penser le projet, qui commence à se dessiner de l’intérieur. Comment pourrait-on interpréter la grandiosité de l’architecture antique – ses dimensions monumentales, son intériorité forte, son inscription presque abstraite dans la ville d’aujourd’hui ?

Quelle atmosphère donnerait le caractère unique de cette Maison de la romanité ? Quel langage contemporain utiliser pour suggérer un lieu qui raconte une histoire ? Comment sentir de par l’architecture l’atmosphère d’un passé, et donner la possibilité aux visiteurs d’y pénétrer en laissant à l’entrée leur vie quotidienne ?

Il s’agit ici de concevoir un espace dont la fonction primordiale est la conservation et l’exposition muséale. Un lieu pour contempler la mémoire. Un espace, baigné dans du silence et de la lumière. Un vide riche qui constituerait l’ensemble du projet. Le plein devra rester simple et servir de support à l’espace.

Cette conception sert également à répondre aux besoins des différents éléments du programme, et incite à les considérer comme un tout, plutôt que de séparer la partie muséale des autres espaces. La recherche d’un principe ou d’un processus de construction permettra la mise en forme non hasardeuse du vide, mais aussi la clarté de la disposition générale des éléments.

Le choix de parler de Maison plutôt que de Musée de la Romanité entend la multitude de fonctions qui s’y trouvent, tout en gardant l’idée de l’unité – sous un toit. Ceci fait penser le projet en tant qu’un seul volume, qui s’inscrirait dans le site, en essayant de se servir de ses potentiels pour le rendre encore plus riche que ce qu’il ne l’est aujourd’hui.

La construction de ce projet, ainsi que la volonté de la ville d’édifier un nouveau centre de congrès sur le même îlot, sous-entend le besoin de penser un espace public correspondant, de par ses proportions, à l’importance des bâtiments qui l’entourent.

La géométrie donnée à lire depuis l’extérieur, ainsi que le traitement des façades créera un rapport fort aux arènes dont le projet va se servir pour trouver sa place dans la ville.

La conception de la Maison de la romanité n’est pas un processus linéaire. C’est ainsi que la façon de penser son intérieur n’est pas la même que celle de son extérieur. Un contraste apparait entre les deux. Cette dualité n’est pas contradictoire, mais complémentaire et enrichissante. Elle renforce l’idée de l’intériorité, et illustre la capacité du projet de répondre aux différents besoins, et à des échelles différentes.

Alexander Yonchev

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Réactions

22-09-2013

L'approche de l'exposition visible sur plusieurs niveaux et différents angles est très séduisante, et transmet une sensation d'ensemble non découpé ou l'on ne passe plus de "salle en salle" comme dans un musée traditionnel.
Deux bémols : l'aspect cubique extérieur qui tranche avec la rotondité et les creux des arènes. Le traitement phonique d'un volume interne unique avec de nombreuses parois réfléchissantes et dures.
Bonne réflexion qui mérite d'être prolongée.

05-09-2013

Très beau projet d'insertion urbaine et de mise en valeur (nécessaire) du patrimoine historique nîmois