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Diplôme | Entropie, Hétérotopie, Interférences : un bâtiment-territoire (06/2010)

L’entropie n’a pas de définition spatiale précise, et elle ne se fabrique pas. Il faut donc suivre des procédés de fabrication formelle. «Fantôme», «bulles mondes», «structuration entropique», «maille entropique», «franchissement» et «fragments» sont autant d’éléments qui, associés les uns aux autres forment un bâtiment-territoire.

Ecole Spéciale d'Architecture | Urbanisme et aménagement du territoire

Nous nommons « hétérotopies » les grandes enclaves urbaines de la ville contemporaine. Elles tendent à dépeupler la ville traditionnelle de ses usages et de ses fonctions en soustrayant ses éléments constitutifs d’urbanité. Si on analyse de plus près leur postulat, elles produisent des espaces non déterminés ou plutôt des entités « résidus » de l’urbain. Nous les nommons « espaces entropiques », leur constitution est celle d’un lieu sans qualification réelle, d’un espace de transition, n’existant qu’à l’écart de la société et s’oubliant dans des pratiques souvent illégales et désordonnées. Ces lieux dissimulent un monde où tout semble possible. Ce sont des espaces inscrits dans la ville, mais qui n’appartiennent pas à la ville, tandis que les hétérotopies sont des espaces inscrits socialement, culturellement et s’accordant politiquement dans l’histoire de la ville. Aujourd’hui, il faut chercher un nouveau regard permettant de révéler les tourments et les désirs dissimulés de la ville. Dans une nouvelle lecture, il s’agit de dévoiler les résidus urbains présents. L’étude des fragments d’urbanité actifs (hétérotopie), passifs (entropie) et connectifs (réseaux) permettent de comprendre les nouvelles potentialités et les nouvelles problématiques spatiales contemporaines. Ces territoires échappent au contrôle et à l’agencement. L’architecture est un outil de réappropriation du temps, de spatialisation des temps hétérogènes, il est utilisé afin de mettre en exergue l’identité d’un lieu. A la manière de champs de force qui s’attirent et se repoussent, réseaux, hétérotopie et entropie sont des éléments qui produisent par leurs tensions un nouveau type d’énergie urbaine. Des points d’intensités issues de leurs interférences apparaissent et offrent aux architectes de nouveaux champs d’analyse et d’action. Nous tentons de définir ces forces génératrices, de définir les lieux où se situent les interférences spatiales. Quelles sont leurs caractéristiques ? Quel est leur rôle dans la libération d’énergies et dans la constitution de nouveaux désirs dans la ville d’aujourd’hui ? L’espace infrastructurel se dématérialise pour devenir autre chose, on voit aujourd’hui, dans les réseaux « des marges de manœuvre insoupçonnées, et d’énormes « réserves de mou » potentielles. Comment créer un point d’intensité visible qui soit pleinement intégré à la ville? Comment un programme génère t-il sa propre connexion à la ville ? Comment le programme induit reconnecte-t’il la ville en terme singulier, formel et poétique ? Porte de la Villette La porte de la Villette est un territoire fragmenté. Le tissu urbain continu des villes de Paris (sud-ouest) et Aubervilliers (nord-est) se rompt à dans la zone du Boulevard Périphérique, et laisse place à des enclaves commerciales et institutionnelles. Cette fragmentation est due à une forte concentration en réseaux (périphérique, rails, canaux, grands axes routiers), qui par leur seule présence rendent impropre le prolongement respectif de Paris et Aubervilliers dans cet « entre-deux », et favorise l’implantation de programmes fortement liés aux réseaux. 02-scan-urbain-evenements-entropiques.jpg Cet urbanisme informel de « blocs-fonction », de même que la forte concentration en réseaux, engendrent de nombreux espaces résiduels. De la confrontation entre les interstices et les réseaux, naissent des enclaves se définissant comme autant d’espaces non pensés. Ils ne sont pas architecturés et pour la plupart inconstructibles. Ces espaces sont laissés à la libre appropriation de chacun, ils sont ouverts et parcourables. Ce sont des espaces d’usages, ils s’opposent aux espaces environnants déterminés par des fonctions urbaines. De ces usages et de la dégradation naturelle liée au temps, naît le désordre, ou du moins un nouvel ordre spatial où se mesure l’entropie du système urbain. Ainsi s’expriment ouvertement des désirs avoués et inavoués d’ordre politiques, économiques, sociaux et culturels dans cette zone à l’avenir incertain que se dispute les villes de Paris et d’Aubervilliers. Bâtiment Territoire L’étude se concentre sur un parking désaffecté situé sous le périphérique. Cet élément urbain agit actuellement comme un espace interdit (squat / réappropriation illégale), où les dernières tentatives de création d’activité (supermarché, auto-école) ont manifestement échoué. Nous avons tenté de mieux comprendre les caractéristiques du lieu et son potentiel inédit afin de traduire nos perceptions du site, à la manière d’investigateurs du sensible, suivant un cheminement réaliste et expérimental. 03-vue-aerienne.jpg Une enquête programmatique révèle et affirme l’identité propre du site. Le secteur est en pleine mutation, le renouvellement urbain de cette Porte de Paris souligne la nécessité d’implanter de futurs programmes économiques afin de redynamiser ce territoire en perte de vitesse, tels qu’un centre commercial, un hôtel, un cinéma et un centre de tri (ou déchetterie) demandé par la ville de Paris. Quant aux activités culturelles présentes sur le site, elles demandent juste à être dévoilées : un « Algeco » sur les talus du Périphérique, réapproprié en lieu de prières, le « Glazart », une scène de spectacle improbable à forte dimension poétique et un lieu dédié aux activités sportives. Le programme se constitue donc de sept entités qui rassemblent l’identité singulière du site et des programmes prospectifs issus d’une politique de nouvelle dynamique urbaine. L’entropie n’a pas de définition spatiale précise, et elle ne se fabrique pas. Il faut donc suivre des procédés de fabrication formelle qui donne au temps et aux transformations qu’il occasionne une dimension importante. Plusieurs concepts ont émergé : « fantôme », « bulles mondes », « structuration entropique », « maille entropique », « franchissement » et « fragments » ont ainsi porté ensemble dans leur traduction formelle notre ambitieux projet : un Bâtiment Territoire - Porte de la Villette.

Martin Tubiana
Aurélie Durand
Thibaut Postel

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Réactions

11-10-2011

projet très ambitieux, concepts menés avec intelligence et sensibilité, tout particulièrement le choix porté sur le site répondant aux problématiques actuelles. Topissime!

23-07-2011

je trouve ce projet peu clair, et froid.

19-07-2011

De belles maquettes et un projet très plastique. Un texte qui se veut poétique, "conceptuel"... et qui me laisse froid.

18-07-2011

Ce lieu a besoin d'etre renovée!

15-07-2011

Objectif ambitieux, très beau projet, approche très intéressante.

14-07-2011

Réussite totale compte tenu de la difficulté à concilier les éléments humains/pratiques/esthétiques/sémantiques du projet.Superbe!

13-07-2011

Un beau projet, projectuel, très critique, curieux, qui requestionne l'idée même de structuration d'un lieu, d'un espace dans le cadre de la ville. Des pistes vraiment intéressantes !

13-07-2011

intelligent et sensible

13-07-2011

Un projet aux questionnements ambitieux et finement développés. Les questions de la densité, du franchissement, du morcelement, des nons-lieux, sont abordées selon un nouvel éclairage tout en conservant poésie et rêverie. Bravo !

12-07-2011

très beau projet, questionnement intéressant