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Diplôme | Le Jardin Moderne, Extension d'une rive à l'autre (06/2011)

«Je n'ai jamais fini ma maison, je ne vois pas pourquoi je finirai celle des autres», soulignait François Seigneur. Ce projet fait écho à l’assertion dans son intention de ne pas déterminer précisément l'usage d’un espace. Ici, le Jardin Moderne à Rennes ou le réaménagement des rives de la Vilaine suppose une appréhension du lieu par le son.

ENSA Bretagne | Culture

Acteur important de la vie culturelle rennaise, le Jardin Moderne est un lieu associatif qui s'interroge principalement sur les pratiques musicales actuelles mais pas seulement, il met aussi en place des formations autour des métiers de la musique et propose des services de répétitions, de filage ou encore d'enregistrement.

Le rayonnement de ses actions s'inscrit principalement sur le territoire local. Cependant, certains événements invitent aussi des artistes nationaux et internationaux à se produire.

Depuis trois ans, le lieu étend ses propositions vers d'autres champs artistiques avec des expositions temporaires ou encore des ateliers d'initiations à la sérigraphie. Et, depuis un an, il travaille en partenariat avec des écoles élémentaires pour proposer des ateliers et des spectacles pour enfants.

Chaque midi, le Jardin Moderne propose également un service de restauration (50 couverts/jour). A l'heure actuelle, le lieu est subventionné par la Ville de Rennes, le Département d'Ille-et-Vilaine et la Région Bretagne.

02.jpgLe site du Jardin Moderne est situé à l’ouest de Rennes, dans la zone industrielle de Lorient, en bordure de la Vilaine. Cette ancienne usine de développement photographique fut louée par la Ville il y a douze ans au collectif d'associations.

Face au Jardin Moderne, un chemin de halage menant aux étangs d'Apigné est longé par un terrain agricole actuellement en jachère. Aujourd'hui, les locaux du Jardin Moderne sont saturés : - 500 groupes se partagent six locaux de répétitions à l'année, - les bureaux loués aux associations extérieures sont remplis, - les espaces de rangement sont pleins.

Ce projet d'extension du Jardin Moderne émane donc d'une saturation de l'espace occupé. La première étape d'analyse consistait à appréhender le lieu par le son. Je me suis donc servi de l'environnement sonore du site et de ses alentours pour établir mes premières décisions.

Dans un premier temps, une prise sonore du lieu (intérieur et extérieur) m'a convaincu des qualités qu'il possède et a conforté la possibilité d'une extension et non celle d'un déplacement.

Dans un second temps, un montage sonore confrontant les deux rives séparées par la Vilaine a mis en avant la possibilité de rejoindre l'autre côté du canal. Ce montage sonore souligne notamment l'opposition entre deux environnements distincts (zone industrielle – terres agricoles) que séparent les deux rives. Il ne s'agit pas d'apporter à ce «territoire autre» les usages actuels du Jardin Moderne ni de dénaturer les usages et les qualités du lieu existant.

Une passerelle, passage d'une rive à l'autre, prend alors une position centrale dans le projet. J'envisage donc de traiter ce passage comme amplificateur d'une transition. A mesure que l'usager progresse sur cette passerelle, des paliers se décollent successivement sur trois niveaux. Au milieu, point culminant de la structure, la hauteur du palier central s'aligne au niveau de la rambarde éliminant alors celle-ci de notre champ de vision et invitant ainsi dans l'absolu de l'entre-deux. Non seulement la passerelle permet d'aller d'un côté à l'autre, mais en plus, elle devient un dispositif qui amplifie la sensation de changement d'environnement. Le projet s'oriente alors de cette façon : conserver les usages, augmenter la capacité du lieu existant et proposer de nouveaux usages sur l'autre rive.

03.jpgDu côté existant, il s'agit d'augmenter les surfaces de répétions, de bureaux et de locaux associatifs. Le bâtiment actuel propose des issues extérieures très étroites qui laissent émaner la lumière comme des puits horizontaux. Il convient alors de travailler l'image de ces failles en fragmentant le bâtiment jusqu'à la rivière.

Ces failles sont ainsi accentuées par des intervalles fines entre les volumes mais aussi par des ouvertures lumineuses latérales. La passerelle, visible de l'entrée du bâtiment, s'encastre dans le volume au bord de la Vilaine comme un appel au passage. Le traitement du bord de la rivière, par ailleurs inexistant à l'heure actuelle, invite à un vis-à-vis sur l'autre rive. «Je n'ai jamais fini ma maison, je ne vois pas pourquoi je finirai celle des autres», François Seigneur. De l'autre côté de la Vilaine, un autre volume fait face au Jardin Moderne. Comme évoqué précédemment, la volonté du Jardin Moderne est de s'ouvrir davantage sur d'autres champs artistiques.

La citation de François Seigneur fait écho à mon intention de ne pas déterminer précisément l'usage de cet espace. Cependant, sa surface permet d'accueillir un grand nombre de personnes pour des événements tels que des ciné-concerts, des ateliers de sérigraphie, de cuisine, etc. La façade du bâtiment peut s'ouvrir sur l'extérieur afin de gagner en surface. Orientée plein sud, une serre horticole s'appuie à l'arrière de ce bâtiment. Elle participe alors à la pédagogie que tend à développer le Jardin Moderne afin, par exemple, de proposer des ateliers de cuisine à des enfants, ou encore de fournir le restaurant. L'extension du lieu existant et son prolongement sur l'autre rive proposent donc non seulement d'apporter une réponse à la saturation actuelle du Jardin Moderne mais convoquent aussi la question de son devenir.

Aujourd'hui, le Jardin Moderne tend à élargir ses champs d'intervention qui, demain, seront peut-être multiples et diversifiés. L'enjeu du projet est donc de répondre à ce problème de saturation tout en donnant au lieu la possibilité d'évoluer.

Dorian Taburet Taburet

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