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Autre | Musique, silence, lumière (06/2013)

«Je crois qu’il y a une certaine beauté dans la simplicité. Non pas parce qu’il s’agit de créer avec peu d’éléments mais parce que la simplicité apporte de l’ordre dans la complexité. Il me semble que cette approche permet d’apporter clarté et compréhension, évidence et beauté ; elle repose sur l’attention, la pensée et la patience de la recherche», assure Romain Bonino.

ENSA Marseille | Culture

Le projet de la Philharmonie est un outil sensible pour comprendre le contexte dans lequel il se situe. Il permet d’interroger le paysage construit et non construit, visible et invisible ; il est un instrument de compréhension et d’interprétation du contexte. Il me semble que c'est le paysage qui dicte le rapport sensible du bâtiment à son contexte. De là naît l’idée, qui guide le projet jusqu’au moindre détail.

Par la suite, le concept est matérialisé par des espaces simples et clairs qui sont tendus par la lumière naturelle. La lumière est ici l’outil primordial de la construction de l’espace architectural. En mettant l’espace en tension, elle permet l’enchantement et elle révèle la beauté. La Philharmonie est un projet d’une architecture essentielle d’idée, de lumière et d’espace.

3.JPGIl s’agit, au travers du projet de Philharmonie, de réinterpréter un paysage identitaire. Du grand paysage par une architecture-image, du paysage historique par l’empreinte de l'usine et du paysage bâti par la réadaptation de la trame industrielle. Le projet forme un tout complexe qui questionne le paysage vu et non-vu et qui fait appel aux connaissances sensibles.

Le projet fonctionne dans le contournement. À la manière de la plateforme industrielle, il faut contourner le socle qui accueille le projet et y accéder par des pincements qui forment des points de tension.

L’aménagement urbain et la modénature de la façade dessinent un ensemble cinétique qui fait écho à la trame industrielle. Cette plateforme s’intéresse à la grande échelle en créant des connexions fortes entre Marseille et son territoire métropolitain. En se connectant à la ligne ferroviaire, au futur tramway, en réagissant avec l’autoroute, l’espace public de la Philharmonie se positionne comme un nœud urbain voué à marquer le landmark marseillais.

Le dessin du projet est dessiné selon un principe strict de proportions qui établissent un dialogue entre elles et créent l’équilibre du projet. Basés sur une trame qui correspond à la fois à l’ancienne usine réhabilitée et à la Philharmonie, les projets se répondent tant au niveau des rapports de volumes qu’à la reprise de l’empreinte de l’usine sur le nouveau bâtiment.

Basée sur la forme régulière du carré, la plateforme est décomposée en plusieurs espaces qui se répondent entre eux. L’ancienne usine Rivoire & Carret est réhabilitée en un pôle culturel et économique, un jardin régulier lui correspond en étendue et crée un espace de fraîcheur, la Philharmonie se place comme barrière et connexion avec l’autoroute, un haut panneau de béton affiche le programme du centre musical et referme le carré et enfin une grande esplanade permet d’apporter le recul nécessaire pour appréhender tous ces éléments.

2.jpgLa Philharmonie est un bâtiment marqué par une monofaçade minérale qui se situe entre le mur percé et la colonnade monumentale. Cette ambiguité permet d’interroger le bâtiment et de le comprendre comme un objet qui crée des connexions sensibles et cinétiques avec l’autoroute, le jardin, l’usine. C’est par le détail de la fenêtre, de sa position, sa nature et son dessin que le bâtiment réagit avec son contexte : la profondeur de l’ombre selon l’orientation, sa mouvance et son intensité marquée par le temps... sont autant d’éléments qui permettent de dessiner une façade évolutive.

L’intérieur de la Philharmonie est dessiné par trois éléments. En premier lieu, la salle principale de 2200 places autour de laquelle sont assemblés tous les éléments techniques. Il résulte de celle-ci une boîte blanche qui renferme une seconde boîte en bois. La salle, en gradins frontaux, en boîte en chaussure, propose un espace simple qui gagne sa sensibilité par son parement en tasseaux de mélèze, avec toutes les senteurs et la matérialité que le bois amène. Une seconde salle de taille plus modeste, pouvant accueillir 400 personnes et étant bien plus modulable, permet d’apporter une variété programmatique à la Philharmonie.

Enfin, l’espace majeur du bâtiment est l’atrium. En effet, il s’agit du cœur du projet puisque c’est le lieu de rassemblement du public, l’espace central. Il s’agit d’un anneau cylindre de 30m de diamètre et de 15m de hauteur. Dans son épaisseur, il contient quatre escaliers à révolution qui desservent chaque plateau. Neuf puits de lumière sont positionnés au centre de l’atrium. Elle fait le génie du lieu et tend les espaces de la Philharmonie de manière à les enchanter. Le parcours du soleil, du temps, trace les usages et révèle les espaces. Elle vient briser la gravité amenée par le cylindre.

Je pense que l’essentialité de chaque élément apporte de l’espace pour penser. L’abstraction de chaque espace et de chaque détail apparaît comme un élément structurant de la compréhension du paysage et de soi-même, où l’effacement de ce qui est superflu permettrait d’atteindre l’essence de l’architecture. Pour cela, la Philharmonie produit par son évidence un lieu de silence propice à éloigner les usagers des tourments du quotidien et à se placer dans une logique de contemplation du paysage, de la musique, de la lumière. Ils sont placé au cœur de la lumière qui tend l’espace du projet. Cet espace, pour autant central, invite au silence et prépare à la découverte de la musique.

 

Romain Bonino

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Réactions

14-01-2014

Qu'entend-t-on par Paysage ? La notion est vaste ! D'après ce que je lis du texte et de ses commentaires, il semble avoir une compréhension différente du terme. J'ai l'impression que ces derniers traitent du paysage concret (les collines, l'autoroute, les maisons...), l'auteur parle d'un paysage abstrait (la cinétique de l'autoroute et l'hyper-répétition de la façade, le contournement de l'usine et les rares connexions urbaines de la place). L'échelle du philharmonique dépasse l'échelle du site, mais cela semblerait voulu ? Le texte et les documents est un peu trop vague sur ce point à mon sens... Je n'aurais pas été contre une pers vue depuis la colline ou l'autoroute !! Pour ma part, j'ai rarement vu des projets de salle de spectacle de cette taille être à l'échelle du site où ils se situent. C'est toujours le défi pour les projets de cette échelle.

12-01-2014

Je crois qu'utiliser le vocabulaire Suisse n'en fait pas un projet en lien avec le paysage, surtout qu'il semble collé à une route/autoroute, et ouvert de tout cotés. De plus ses ouvertures sont apparemment enfoncées dans l'épaisseur de la paroi ce qui en fait des réflecteurs, une catastrophe acoustique pour un philharmonique, c'est étrange. Cela prouve que c'est un projet qui aurait pu être fait n'importe où et qu'il ne s'inspire pas du tout d'une recherche de lien avec le paysage et le contexte social mais d'une recherche esthétique que l'on a déjà vu tant de fois. Rendu magnifique néanmoins.

03-01-2014

Un projet/objet très beau mais seulement très beau. On parle de paysage mais les documents visuels ne le montrent absolument pas. Ce projet pourrait aussi être au J4 ce serait pareil… On nie le rapport aux collines et à l'autoroute pourtant bien présente… Des espaces qui semblent combler les vides. Un beau copié/collé au final… Un projet nombriliste et chiant. Par contre bien de ne pas avoir mis de 3D ça change.

10-10-2013

Un projet dans la forme qui manque énormément de fond, la composition est pertinente mais nous avons du mal a la raccorder a un lieu , une société .

10-10-2013

Projet creux ou nous sommes dans de la forme. Dommage car esthétiquement parlant le jeux du rythme des baies et de la lumière paraît intéressant .

09-10-2013

La radicalité du projet est intéressante mais est quelque peu gratuite par rapport au contexte

09-10-2013

Projet lumineux !

09-10-2013

Ce projet alliant simplicité, pureté, beauté est d'une grande élégance esthétique. Sa conception reflète déjà une maîtrise exceptionnelle. Félicitations !

09-10-2013

La question des proportions est bien maîtrisée, toutefois, je remarque quelques étranglements qui auraient mérités une plus grande attention.

09-10-2013

Les espaces de déambulatoires sont assez proche, du point de vue typologique, à la dota des temples antiques. De manière plus générale, la théorie architecturale sur la lumière naturelle est typiquement sudiste, elle ne peut s'appliquer à des régions au soleil moins radical.

09-10-2013

Pas d'oeuvre sans lumière. Le travail de photographie sur les maquettes est un plus par rapport à une visualisation 3D: la lumière y est bien mise en scène. Beau travail

09-10-2013

Dans l'esprit des projets contemporains et modernes, imposant et impérial à la fois. Peut-être qu'une touche aquatique apporterait un plus.
Bonne continuation.

09-10-2013

vraiment subjugué, ce projet est extraordinaire, vous avez un bel avenir ! je vais faire appel à vous! vos compétences sont évidentes.
Marc SAM

09-10-2013

Un projet lumineux, qui témoigne déjà d'une grande maturité. Bravo

09-10-2013

Il y a comme une recherche de l'infini, de l'immortalité de l'œuvre. Ce projet semblerait vouer à rester stoïque face au temps, une sorte de Stonehenge des temps modernes.

08-10-2013

Par sa radicalité, ce projet élégant me rappelle les oeuvres du modernisme italien. Bonne continuation.

08-10-2013

La lumière directe dans l'atrium me rappelle le Panthéon, ou encore le patio du palais Georges V à Grenade. Je ne pense pas pas me tromper en disant que ces projets sont des références pour celui-ci.

08-10-2013

Je vois dans ce projet un travail de recherche en maquette plus qu'en 3D qui est, elle, visiblement absente. C'est à mon sens, une approche rafraichissante qui s'éloigne des projets à la conception purement informatisé. Un retour au source en somme !

06-10-2013

Je trouve l'approche intéressante et salutaire dans notre société consumériste. L'esthétique radicale du projet est très marquante.

06-10-2013

ça a l'air tellement tellement facile, et je crois que c'est l'objectif de toute œuvre: donner l'impression qu'il n'y a aucun effort derrière ça! Bravo

05-10-2013

Projet excellent ! je trouve que c'est vraiment de ce type d'expression architecturale qu'il faut se rapprocher ! Un grand BRAVO !

12-09-2013

C'est un bon projet théorique, même un parfait projet d'école. Mais le système de l'enceinte "découpée" n'est-il pas un moyen trop facile de résoudre le problème de l'importance de l'effet apporté à la lumière. Même si elle est de prime importance, je pense que la lumière ne fait pas tout, elle apporte l'effet mais pas le confort ni l'efficacité. Alors au delà de ce projet clairement beau qui vise plus à se rapprocher de l'émotion sur le papier que la mise en oeuvre réelle, je pense qu'il faut se pencher pour écrire le nom de ce jeune étudiant sans expérience qui cherche à rentrer - il me semble, par la bonne porte - dans cet univers de gargouilles immondes qu'est l'architecture.

02-09-2013

Ambitieux mais pas clinquant. Imposant mais pas ostentatoire. Rigoureux mais pas systématique. Lyrique mais pas exubérant. Ordonné mais pas monotone. Un beau projet maîtrisé.

31-07-2013

Un jeune architecte ambitieux aux préoccupations philosophiques, spatiales, matérielles et paysagères sensibles qui laissent croire à la future réalisation d'une architecture savante. Félicitation pour ce projet précis, méticuleux, clair et riche.

19-07-2013

Un projet très intéressant avec un point de vue qui mérite l'attention.

16-07-2013

C'est assez surprenant. Ce que l'on peut voir ici c'est une expression double. À la fois celle d'un étudiant qui a il me semble complètement intégré les codes de l'architecture sudiste, en tranchant - toujours avec minimalisme - la lumière de l'après midi.
Et celle d'un architecte déchaîné qui attend les pleins pouvoir pour créer une nouvelle harmonie qui lui ai sienne. ATTENTION : de ne pas tomber dans le piège du goût. Le temps est une chose relative et la grande - la seule ? - force de ce projet est bien la négation formelle du temps tout en l'acceptant politiquement.
Alors vive l'atrium, vive la lumière et vive Romain Bonino.

15-07-2013

Vous avez un sens très aiguë du rythme et de la perception musicale (avis de musicien). De plus, l'allure visuelle frénétique de cette cage dorée me donne des envies de perspectives infinies à la Stanley Kubrick. Continuez !

15-07-2013

La mise en scène, le dialogue "contenant/contenu", le travail sur la lumière, le rythme... sont d'autant d'éléments qui invitent au rêve et à l'écoute. Super.

13-07-2013

Très beau projet. Bravo.

12-07-2013

Je trouve que dans cette rigueur non dissimulée se cache l'attitude d'un grand "futur" architecte.